‹ Correspondance de BossuetChapitre 191 sur 192 · Port-Royal-des-Champs · texte numérisé non relu

Port-Royal-des-Champs

qu'à ce qui pouvait augmenter ce feu dont son cœur était enflammé, atin de n'être point distraite de Jésus-Christ; elle le choisit pour son Époux et elle se consacra à son service par la profession religieuse à l'abbaye de Jouarre, dont Mme de Lorraine, sa tante, était alors abbesse. Depuis ce moment, elle ne s'appliqua qu'à remplir les obligations d'une véritable épouse de Jésus-Glirist. Son attachement pour ce divin Epoux était tel qu'il lui était presque toujours présent, et son plus grand plaisir était de s'en entretenir. Elle en reçut des faveurs très singulières, mais particulièrement une connaissance de beaucoup au-dessus de son sexe, soit de l'Écriture sainte, qui était sa lecture la plus ordinaire, soit des Pères de l'Église et principalement de saint Augustin, dont même elle a traduit en notre langue les endroits dont elle se sentait la plus touchée. Accablée d'infirmités pendant la plus grande partie de sa vie, sa patience surpassa ses maux : de quelques peines qu'elle fût agitée, il lui su (lisait pour être en paix de penser à Jésus-Christ. Alors, animée de son amour pour lui, elle lui faisait avec un sentiment de plaisir inconcevable un sacrifice entier d'elle-même. Sa conscience très timorée ne lui permettait pas les plus petites faiblesses, elle aurait été tourmentée de scrupules si son obéissance sans réserve ne l'avait rendue très soumise à ses directeurs, auxquels elle s'abandonnait entièrement. Dieu lui donna pendant les [dix dernières] années de sa vie Messire Jacques- Bénigne Bossuet, évêque de Meaux et son évêque, qui était la lumière de son siècle. Elle approchait souvent de la sainte table et toujours avec de nouvelles ferveurs dont souvent son extérieur tout enflammé faisait paraître le feu divin dont elle brûlait au dedans de son cœur. Sa foi était vive, sou espérance ferme, son oraison sublime, son union avec Jésus- Christ intime, sa charité pour le prochain sans bornes, son obéissance à ses supérieurs sincère. Il n'était aucune des vertus chrétiennes et religieuses qu'elle ne pratiquât exactement.

En 1696, Mme Louise Marie d'Albert de Luynes, sa sœur aînée, ayant été choisie pour prieure perpétuelle de cette

/igg APPENDICE V.

maison, cette digne sœur l'y suivit, se recueillant alors plus que jamais comme pour se préparer aux derniers moments, qui ne devaient pas être loin. Elle ne s'occupait plus que de Jésus-Christ; tous ses délices étaient d'en parler et tous ses discours s'y rapportaient, autant qu'il lui était possible. Enfin, l'heure étant venue, le Seigneur la prépara par une confession générale qu'elle fit la surveille de sa mort comme si elle s'y fût attendue, et le jour de la Purification de la Très sainte Vierge, veille de son décès, après avoir assisté au chœur à l'office et cérémonie de la fête et passé un temps très considérable en oraison devant le saint Sacrement, inspirée d'en haut, elle fit un sacrifice à Dieu de sa vie et d'ellemême en s'unissant à Jésus-Christ, et quoique en assez bonne santé autant que ses infirmités le pouvaient permettre, elle communia en viatique. Le reste du jour, elle le passa en grand recueillement, toute occupée du mystère et de Jésus- Christ qu'elle reçut, et le soir frappée tout d'un coup d'un débord ^ apoplectique, elle reçut l'extrême-onction et mourut le lendemain matin, regrettée au delà de toute expression de toute la communauté perpétuellement édifiée de ses vertus, qui lui avaient attiré l'amour et le respect de toutes les personnes qui ont eu le bonheur de la connaître.

Elle fut enterrée au chœur du dit Monastère le [ ] février

Mors rapuit, sed quae tanto flagrabal amore Non perilt : sponsum currlt adepta suum. Frater Ludovicus dolens fecit.

(Mn'abbé Berryer"^.)

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