‹ Correspondance de BossuetChapitre 38 sur 192 · Édit. : témoigner combien · texte numérisé non relu

Édit. : témoigner combien

Lettre 1918. — L. a. s. Archives de Saint-Siilpice Publiée dans l'édition de Versailles, t. XLIÏI, Supp., p. 5i. Suscription de la main de Ledieu.

déc. 1699] DE BOSSUET m

de votre curé * poiirla curedeTanc^ou^ Nous aurons le loisir de penser à son successeur. Je suis, Madame, comme vous savez, plein d'estime et de confiance pour vous.

Je ne crois pas pouvoir confier celte paroisse à un plus capable d'y mettre l'instruction en vigueur. J. Bénigne, é. de Meaux.

Sascription : A Madame l'Abbesse de Faremoutiers à Faremoutiers.

1979. — Leibniz a Bossuet.

Monseigneur,

Lorsque j'arrivai ici, il y a quelques jours, Monseigneur le duc Antoine Ulrich me demanda de vos nouvelles ; et quand je répondis que je n'avais point eu l'honneur d'en recevoir depuis longtemps, il me dit qu'il me voulait fournir de la matière pour vous faire souvenir de nous : c'est qu'un abbé de votre religion, qui est de considération et de mérite, lui avait envoyé le livre que voici * , qu'il avait donné au public

1. Philbert Lasne de Villeneuve, d'abord curé de Condé-Sainte- Libiaire de 1690 h 1692, puis de Faremoutiers à partir de 1698. Il dut prendre possession de la cure de Tancrou au mois de janvier 1700. Il fut, le i5 novembre 1700, pourvu du doyenné de Gandelu. Il donna sa démission en 1722, et mourut à Tancrou le 19 mai 1728, âgé de soixante-dix-huit ans. Il avait appelé de la bulle Unigenitus en 1719 (Registres paroissiaux de Faremoutiers et de Tancrou ; Nivelle, la Constitution Unigenitus déférée, etc., t. 111, p, 282).

2. Tancrou fait aujourd'hui partie du canton de Lizy-sur-Ourcq. Lettre 1919. — L. s. Une copie de Ledieu, dans la collection de

M. H. de Rothschild. Publiée d'abord dans les Œuvres posthumes de Bossuet, t. I, p. 445

I. Secretio eorum quae de fïde catholica ab iis quœ non sunt dejîde, in controversiis plerisque hoc sxculo motis, juxta régulant fidei ah Exe. D. Franc. Veronio, sacrœ Theologiœ doctore, antehac compilatam, ab

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sur ce qui est de foi, que S. A. S. m'ordonna de vous communiquer pour le soumettre à votre jugement, et pour tâcher d'apprendre, Monseigneur, selon votre commodité, s'il a votre approbation, de laquelle ce prince ferait presque autant de cas que si elle venait de Rome même ; m'ayant ordonné de vous faire ses compliments, et de vous marquer combien il honore votre mérite éminent.

Le dessein de distinguer ce qui est de foi de ce qui ne Test point paraît assez conforme à vos vues et à ce que vous appelez la méthode de l'exposition ; et il n'y a rien de si utile, pour nous décharger d'une bonne partie des controverses, que de faire connaître que ce qu'on dit de^ part et d'autre n'est point de foi. Cependant S. A. S., ayant jeté les yeux sur ce livre, y a trouvé bien des difficultés : car, premièrement, il lui semble qu'on n'a pas assez marqué les conditions de ce qui est de foi, ni les principes par lesquels on le peut connaître; de plus, il semble, en second lieu, qu'il y a des degrés entre les articles de foi, les uns étant plus importants que les autres.

Si j'ose expliquer plus amplement ce que S. A. S. m'avait marqué en peu de mots, je dirai que, pour ce qui est des conditions et principes, tout article de foi doit être sans doute une vérité que Dieu a révélée ; mais la question est, si Dieu en a seulement révélé autrefois, ou s'il en révèle encore, et si les révélations d'autrefois sont toutes dans l'Ecriture sainte, ou sont venues du moins d'une tradition apostolique, ce que ne nient point plusieurs des plus accommodants entre les protestants.

Mais, comme bien des choses passent aujourd'hui pour être de foi, qui ne sont point assez révélées par l'Écriture et où la tradition apostolique ne paraît pas non plus, comme, par

omnibus Sorbon. Doctor. in plena congregatione Facultatis Theologix approbatam, necnon anno i645 in gen. conventu ab universo Clero GalUcano receptam ac per Illustres et Doctissimos D. D. de Walenburch cpiscopos laudatam, ex ipso Concilio Tridentino et prœfala régula cornpendiose excerpta, anno Chrisli iGgg, un vol. in-i6, sans nom d'auteur, ni de ville, ni d'imprimeur.

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exemple, la canonicité des livres que les protestants tiennent pour apocryphes-, laquelle passe aujourd'hui pour être de foi dans voire communion, contre ce qui était cru par des personnes d'autorité dans l'ancienne Église, comment le peut-on savoir, si l'on n'admet des révélations nouvelles, en disant que Dieu assiste tellement son Église qu'elle choisit toujours le bon parti, soit par une réception tacite ou droit non écrit, soit par une définition ou loi expresse d'un concile œcuménique? Où il est encore question de bien déterminer les conditions d'un tel concile, et s'il est nécessaire que le Pape prenne part aux décisions, pour ne rien dire du Pape à part, ni encore de quelque particulier qui pourrait vérifier ses révélations par des miracles. Mais, si l'on accorde à l'Église le droit d'établir de nouveaux articles de foi, on abandonnera la perpétuité, qui avait passé pour la marque de la foi catholique. J'avais remarqué autrefois que vos propres auteurs ne s'y accordent point et n'ont point les mêmes fondements sur l'analyse de la foi, et que le P. Grégoire de Valentia^, jésuite, dans un

2. Les protestants donnaient le nom d'apocryphes aux livres de l'Ecriture Sainte que les catholiques appellent deutérocanoniques. Pour r.Vncien Testament, ce sont les livres ou parties de livres qui ne se lisent que dans les Septante ; les livres contenus dans la Bible hébraïque sont désignés sous le nom de protocanoniques. Pour le ^ouveau Testament, on appelle deutérocanoniques les livres ou fragments sur lesquels il régna dans certaines Eglises quelque incertitude au sujet de leur réception dans le canon des livres inspirés. La discussion sur les livres deutérocanoniques reviendra dans les lettres de Leibniz des années suivantes.

3. Ce jésuite, né en mars i55i, à Médina del Gampo, dans la Vieille-Castille, mort à Naples le 25 avril i6o3, enseigna longtemps la théologie à Dillingen, à Ingolstadt et au Collège romain. Il prit une part très active à la controverse avec les protestants, comme aux discussions que fit naître la congrégation de Auxiliis (Voir Sommervogel, Bibliothèque, t. V III ; le P. Ignace Agricola, Historia Provinciœ Socielalis Jesu Germanix superioris. kugsbourg et Munich, 1627-1629,

. in-fol., t. II, p. 2^0 ; Xav. Santagata, Istoria délia Compagnia di Gesù appartenente al regno di Napoli, Naples, 1756, in-4, t. III, p. 112 à 119 ; les différentes histoires de la congrégation de Auxi/a's). L'ouvrage auquel fait allusion Leibniz est intitulé : Analysis fidei catholicx. hoc est ratio methodica eam in universumfidem ex certis principiis probandi

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livre fait là-dessus, la réduit aux décisions du Pape, avec ou sans le concile; au lieu qu'un docteur de Sorbonne, nommé Holden *, voulait (aussi dans un livre exprès) que tout

quam sancla Romana Ecclesia adversus mulliplices sectariorum errores projitetur, Ingolstadt, i585, in-ii. Cf. Phil. L. Hanneken, Paralysis Jidei Fapœse juxta Analysinjidei cathoUcœ Gregoriide \ alentia, Giessen, 1680, in-/i.

4. Henri Holden, né en lôgô, était fils de Richard Holden, petit propriétaire de Chaijjley, près de Longrldge (Lancashire). En 1618, il passa à Douai sous le nom de Johnson ; il vint, en 1628, étudier à Pans, se fit naturaliser et prit le bonnet de docteur en i636. Il s'adonna ensuite au ministère dans la paroisse de Saint-.Nicolas-du- Chardonnet. Altentit aux querelles qui, de son temps, divisaient les catholiques anglais, il prit parti pour Thomas Blackloe, plus connu sous le nom de Ihomas Anglus, adversaire des jésuites. Dans l'atlaire d'Arnauld en ïsorbonne, il estima que ce docteur devait être absous j néanmoins il souscrivit la censure une fois votée. Holden mourut au mois de mars 1O02. Son principal ouvrage est : Dioinw Jidei analysis, sea de Jidei chnsUanae resolutione (Paris, 1662, iu-12 ; édition augmentée de différents opuscules et d'une Vie de l'auteur, par Godescard, Pans, 1767, m-12). Là, Holden s'attache à distinguer dans la théologie ce qui est proprement de loi et ce qui est librement controverse entre catlioliques. Cet auteur a donné en outre : Lettre d^un docteur en tkéoloyie a une personne de condition touchant les questions du temps, Paris, ibai, in- 12 ; A letter to a friend of his upon the occasion of Mr. blackiow, submitting his writings to the See of Rome, Paris, 1607, in-4 ; Epistola 5 J'ebruarii anno i656 ad Antonium Arnaldum de censura in ipsum tata, elEpistola 22 aprilis i656 de censura in D. Arnaldum lata, S.I., lOob, in-4 ', Novum Testamentum brevibus annotationibus iliustratum, Phns, ibbo, 2 vol. in-12; A Check, or enquiry into the late act of the ruman Inquisition, Paris, 1662, in-4 (Voir Dodd, The Church history of EngLand, Bruxelles, 1789, 2 vol. in-fol. ; Jos. Gillow, Dictionary of the Engtish catholics, t. 111, p. 332 ; National biography. t. XXV 11; Ch. Butler, Historical memoirs respecting the Eaglish, Irish and Scottish catholics, Londres, 1819, 2 a'oI. in-8 ; Robert Pugh, Blackloe's Cabul discooered, 2*^ édit., s. I., 1680, in-4; The memoirs of Gregorio Panzani, gioing an account oj his agency in England in the y car s i(j3^-i6o6, édit. Jos. Berington, Birmingham, 1798, in-8; Ant. Arnauld, Œuvres, t. XIX et XX ; EUies du Pin, Bibliothèque. xvu*^ siècle, t. Il, p. 151-177; ies Mémoires de Rapin, t. H, p. 021, et de G. Hermant, t. 1, p. 371, et t. V, p. 420 ; d'Argentré, Varia" disputationes, à la suite des Opéra theologica de M. Grandin, Paris, 1712, in-4, 2*= part., p. 221-226 ; La France catholique, 182b, t. IV ;

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devait avoir déjà été révélé aux apôtres, et puis propagé jusqu'à nous par l'entreniisc de l'Église : ce qui paraîtra le meilleur aux protestants. Maisalors il sera difficile de justifier l'antiquité de bien des sentiments qu'on veut faire passer pour être de foi dans l'Église romaine d'aujourd'hui.

Et quant aux degrés de ce qui est de foi, on disputa, dans le colloque de Ratisbonne de ce siècle'', entre Hunnius, proarticle de Hundhausen dans le Kirchen-Lexikon ; Scheeben, Do(jmatik, Paris, 1877, trad. française, t. I, p. 17861 suiv. ; le P. Kleutgen, die Théologie der Vorzeit vertheidigt. Munster, i853-i86o, 3 vol. in-8; Hurter, Nomenclator, t. III, col. loii ; l'abbé Féret, La faculté de théologie de Paris, Paris, 1904, in-8, t. III, p. 220.

5. La conférence de Ratisbonne se tinl du 28 novembre au 7 décembre 1601, devant Maximilien, comte palatin du Rhin, duc de Bavière, et son cousin Philippe-Louis, aussi palatin du Rhin, comte de Yeldentz et Sponheim. La doctrine luthérienne y était représentée par Gilles Hunnius, Jacques Heilbronner, etc. ; et les catholiques avaient pour champions Albert Hunger, pro-chancelier de l'Université d'Ingolstadt, les P. P. Gretser et Tanner, de la Compajjnie de Jésus, etc. Cette conférence n'aboutit h aucun résultat et provoqua des deux côtés plusieurs écrits : Acta colloquii Ratisbonensis de norma doctrinœ catholicœ et controversiarum religionis judice, authoritate. consensu, et inprœsentia Serenissimi Principis ac D. D. Maximiliani, coinitis palatini Rheni, utriusque Bavariœ ducis, et Illustrissimi quoque Principis ac D. D. Philippi Ludovici, comitis palatini Rheni, ducis Bavarise, habiti anno 1601, édita ejasdem Serenissimi ducis Maximiliani voluntate optima Jîde juxta authenlicum excmplar, Munich, 1602, in-4 ; Hunnius, Relatio historica de colloquio Ratisbonensi, Erfurt, 1602, in-4 ; Tanner, Examen narrationis quam Historicœ relationis nomine insignitam de colloquio Ratisbonensi edidil JEgidius Hunnius praedicans Wittebergensis ad normam historicœ veritatis institutum, Munich, 1602, in-4 ; jEgidii Hunnii et Heilbrunneri Anti-Tannerus, hoc est scriptnm apologeticum contra mendacii Adami Tanneri, Francfort, 1602, in-8; J. Gretser, Responsum ad thèses Hunnianas de colloquio cum Pontijîciis ineundo, et Digressiones sex contra ejusdem Hunnii calumnias, Ing^olstadt, 1602, in-/4 ; Basilii de Varna (anagramme d' Andréas Libavii) Analysis dialectica colloquii Ratisponensis anni lô'oi, de norma et judice omnium controversiarum Jîdei christianx habiti, cum collatione Relationis Adami Tanneri et ResponsiJacobi Gretseri ad thèses .Egidii Hunnii, Francfort, i()02, in-4 ; Apologcticus Adami Tanneri S. J. adversas calumnias, mendacia cœteraque errata quibus JEgidius Hunnius prœdicans Wittebergensis suum Examen prœfationis Colloquio Ratisbonensi Monachi recuso

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testant, et le P. Tanner, jésuite'^, si les vérités de peu d'importance qui sont dans l'Ecriture sainte, comme, par exemple, celle du chien de Tobie (suivant votre canon), sont des articles de foi, comme le P. Tanner l'assura ^ Ce qui étant posé, il faut reconnaître qu'il y a une infinité d'articles de foi qu'on peut non seulement ignorer, mais même nier impunément, pourvu qu'on croie qu'ils n'ont point été révélés : comme si quelqu'un croyait que ce passage : Très sunt qui testimonium perhibent^, etc., n'est point authentique.

prxfixœ exornare voluit, Munich, i6o3, in-4 (Cf. Matthieu, Histoire de France et des choses mémorables advenues aux provinces étrangères durant sept années de paix, Paris, i6o5, in-4, 1- IV, ad. an. iGoi ; Adr. Baillet, les Satires personnelles qui portent le titre d'Anti, art. XXI et Lx (dans le tome VII des Jugements des savants, Paris, T722, in-/i).

6. Gilles Hunnius, célèbre théologien luthérien, né le 20 décembre i55o, à Winnenden, en Wurtemberg, mort le 4 avril iGo3, à Wittemberg. Il étudia à Tubingue, fut admis au doctorat en 1070, enseigna à Marbourg et à Wittemberg, fut théologien des deux landgraves, Louis et Guillaume de Hesse, membre du sénat ecclésiastique et surintendant de l'Eglise de Wittemberg. Il se signala par son intolérance, combattit non seulement les catholiques et les calvinistes, mais encore les disciples du luthérien lUyricus. Ses écrits, parmi lesquels on remarque Calvinus judaizans, Wittemberg, i595, in-8, ont été réunis à Wittemberg, 1606-1609, 5 vol., in-fol. (Voir Melchior Adam, Vitas Germanorum theologorum, Heidelberg, 1620, in-8; Adam Contzen, S. J., Jubilum jubilorum, Mayence, 1618, in-8 ; Micraelius, Syntagma historix ecclesiasticœ , i63o, in-8, p- 70 ; Dictionnaire de Bayle, t. 111 ; |Schenk, Vitœ theologorum Marburgens. ; R. Simon, Lettres, t. II, p. 4^ et suiv. ; G. Frank, Geschichte der prutestantischen Théologie. Leipsig, 1862-1905, in-8, t. I, p. 248; article de Henke, dans l'Encyclopédie de Hertzog; J. Janssen, V Allemagne et la Réforme, trad. E. Paris, Paris, 1907, in-8, t. Vil, p. 453 et passim. — Adam Tanner, né à Inspruck en 1671, mort à Lnken, en Tyrol, le 25 mai i632. Entré dans la Compagnie de Jésus eu 1690, il enseigna vingt-deux ans à Munich, à Ingolstadt et à Vienne, et fut chancelier de l'Université de Prague. La longue liste de ses ouvrages se trouve dans la Bibliothèque de Sommervogel, t. VII. Cf. le P. Ignace Agricola, op. cit. ; Hurter, Nomenclator, t. III, col. 638.

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