Le ms. porte par erreur : le 2 février
DOCUMENTS DIVERS. ^gS
cette confession comme pour mourir, et qu'elle se sentait aussi bien préparée comme si elle eût dû aller au devant du saint Epoux, qu'elle se sentait un fond de paix et de repos de conscience qui était inexplicable (il est à remarquer que Mme d'Albert avait naturellement de très grandes frayeurs de la mort et des jugements de Dieu). Mais tout cela la quitta dans ce moment, elle communia en viatique par dévotion ce jour de la Chandeleur et assista à tout l'office ; elle eut des entretiens admirables avec cette personne son amie pendant la journée sur le mystère de cette fête et se fit faire par cette amie des lectures qu'elle avait elle-même choisies sur ce mystère. Sur le soir, Mme d'Albert reçut la nouvelle qu'un de leurs amis communs était mort subitement. Gela la frappa vivement, et après son souper, elle se retira dans sa chambre avec cette personne son amie pour s'occuper de cette mort. Elle se mit à genoux sur un prie-Dieu devant un crucifix et dit pendant une heure les plus belles choses du monde sur le désir de voir Dieu, de jouir de lui, sur l'incertitude de la vie, et de temps en temps frappée d'étonnement, elle disait à cette personne : « Ma chère, pensez- vous bien qu'on meurt en soupant (car la personne qui faisait le sujet de leur commune douleur était morte ainsi)? Enfin, après compiles, cette amie vint retrouver Mme d'Albert, qu'elle ne quittait que pour ses observances. Elles firent ensemble quelques dévotions, et Mme d'Albert, avant que de se retirer, voulut aller donner le bonsoir à Mme sa sœur ; elles s'embrassèrent toutes deux et elles se séparèrent. Mme d'Albert prit son bréviaire pour vouloir dire matines; mais, comme son amie lui dit qu'elle croyait qu'il fût trop tard, elles partirent ensemble pour aller voir à l'horloge quelle heure il était. Comme c'était le chemin de passer par le chœur et l'avant-chœur, Mme d'Albert fit une longue prière devant le saint Sacrement et une pareille dans l'avant-chœur devant la sainte Vierge; ensuite elle dit à cette amie d'aller voir quelle heure il était au juste, et qu'elle l'attendrait dans un endroit qu'elle lui marqua. Cette personne ne fut pas plus d'un miserere h faire sa commission, et elle revint trouver Mme d'Albert,
qu'elle trouva sans parole, avec la mort sur le visage. Elle fit un cri tel qu'on peut penser dans une telle douleur. Mme d'Albert y fut très sensible et lui en donna quelques marques. Mais aussitôt elle perdit toute connaissance, et elle fut ainsi depuis neuf heures du soir du jour de la Chandeleur jusqu'à sept heures du matin du lendemain, que sa belle âme quitta la terre pour aller rejoindre son céleste Époux, auquel elle avait été si unie pendant sa vie. Après ce que ce saint prélat en dit dans l'épitaphe qu'il a fait, où il fait en peu de mots l'abrégé de sa sainte vie et de ses grandes et sublimes vertus, cette personne n'en [veut] pas dire davantage, quoiqu'il y ait bien des choses à dire sur une si belle vie. Sa mort subite et la rapidité étonnante avec laquelle il a plu au céleste Epoux nous la ravir, a empêché qu'elle ait pu accomplir le dessein qu'elle avait de transcrire toutes les lettres qu'elle avait de feu M. l'évêque de Meaux, en qui elle avait une confiance particulière. Elle en avait aussi de très belles lettres, et l'on jugera par les extraits qui suivent de la perte que l'on a faite. »
B. — Extrait du registre du monastère de Torcy^.
Le 3® février 1699 est décédée en ce monastère Henriette Thérèse Angélique d'Albert, fille de très haut et très puissant seigneur, Messire Charles Honoré d'Albert, duc de Luynes, pair de France, commandeur des ordres du Roi, et de très haute et très puissante dame Louise Marie Séguier, son épouse, âgée de 52 ans 4 mois, et de profession religieuse [34 ans 9 mois].
Son éducation fut confiée à l'âge de deux ans aux religieuses d'un monastère de l'ordre de Cîteaux-, où on lui inspira de si bonne heure une véritable et sincère piété qu'elle fut préservée toute sa vie de la contagion du siècle. Son amour pour Dieu et sa crainte de lui déplaire l'occupèrent uniquement; marchant sur ces principes, elle ne songea