T. MICHAEL
43o APPENDICE IV.
catholique, ils sont du moins parvenus à n'en avoir point d'aversion ; en s'approchant de nous, ils s'accoutument peu à peu à nos pratiques. Lassés de vivre sans culte et sans consolation spirituelle, et ne prévoyant plus rien qui puisse rétablir leurs temples, ils sont sur le penchant de venir chercher leur salut avec nous dans nos églises. Un peu d'autorité, un peu de contrainte est capable d'en déterminer la plus grande partie : ils conviennent eux-mêmes qu'ils ont besoin de ce secours, et nous l'éprouvons tous les jours.
Il faut donc supposer, premièrement, que les hommes ne se défont pas aisément de leurs premiers préjugés, et que le? fortes habitudes, telles que sont celles de la naissance, ne se détruisent que par succession de temps et qu'autant que quelque nécessité les y oblige.
Secondement, que la contrainte ne peut pas tomber sur les dispositions intérieures, qu'il n'appartient qu'à Dieu, qui sonde les cœurs, de connaître et de pénétrer, mais sur les actes extérieurs de la religion, dont les hommes peuvent juger, et qui sont les seules preuves des bonnes ou mauvaises intentions de ceux qui les pratiquent.
Troisièmement, qu'il ne s'agit pas ici de conduire au vrai culte un petit nombre de gens savants, capables de goûter la raison et de la suivre, d'être ramenés par la persuasion, et de se rendre attentifs à la vérité qu'on leur propose; mais de réduire un grand nombre de peuples* ignorants et grossiers, en qui il ne reste qu'une idée confuse de sa première religion, qui n'a d'autres principes de christianisme que ses préventions, qui demeure dans l'erreur par ia seule raison qu'il y est né, et qui, n'ayant qu'une aversion vague qu'on lui avait inspirée contre l'Église catholique, n'a presque besoin, pour y rentrer entièrement, que d'y être poussé par l'autorité du Prince.
Quatrièmement, que, s'il était possible de leur rendre la vérité si évidente que le souhaiterait M. de Meaux et de les y rendre attentifs, il ne faudrait plus alors de contrainte: la
/j. Peuples, simples particuliers.
SUR LES NOUVEAUX CONVERTIS. 4?> i
seule force de la vérité sulTirait, si Dieu voulait la leur rendre évidente ; mais il n'accorde pas ordinairement ces grâces extraordinaires, et sa miséricorde sauve plus universellement les hommes par la soumission que par la connaissance claire et distincte de ses vérités.
On doit considérer ensuite sur qui doit tomber la contrainte, et quel en doit être l'effet. Ceux qui, pénétrés de la vérité de la religion et pressés par leur conscience, viennent s'olîrir d'eux-mêmes, et demandent dans la sincérité de leur foi à participer aux sacrés mystères, y doivent être admis avec charité et avec joie; et, bien loin de les presser, il faut aller au-devant d'eux. Ce sont donc ceux que M. de Meau\ appelle errants, qui ne croient pas, et qui ne veulent pas s'instruire de notre créance, qu'il faut mouvoir et qu'il faut contraindre.
La fin que le Roi s'est proposée, c'est d'abolir une hérésie enracinée depuis longtemps dans son royaume, et de ramener ses sujets errants dans le sein de l'Église catholique. Si, parce qu'ils sont obstinés, ils doivent être à couvert de l'autorité et de la contrainte, ils regarderont leur obstination comme un titre de repos et de sûreté pour eux, et n'en reviendront jamais. Parce qu'ils sont errants, faut-il les abandonner à leur erreur? L'état d'incrédulité ou d'irréligion dans lequel ils vivent, doit-il être une raison pour les y laisser ? Fautil qu'ils s'endorment tranquillement dans leur fausse paix ?
Les hommes ne reviennent qu'avec de grandes difficultés d'une habitude longue et invétérée. Le changement de mœurs et d'opinions coûte beaucoup: il faut tirer de grands secours de soi ou d'ailleurs pour se vaincre ; et l'esprit et le cœur ne se réduisent ordinairement que par la violence qu'on leur fait, ou par celle qu'ils se font eux-mêmes. Quelle apparence y a-t-il que des gens préoccupés^ se dépouillent, de leur propre gré, des préjugés qu'on a pris soin de leur inspirer des leur enfance, dans lesquels ils ont été élevés, et qui sont pour ainsi dire presque adhérents à leur nature? Ils ont donc