Préoccupés, prévenus, à idées précououes
besoin d'être ébranlés et ramenés par quelque violence étrangère, je veux dire par la sévérité des lois et par l'autorité du Prince.
Ces mouvements du dehors servent à exciter ceux du dedans, et à jeter dans les consciences ce trouble salutaire qui fait sentir d'abord aux plus obstinés les défauts de leur religion par les incommodités qu'elle leur cause, et les rend ensuite capables d'examiner leur état, d'écouter les instructions et les conseils des gens de bien, et de s'accoutumer aux exercices de la piété chrétienne.
Il se trouve, il est vrai, des difficultés et des inconvénients même dans les conduites difTérentes qu'on tient à l'égard des nouveaux convertis. La douceur ne les touche point; la sévérité les rebute: l'une les entretient dans leurs erreurs; l'autre peut les rendre hypocrites. Mais enfin la condescendance n'émeut point, et la contrainte fait agir et produit des fruits de bonnes œuvres du moins extérieures, dont le principe et le motif se purifient avec le temps. En tout cas, ceux qui se soumettent aux actes, sont censés se soumettre aux dispositions que ces actes demandent.
Quoi qu'il en soit, il faut considérer l'entreprise des conversions comme une affaire générale, où l'on ne doit pas raisonner par quelques considérations particulières. Les abus que les hommes devaient faire des sacrements n'ont pas empêché Jésus-Christ de les instituer, bien qu'il sût qu'ils seraient sujet de scandale et de ruine à plusieurs : il n'a regardé que le bien de ses élus et la consommation de l'ouvrage qui lui avait été ordonné par son Père. On doit envisager sans cesse la fin qu'on s'est proposée dans cette affaire, qui est l'extirpation entière de l'hérésie dans le royaume et la réunion de tous ses peuples à la foi et à la religion catholique, et ne pas s'arrêter trop sur (juelques inconvénients particuliers, qu'il faut pourtant prévenir et corriger autant qu'on peut.
Mais la difiiculté principale de M. de Meaux*^ consiste à
(). Voir p. 3 19.
savoir si l'on peut obliger d'assister à la messe ceux qui font une profession de n'y pas croire, qui refusent opiniâtrement de communier, sans témoigner même la non-répugnance pour cela, par où il faut commencer, soit parce que dans cet état ils sont incapables de profiter de la messe, soit parce que c'est leur donner une faible idée de la s;iinteté du mystère et leur inspirer de l'inditTérence pour les bonnes dispositions qu'il faudrait avoir. Il n'y a personne qui ne convienne qu'il faut exclure de la messe ceux qui sont dans l'état que suppose M. de Meaux; non seulement la participation, mais l'assistance au saint sacrifice leur est interdite. Ils ne sont point du corps des fidèles: l'Église les regarde comme hérétiques; et les recevoir aux sacrés mystères, c'est intéresser^ son unité, et violer des règles dont elle ne s'est jamais relâchée.
Mais soufTre-t-on dans le royaume ceux qui font profession publique de ne point croire? Le Roi n'y a-t-il pas interdit toute autre religion que la catholique? A quoi servent tant de déclarations et tant d'édits? Toute la rigueur de ses lois et la vigilance de ses magistrats doit s'attachera réprimer ces rebelles : le zèle même des ministres de l'Eglise doit s'appliquer, par toutes les voies canoniques, à les soumettre à la seule foi catholique.
Mais, outre qu'il n'y a pas beaucoup de personnes de cette espèce, il me paraît qu'on ne doit pas avoir tant d'égard à certaines déclarations particulières, que quelques malintentionnés font par esprit de parti, qu'à l'état général des nouveaux convertis, auquel on doit accommoder sa conduite.
On leur a fait abjurer l'erreur; l'Église les a reçus dans son sein ; on a démoli leurs temples, interdit leurs prêches, puni leurs assemblées ; on les a assujettis à s'épouser en face de l'Église, et on leur impose sous de grandes peines la nécessité de mourir dans la foi catholique et dans l'usage même des sacrements. Il semble que c'est une conséquence naturelle de les obliger à remplir tous les devoirs de la reli-