‹ Correspondance de BossuetChapitre 66 sur 192 · Relative au P. Beschefer · texte numérisé non relu

Relative au P. Beschefer

5. Le commandement de l'amour de Dieu ou charité. Le P. Antoine Sirmond, jésuite, avait soutenu que, pour accomplir ce

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tion d'implicitement et d'explicitement ; car c'est par là qu'on se sauve de l'obligation d'accomplir le précepte de la charité absolument ; et cependant c'est un endroit où la condamnation d'Alexandre Vil, dlnnocent XI et d'Alexandre VIII est formelle.

Je ne sais si, dans la thèse du 3 février 1700, on ne doit pas demander quelque explication sur l'ignorance invincible du droit natureP, qu'il semble qu'on ne peut admettre au plus qu'à l'égard des conséquences éloignées, quoad consecutiones remotas .

Je soumets tout, à mon ordinaire, à votre prudence, avec un respect sincère, mon très cher Seigneur,

J. Bénigne, é. de Meaux.

1998. — L'Intendant Le Gendre a Bossuet.

A Montauban, ce 21 avril 1700.

Rien n'est plus obligeant, Monsieur, que la lettre dont vous m'avez honoré : je suis charmé de voir que l'éloigne-

précepte, il suffisait d'observer les autres commandements, sans être obligé à produire aucun acte explicite d'amour de Dieu, attendu que l'observation du premier commandement était impliquée par celle des autres. Voir P. L. R. P. (J.-P. Camus), Notes sur un livre intitulé la Défense de la vertu, Paris, i643, in-8 ; A. Arnauld, Œuvres, t. XXIX, p. 1 à 73 ; Pascal, Provinciale X^, avec les notes de Wendrock.

6. Ceci semble se rapporter, non pas à la thèse du 3 février sur l'attrition, mais à celle du 16 février sur la foi (Voir Ledieu, t. II, p. 19, 21).

Lettre i998. — Il faut rapprocher cette lettre de celles que Le Gendre adressa vers le même temps au contrôleur des finances Cbamillart et au secrétaire d'État Châteauneuf, dans la Correspondance des contrôleurs généraux, édit. de Boislisle, t. II, p. 28. On trouve

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ment ne diminue point les bontés que vous avez toujours eues pour moi et pour toute ma famille.

Si vous approuvez, Monsieur, la conduite que nous tenons ici pour ramener les nouveaux convertis à l'Eglise, nous sommes trop heureux. Vous êtes le modèle et l'oracle qu'on doit consulter sur les aflaires de la religion les plus épineuses : c'est vous qui avez la gloire de leur avoir rendu simple et naturel, dans vos savants écrits, ce qu'ils croyaient si dilTicile auparavant. La pureté de la doctrine que vous leur avez enseignée dans votre livre de V Exposition de la foi, a plus attiré d'àmes à Dieu que les plus beaux sermons et ces faibles secours que nous pourrions employer si nous ne marchions sous votre étendard.

Pour vous rendre compte exactement. Monsieur, comme vous le souhaitez, de la conduite que nous avons tenue pour déterminer les nouveaux convertis à venir à l'église, et de l'elTet que cette première démarche a produit sur leur cœur, j'aurai l'honneur de vous dire qu'en arrivant dans la province, j'ai envoyé quérir dans mon cabinet tous les nouveaux convertis de Montauban, l'un après l'autre, pour leur expliquer l'envie que le Roi avait de détruire entièrement l'hérésie dans son royaume, et de réunir tous ses sujets à l'Église; et pour cela qu'il fallait qu'ils se fissent instruire par ceux en qui ils avaient le plus de confiance.

Je trouvai d'abord beaucoup d'opiniâtres, qui ne voulaient entendre parler ni de messe ni d'instruction. Je leur représentai qu'après avoir épuisé les voies de douceur, le Roi serait obligé de faire sur eux des exemples de sévérité*, s'ils ne se mettaient à la raison. Dieu a touché leurs cœurs ; ils se

dans ce recueil d'utiles renselg^nements sur les affaires de la religion à celte époque du règne de Louis XIV.

I. Le Gendre écrit à M. de Gliâteauneuf : « ... Il est nécessaire d'accorder quelques secours à beaucoup de nouveaux convertis qui sont dans le besoin ; j'ai déjà eu l'honneur de vous en écrire plusieurs fois et de vous supplier de ra'envoyer quelques lettres de cachet, le nom en blanc, dont la seule inspection fera trembler ceux qui en seront menacés. »

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sont tous déterminés par la douceur à venir à la messe. Cette première démarche deviendrait inutile, si nous ne joignions l'instruction à la pratique : c'est à quoi M. l'évêque de Montauban, tous les Pères jésuites, M. d'Arbussy*, avocat général de la Cour des Aides, et les plus habiles gens de la ville ont travaillé avec un soin et une application continuelle.

Quand quelqu'un manque à aller à la messe ou à l'instruction, aussitôt je l'envoie quérir, pour lui représenter de quelle conséquence il est de ne se point relâcher dans une affaire aussi importante que celle de la religion. Cela a produit un si bon effet, que presque tous nos nouveaux convertis les plus opiniâtres, qui regardaient avec horreur la porte de l'église, vont assidûment à la messe. Ils l'entendent avec assez de dévotion ; ils s'accoutument à nos cérémonies, et enfin ils commencent à convenir que, si on en avait usé de même après la révocation de l'édit de Nantes, ou immédiatement après la guerre, ils seraient tous, à l'heure qu'il est, bons catholiques. Ils deviennent tous les jours plus dociles,

2. C'est le même que l'ancien pasteur, Joseph Arbussy, auteur d'un ouvrage de controverse approuvé par Bossuet (Voir notre tome I, p. 5o8). Fils de Pierre Arbussy et de Suzanne Béraud, il était né à Montauban le 17 avril 1624. H avait été nommé ministre à Sorèze dès l'année i645, et était passé l'année suivante h l'église de Montauban. Plus tard, il avait ajouté à ses fonctions celles de professeur d'hébreu à l'Université et de principal du collège de sa ville natale. Mais, à la suite de divisions survenues parmi ses coreligionnaires au sujet du fameux J, de Labadie, ancien jésuite devenu son collègue, Arbussy fut suspendu de son ministère à Montauban ; il alla ensuite desservir l'église de Bergerac. Il abjura en 1670, reçut du clergé, de 1675 au 29 juillet 1710, date de sa mort, une pension de 7/40 livres, qui, dans les années 1686 et 1687, fut portée à 800, puis ramenée à 7/io et enfin réduite h 600. Le i3 août 1689, il fut nommé avocat général à la Cour des Aides de Montauban. La France protestante le fait, à tort, mourir le 5 avril 169/4. Il fut inhumé dans l'église des Cordeliers de Montauban (Archives Nationales, G*'3 2o). Consulter : Lettre de Joseph Arbussy à tons les fidèles des Eglises réjormées de France, Montauban, 1657, in-4 ; Réponse (attribuée à J. de Coras) à un libelle intitulé Lettre de Joseph Arbussy, i658; Colomiès, Gallia orientalis, La Haye, 1666, in-4; Haag, la Fronce protestante, édit. H. Bordier, Paris, 1877, in-8.

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et ne demandent que d'être instruits. Gela en a disposé plus de cent à se confesser et à communier à Pâques avec édification. Toutes les filles nouvelles converties qui sont dans les couvents, qui no voulaient entendre parler ni de messe ni d'instruction, vont depuis deux mois à la messe, se sont fait instruire, et ont toutes été à confesse à Pâques. Voilà, Monsieur, l'efTet que cette première démarche a produit sur leur cœur.

Tous ces heureux commencements ne doivent point nous éblouir : je demeure d'accord que toutes ces dispositions favorables sont aisées à détruire, si l'on n'en profite avec vivacité. Mais aussi je prendrai la liberté de vous dire, quoique avec peu d'expérience, qu'il me paraît que si l'on n'avait pas engagé les nouveaux convertis par la douceur mêlée d'autorité à aller à la messe, non seulement ils n'auraient jamais été catholiques dans le cœur ni à l'extérieur, mais leurs enfants auraient été aussi huguenots qu'eux, une seule parole des pères et mères étant capable de détruire en un moment le fruit de dix années de couvent ou d'instruction.

Le Roi ne pouvait donner une plus grande marque de sa bonté à la ville de Montauban que de lui envoyer le P. de La Rue^ dans ce mouvement heureux. Il a enlevé les cœurs avec une rapidité étonnante, et a trouvé le secret de gagner la confiance de tous les nouveaux convertis. Je lui ai communiqué la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire : je crois qu'il vous explique son sentiment par

3. Le P. de La Rue, cf. t. I, p. 878 ; t. III, p. 78 et 76 ; t. X, p. 175. Le P. de La Rue était arrivé à Montauban le jeudi 18 février, et il y séjourna jusque vers la fin de septembre de la même année. Le Gendre dit de même à M. de Ghâteauneuf : « Le Roi ne pouvait nous faire un plus grand présent que de nous envoyer le P. de La Rue dans ces heureux commencements : l'église est trop petite pour contenir tous ceux qui ont envie de l'entendre, quoique nous ayons fait faire des tribunes de tous côtés. Son éloquence et sa douceur font une grande impression sur l'esprit des nouveaux convertis. C'est un homme admirable en public et en particulier... « ^Correspondance des contrôleurs généraux, t. II, p. 28).

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celle que je prends la liberté de vous envoyer de sa part*.

Dieu n'a pas renfermé ses grâces dans la seule ville de Montauban ; il les a répandues dans toute la généralité, où les nouveaux convertis commencent à ouvrir les veux et à prendre le bon parti. Il y en a plus de quinze mille, dans les principales villes, qui ont commencé à aller à la messe, et beaucoup qui ont approché des sacrements à Pâques. Il n'y a rien, Monsieur, de si nécessaire pour terminer heureusement une affaire aussi importante, que d'établir l'uniformité dans les provinces voisines et dans tout le royaume % afin que nos jeunes plantes ne puissent pas se plaindre que l'on cultive leur terre, pendant que l'on néglige celle de leurs voisins. Ce n'est pas une petite affaire, ni l'ouvrage d'un jour ; mais n'est-on pas bien récompensé, quand on travaille pour la gloire de Dieu et pour le succès d'une affaire que le Roi a si fort à cœur ?

Je vous supplie très humblement, Monsieur, de corriger dans ma conduite tout ce que vous y désapprouverez : vous pouvez compter sur une soumission entière à vos avis et à vos conseils, personne au monde ne vous honorant plus que moi, et n'étant avec plus de respect, etc.

Le Gendre.

4. A défaut de cette lettre, on lira avec intérêt celle que le P. de La Rue écrivit au contrôleur général Cliamillart, le 21 septembre 1700 (Dans la Correspondance des contrôleurs généraux, t. II, p. 56).

5. Le P. de La Rue dit de même : a ... Qu'il serait aisé de porter ce grand ouvrage à sa dernière perfection, si cette uniformité de sentiments se trouvait entre tous les prélats et les intendants des provinces ! Il ne faudrait qu'une parole du Roi pour l'établir où elle n'est pas. En vérité, rien ne retarde plus la parfaite réunion que l'attention que font les réunis h la diversité des manières dont on a usé à leur égard. Elle leur persuade que le Roi ne veut pas qu'ils aillent à l'éylise, puisque, en tant de provinces, on ne les presse point sur ce sujet. Cependant, si on laisse languir l'ouvrage encore cinq ou six années, il ne s'achèvera jamais, et six cent mille âmes sans religion formeront dans le royaume un peuple également ennemi de l'Église et de l'État... » {Loc. cit.).

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1999. — Leibniz a Bossuet.

Wolfenbuttel, 3o avril 1700.

Monseigneur, 11 y a plus de deux mois que j'ai écrit deux lettres très amples pour répondre distinctement à deux des vôtres * que j'avais eu l'honneur de recevoir, sur ce qui est de foi on général et sur l'application des principes généraux à la question particulière des livres canoniques de la Bible. J'avais laissé le tout alors à Wolfenbuttel, pour être mis au net et expédié ; mais j'ai trouvé, en y arrivant présentement, que la personne qui s'en était chargée ne s'est point acquittée de sa promesse. C'est ce qui me fait prendre la plume pour vous écrire ceci par avance, et pour m'excuser de ce délai, que j'aurai soin de réparer.

Je suis fâché cependant de ne pouvoir pas vous donner cause gagnée sans blesser ma conscience, car, après avoir examiné la matière avec attention, il me paraît incontestable que le sentiment de saint Jérôme a été celui de toute l'Église ^ jusqu'aux innovations modernes qui se sont faites

Lettre 1999. — Minute autog^raphe signée, Hanovre, Papiers de Leibniz, t'"^ 10 et il. Imprimée d'abord dans les Œuvres posthumes de Bossuet, t. 1, p. 5o6. Le premier éditeur a cru fautive la date du 3o avril, estimant que la présente lettre devait être postérieure aux deux autres qui y sont mentionnées comme précédemment écrites et qui, dans les éditions, sont datées du i^ et du 2^ mai. Mais celles-ci sont datées du jour où elles furent mises au net et expédiées, et non du jour où elles furent rédigées : c'est ce qu'explique une lettre au duc Antoine Ulrich (édit. Fouclier de Carell, t. Il, p 3i3); d'ailleurs, Bossuet (p. 202) fait allusion à la lettre du 3o avril.

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