A M""' CORNUAU
A Paris, ce 17 décembre 1703.
Faites" ainsi, ma Fille, et vous vivrez. Songez à ce qui était avant la création du monde; Dieu seul
a. Toute cette leltre a été transcrite p<ir Ledieu.
ordonnance de M. l'évèque de Meaux, dont vous m'envoyez un exemplaire, me paraît bien ; elle est du moins comme j'en suis convenu avec lui ; vous pourrez en continuer l'impression et le débit comme il lui plaira. A l'égard de la suppression de sa première ordonnance, je consens volontiers qu'elle se fasse chez lui ou chez vous, comme il le voudra ; mais j'exige de vous que, quelque part où ce soit, vous y soyez aussi, afin que les exemplaires en soient i)rûlés ou déchirés en votre présence comme en la sienne, ou de qui il lui plaira de sa part» (2 décembre 1702). Voir aussi les réflexions de Ledieu, p. 335 à 339. La tolérance accordée aux évèques ne regardait que les écrits publiés en vertu de leur charge et non les autres, et encore leur était-il interdit d'arguer de l'autorité du concile de Trente ou du défaut de permission ou d'approbation de l'ordinaire pour la censuie des versions de la Bible ou antres livres de doctrine (Ledieu, t. II, p. 234)- — Cependant l'effet produit par l'Instruction contre R. Simon fut tel que le Chancelier fit rendre le 22 janvier 1708 un arrêt du Conseil pour révoquer le privilège qu'il avait donné de réimprimer à Paris le Nouveau Testament de Trévoux (Ledieu, p. 383 et 384 ; cf. p. 36 1, 370 et 376). Mais Pontchartrain continua à surveiller les écrits des évèques. Ainsi, il écrivit à d'Argenson le i3 avril 1704 : « Vous avez bien fait de faire arrêter la lettre pastorale de M. l'archevêque de Cambrai, sans entrer dans le fond de la doctrine. Il suffit que cet écrit a été porté et vendu hors de son diocèse sans permission, pour être sujet à la saisie « (Bibliothèque Nationale, Clairambault, 699, p. 35o bis). Cf. la Correspondance administrative sous Louis XIV, t. II, p. 335, et t. IV, p. 229.
Lettre 2199. — Cent soixante-deuxième dans Lâchât et Ma;
3o CORRESPONDANCE [déc. 170a
est. hors de lui le pur néant'' : si l'on peut mettre ou devant ou après, ou dedans ou dehors ce qui n'est rien. Dieu a voulu faire le monde, et lui donner le commencement que lui seul connaît. Le monde ne change pas pour cela de nature et il demeure un pur néant en lui-même, et ne subsiste que par son rapport à Dieu qui lui donne l'être. Il ne le faut donc regarder que de ce côté, et ne rien voir de ce qui est, que dans la volonté de Dieu. Car le péché, qui n'est point par la volonté, mais qui est plutôt contre la volonté de Dieu, permis seulement et non voulu, nest rien en soi. Tout n'est donc rien, excepté Dieu ; et l'âme ne doit voir que Dieu en tout, et demeurer insensible et indifférente pour tout ce qui n'est pas Dieu. Amen, amen. Cela est ainsi, et la croix de Jésus-Christ est faite pour anéantir dans nos cœurs tout ce qui n'est pas Dieu, ou ordre de Dieu.
Demeurez donc ferme, ma Fille, dans votre résolution, que j'approuve et reçois au nom de Dieu, le priant de la bénir et de la rendre éternelle. Il n'importe guères combien dure une retraite, pourvu que les résolutions qu'on y prend soient persévérantes. Je prie le divin Epoux que cela soit ainsi en vous.
Je ne puis vous rien décider sur le voyage de Paris. C'est une affaire de médecin; ainsi, sur ce sujet-là, je n'ai rien à dire. En gros, si vous pouvez éviter de sortir de votre clôture, ce sera le plus
h. Edil. ; Dieu seul, et hors de lui le pur néant.
cent soixantp-quatriome dans Na ; cent soixante-troisième dans I.cdico et dans ri ; cent soixantième dans Ne ; cent cinquante-hiiilième dans j\d. Date Fournie par Mme (Jornuau : A Paris, i-j septembre 170a ; Ledieu et A : 1708.
déc. 1702J DE BOSSUET. 3l
agréable à Dieu. Songez que les Carmélites elles Filles de Sainte-Marie' ne sortent jamais, pour quelque cause que ce soit. Le saint [ ] '^ daigne vous garder sous son aile, et soit avec vous, ma Fille.
2200. — A Nicolas Payen.
A Versailles, 22 décembre 1702.
J'ai vu. Monsieur, votre lettre à M. deMontmort, votre frère', et j'ai vu aussi la réponse qu'il vous fait. Gomme tous deux vous vous rapportez à ma décision, il faut. Monsieur, que je la trouve ovi je l'ai cherchée dès le commencement, c'est-à-dire dans la volonté de Dieu. Nous avons cru d'abord tous ensemble et d'un commun accord que, dans la conjoncture où se trouvait M. votre fils ^ et avec les lumières que Dieu lui avait données, la Cour ni sa
c. Un mot omis par Ledieu ; les éditions, escepté la seconde : Le sair.t Époux ; la seconde édit. : Le Sainl-Esprit.