Voirie mémoire cité, p
Lettre Wêô. — i. Gaspard François Le Gendre, baptisé le i5 février 1(368, fut successivement conseiller au Ghàtelet (1687), puis au Parlement (1689), et maître des requêtes (1693). Il fut ensuite envoyé en qualité d'intendant à Montauban (8 novembre 1699), à Pau (^29 mars 1716J et à Tours (7 mars 17 18). Il avait pris pour femme, eu IU95, Marie- Anne Pajot, fille de Pajot d'Osembray, contrôleur des postes. 11 mourut le 23 juin 1740. Sous son administration, des troubles éclatèrent dans sa province, à l'occasion d'un impôt mis sur les baptêmes et sur les mariages (1707). Voir les Mémoires de Saint-ôimou, t. \1V, p. ^17, et t. XV, p. io3, et la Correspondance des contrôleurs généraux, édition de Bolsllsle. Dans la lettre qu'il écrivit à tiossuet le 21 avril (plus loin, p. 181 et 182), Le Gendre dit lui-même à quels procédés il a eu recours; cf. ses lettres, dans la Correspondance des contrôleurs généraux, t. II, p. 28.
2. Oeloris, qui avait d'abord imprimé : Mazerettes, s'est corrigé dans l'erratum, à la fin du t. X de son édition. — Mazères, Importante commune du canton de Saverdun (Arlège), patrie de Gaston de Foix.
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de mes nouveaux convertis, quelque chose de semblable à ce qui est arrivé à Montauban. Je m'y trouvai au commencement du carême, pour leur prêcher sur la matière de l'Eucharislie, que j'avais réservée pour moi ; et ce fut en ce tempslà que M. Le Gendre y envoya son subdélégué, avec ordre de déclarer de sa part aux nouveaux convertis qu'ils eussent à aller à la messe, et à commencer dès le premier dimanche de carême. On fit même mettre, par ordre du maire et des consuls, des gens à la porte de l'église, pour marquer ceux qui y viendraient. Cet ordre eut tout l'efTet qu'on attendait, et il n'y eut que quelques obstinés de l'un et de l'autre sexe qui manquèrent à la messe. Ils vinrent avec encore plus d'affluence au sermon, et ils ont continué depuis à peu près de même à venir au sermon et à la messe. Plusieurs semblent se disposer à s'approcher des sacrements ; mais de ceux-là le plus grand nombre a des raisons particulières : les uns, parce qu'ils demandent qu'on les marie; les autres, parce qu'ils sont entrés dans le conseil de ville sous cette condition, et après avoir promis et signé devant un commissaire du Parlement, qui vint pour la réformation du conseil de ville, de vivre et de mourir en bons catholiques. Nous verrons plus particulièrement les mouvements qu'ils feront pour s'approcher des sacrements dans le temps où nous allons entrer ; mais je ne crois pas que nous devions les presser sur cela.
Il est important, ce me semble, de travailler à les bien instruire sur la matière de l'Eucharistie, qui est presque la seule qui les empêche d'être sincèrement catholiques. J'espère, pour moi, que l'assistance à la messe les disposera insensiblement à tout le reste. Elle fait d'ailleurs un bien infmi à l'égard des enfants qui sortent des écoles, et qui ne venaient plus à la messe ni aux autres exercices, aussitôt qu'ils avaient atteint l'âge où ils sont dispensés d'aller aux écoles : pour ceux-là, je crois qu'il n'y a nul inconvénient de les presser de s'approcher des sacrements. Ce que j'ai principalement remarqué. Monseigneur, c'est qu'on gagne beaucoup à demeurer ferme sur les mariages, et à ne les point
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marier qu'ils n'aient fait une déclaration signée et publique', qu'ils viennent de leur propre mouvement, sans aucune contrainte, déclarer, etc., et se soumettre aux peines que l'Église impose à ceux qui manquent à un semblable engagement. Plusieurs ont eu de la peine à faire cette déclaration ; mais ceux qui l'ont faite ont tenu parole jusqu'ici. Il serait bien à souhaiter que le Roi voulut punir de quelque peine ceux qui vivent ensemble comme mariés, sous prétexte que nous avons refusé de les marier : ce que nous n'avons refusé de faire que parce qu'ils ont refusé eux-mêmes de se mettre en état de recevoir ce sacrement. Je ne sais pourquoi on tarde tant à donner une déclaration sur cette matière ; mais, quoi qu'il en soit, on ga<ine, ce me semble, beaucoup à demeurer ferme jusqu'au bout sur cette manière d'agir envers eux. Ils se lassent de vivre dans cet état : ils craignent pour l'état de leurs enfants, et à la fin ils prennent une bonne résolution et la suivent : c'est le moyen qui jusqu'ici m'a le mieux réussi.
Il est difficile au reste. Monseigneur, de décider la question que vous proposez, à cause du peu de temps qu'il y a que la plupart des nouveaux convertis viennent à la messe ; mais je ne saurais croire que cette assistance, qui a toujours, au moins dans mon diocèse, été accompagnée de respect, ne leur soit à la fin très utile. Ils perdent peu à peu l'aversion qu'ils avaient pour la messe ; ils forment leurs dispositions extérieures et intérieures sur celles des anciens catholiques ; on trouve une occasion favorable de les instruire sur le sacrifice de nos autels, le grand acte de la religion chrétienne, et celui qui, ce me semble, lui concilie plus de vénération. Cette matière leur est entièrement inconnue, et elle a quelque chose de si grand et de si auguste, que j'ai commencé de reconnaître que rien n'était si capable de les rendre bons catholiques que de les bien instruire sur ce sujet, et surtout de leur proposer la pratique de l'ancienne Église, si claire et si constante sur cet article de notre croyance. Voilà, Mon-
3. Voir plus loin, p. /J22, la déclaration que sig^naient les nouveaux catholiques du diocèse de Meaux.
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seigneur, ce que j'ai remarqué depuis deux ou trois ans à l'éo;ard de nos nouveaux convertis. J'ai résolu de continuer à les instruire à fond sur l'Eucharistie, dont je compte faire une douzaine de sermons, et peut-être davantage. Il m'a paru que ceux que j'avais faits n'étaient pas sans fruit : je les fais familièrement, et les livres souvent à la main. Je vous supplie. Monseigneur, de me mander si vous croyez que je fasse bien, et en quoi je pourrais mieux faire.
Au reste, ce que le Roi vous a dit de Montauban, est dû principalement à la vivacité et à l'application de M. Le Gendre. Mais cela fait voir combien il serait facile, même sans aucune punition, au moins par de très légères à l'égard des plus opiniâtres, de faire assister tout le royaume aux exercices de la religion catholique ; et cette uniformité, quand même on attendrait encore quelques années à voir les nouveaux convertis approcher des sacrements, ne doit-elle être comptée pour rien ? Combien y a-t-il de catholiques qui passent plusieurs années sans se confesser ni communier? On gagnerait au moins certainement le plus grand nombre des enfants, que l'on perd presque toujours au sortir des écoles. Mais en voilà trop. Monseigneur : vous voyez en cela plus que personne. Instruisez-nous ; nous ne demandons qu'à travailler, et à travailler utilement.
J'ai eu l'honneur de vous écrire au sujet de la députation.
Je suis toujours avec un respect infini, etc.
1997. — A Antoine de Noailles.
A Me;mx, 6 avril 1700.
Après avoir, mon cher Seigneur, bien considéré ce matin la déclaration', et la lettre de M. Pirot à
Lettre i991. — L. a. s. Papiers Condr, à Chantilly. Sur cette lettre, il faut voir Ledieu, t. II, p. 26.
1 . Dccloratio data illustrissimo archiepiscopo Parisiensi a iheologo
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laquelle vous me renvoyez, je vois que la chose est faite, qu'on nous a satisfait sur les deux difficultés de la ihèse des endurcis*, et que vous avez pu en être content.
Je prie Dieu qu'on vous satisfasse sur la thèse de rattrition\ en sorte que la saine doctrine et votre ordonnance* demeurent dans toute leur force : c'est là l'endroit important pour la vérité et pour votre autorité.
Permettez-moi de vous dire qu'en cette occasion, il faut beaucoup prendre garde, par rapport à la volonté d'accomplir le commandement ', à la distinc-
Societatis Jesu Germano Beschefer, redore collegii Parisiensis ojjerente, novitialus qiioque redore prœsente ul offensioni ex thesi publica ohortx fieret satis (du 3 avril 1700) (S. 1. n. d., in-/i, Bibl. Nationale, Ld^î» 345, in-4 ; Ada erudilorum, 1700, p. 383).
3. Cette thèse avait été soutenue au collège Louis-le-Grand le i4 décembre précédent. Elle avait déjà été l'objet d'une censure portée le 3i janvier 1700 par des docteurs particuliers (Boiieau, T, Roulland, Lefeuvre, L. de Targny, Anquetil et Favart), qui y avalent relevé la proposition suivante : Errant qui asserunt peccatori plane obcsecato et obdurato peccata nihilominus imputari (Bibl. Nat., fr. 20754, f° 235). Sur quoi, dans sa déclaration, le P. Beschefer proteste qu'il n'a jamais pensé que les pécheurs, arrivés à l'aveuglement et à l'endurcissement, ne péchassent plus, ni que Dieu ne leur imputât point leurs péchés ; qu'il reconnaît au contraire que l'Ecriture et les saints Pères enseignent l'affirmative de ces deux propositions, de sorte que sa thèse, h cet égard, a besoin d'explication. Il proteste aussi qu'en croyant qu'en cet état les pécheurs ne sont pas privés de toute sorte de grâce, il n'a pas voulu censurer les théologiens catholiques qui sont dans un sentiment opposé souffert pat l'Eglise, mais qu'il a seulement entendu qu'ils se trompent» (Ledieu, t. II, p. 26. Cf. d'Argentré, CoUedio jiididorum, t. III, p. 4i2). Voir plus haut la lettre du 27 février, p. 160
3. Cette thèse avait été aussi soutenue chez les Jésuites, le 3 février 1700.