La famille Drouyn a Bossuet
A Paris, ce 11 août 1699.
Monseigneur, La famille de M. Drouyn', docteur et bibliothécaire de
3. L'Université réclamait des bénédictins de Saint-Rertin, à Saint- Omer, le payement d'une pension de six mille livres, l'ar arrêt du Conseil, du 4 septembre 170U, cette rente f'ut réduite à quatre mille livres, payables chaque année durant la vie de D. lienoît de Béihune des Planques, titulaire de l'abbaye. Un autre arrêt, du 17 octobre 1703, décida que les arrérages seraient payés à dater du 3 mai 1701, jour où un projet d'accommodement entre les parties avait été dressé par l'entremise du P. de La Chaise (Archives Nationales, E 1920, II" 1^4)- L'Université nv. Jouil pas loM|ricinps de ce revenu, car des Planques mourut au mois d'octobre i^oô.
4. Monnier de Hichardin ajoute : « Je fis mettre cette lettre ^ la poste ledit jour 27 mars, sur les neuF heures du soir. Le courrier pour \ ersaillcs part vers minuit.»
Lettre 56. — Bibliothèque nationale, Ir. a'j8/i3, f» 5. Inédite.
I. Philippe Drouyn, Hls d'Elisabeth Mallet et de Louis Drouyu,
seigneur de Vaudeuil, trésorier de France à Soissons, naquit
août 1699] DE BOSSUET. 3^9
Navarre, persuadée de sa bonne conduite, qu'elle a reconnue dans toutes les actions de sa vie dès sa plus tendre jeunesse,
à Paris, rue Plâtrière, le 2 novembre 1661, et fut baptisé le 5 à Saint- Eustaehe. Il étudia d'abord dans la maison paternelle, sous la direction d'un prêtre de Digne nommé Mayeul Combe; il fit ensuite sa rhétorique au collège de la Marche, et passa à Navarre pour s'y préparer aux grades théologiques. Il obtint le dix-neuvième rang à la licence de 1688, prit le bonnet le 2 juin de la même année, et fut nommé bibliothécaire du collège de Navarre le 22 juin 1689. Dix ans plus tard, ayant été accusé de mauvaises mœurs (crimine pessimo, dit Ledieu), il composa pour sa défense un mémoire qui fut imprimé, puis remis à Bossuet en même temps que la présente lettre. Le prélat, supérieur de Navarre, l'interdit de ses fonctions. Drouvn se retira d'abord au séminaire Saint-Sulpice, mais, comme il persistait à refuser de donner sa démission, il fut relégué par lettre de cachet à Orléans, où il resta jusqu'à ce qu'il eût cédé (mai l'yoS). Il revint alors à Paris, et on lui donna pour successeur Etienne Milanges, aussi docteur de Navarre. A peine Bossuet fut-il mort, que Drouyn fut reçu, le 3o avril 1704, conseiller au Parlement de Paris (cinquième chambre des Enquêtes), et on le voit ensuite qualifié de chanoine et archidiacre de Sologne, au diocèse de Bourges.
Drouyn avait beaucoup d'amis, qui prirent parti contre ses accusateurs. Son mémoire justificatif est appuyé de nombreux certificats attestant sa capacité et sa moralité: ils sont signés de docteurs et de licenciés de Navarre, du grand maître Guischard, de Ch.-Fr. Richer, chanoine de Meaux, d'Adrien Baillet, des PP. Daniel, Hardouin, Le Quien, Mabillon, etc. L'abbé du Bos écrivait de Bruxelles à Nicolas Thoynard, le 28 septembre 1699 : « La Gazette de Bruxelles disait que M. de Meaux avait signifié, de la part du Roi, ordre à l'abbé Drouyn de quitter sa charge de bibliothécaire de Navarre. Je suis surpris que vous ne m'en mandiez rien, sachant que je suis de ses amis et confrères » (Lettre publiée par D. Paul Denis, Autographes de la collection Troussures. p. io4). L'abbé Bourdelot blâmait la rigueur de Bossuet : « Cette oppression ne fera point d'honneur à M. de Meaux, qui pourrait bien trouver dans quelques journaux quelques traits qui ne lui feront point honneur. J'en suis très fâché pour l'un et pour l'autre, les estimant tous deux beaucoup. » (Lettre à Nicaise, du i5 janvier 1700, publiée par M. Griselle dans le Bulletin du Bibliophile, 1910, p. 356).
L'abbé Drouyn mourut le 5 mars 1786, en Sorbonne. Il a laissé de nombreux manuscrits : des matériaux destinés h une Bibliographie générale, conservés ;\ l'Arsenal (n"^ 5^28 à 67/18). La Bibliothèque Nationale (fr. 22898 à 22869) possède des listes de gradués de la
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et convaincue de son innocence sur les faits dont on l'a malicieusement accusé auprès de vous, prend la liberté, Monseigneur, de vous adresser un mémoire pour sa justification. Nous espérons que, pour peu que vous ayez la bonté d'y laire attention, vous connaîtrez jusques à quoi point ses ennemis ont poussé leur animosité contre lui, sans qu'il y ait donné lieu. Car, Monseigneur, il n'est point du tout à croire que tant de personnes de considération et démérite de la seule maison de Navarre, sans parler de tant d'autres d'une vertu si reconnue et d'une si grande réputation, qui le connaissent depuis longtemps, voulussent donner des attestations aussi authentiques de ses bonnes mœurs et de sa capacité, sans en être pleinement convaincues. Ce dont nous pouvons vous assurer, Monseigneur, est qu'elles ne sont point mendiées et qu'il en aurait encore une infinité d'autres, s'il n'y paraissait pas trop d'alTectation. Cela doit sans doute prévaloir aux mauvais discours de deux ou trois personnes au.s.^i injustes que peu charitables et dont nous ne voulons point approfondir la conduite. Nous espérons de votre bonté et de votre justice que vous le laisserez dorénavant jouir paisiblement du fruit de ses travaux et que, par la protection dont nous vous supplions de l'honorer, vous le mettrez à l'abri des insultes de pareils ennemis. C'est, Monseigneur, ce que nous vous demandons avec instance, vous assurant que vous n'obligerez pas seulement l'homme du monde le plus reconnaissant, mais encore toute sa famille, qui vous est déjà parfaitement dévouée.
Facultt'* de tliéoloçie, des notes sur l'iiistoire du foilèg-c de Navarre, de i3l5 à ii^QÔ, un dictionnaire des tiiéolo{jiens, des documents sur les paroisses de Paris, des lettres adressées h Drouyn, etc. (Voir Ledieu, t. II, p. 3 et ^58; Martin Lister, A journey to Paris in Ihc year ifjff^'tj ■/.' édit., Londres, i'»<)i), in-H ; Mcnntjiaiin, Paris, 17/11, \ voL in-ia, I. II, p. vsï.'i ; Catalo{;ue des manuscrits de l'Arsenal, t. VIII, p. 5u); Mémoire [jour Messire Philippcs Drouyn, fi la Hiljliolliè(|iie Nationale, \" Fm.5iOf); les matt'-riaux rcnnis par Drouyn cmi vue d'un seirrMid m/'nioire justilicatif, Fr. 'iuS'i.']; U' Mrrrnrc. septembre i<")()8 ; le compte rendu d'un entretien de Drouyn avec bossuet, plus loin, p. 3O7.
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Nous sommes, Monseigneur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
DrOUYN DR V AUDÛEIL. N. DrOUÏN. DrOUYN d'ApOIGNY.
Le Rebours, président. Le Rebours, cons. au Parlement.
Du Metz, président.
(L'abLié) Mali.et. Mallkt de Brunières,
Mallet, cons. au Parlement.
2. Parmi les signa laires de cette lettre, on remarque Nicolas Louis Drouyn de Vaudeuii, trésorier de France à Soissons, frère de l'abbé Drouyn ; Drouyn d'Apoigny doit être Jean Louis Drouyn, leur cousin g-ermain, fils de Nicolas Drouyn et de Marie Bruscoli. Quant à N. Drouyn, c'était, sauf erreur, Nicolas Drouyn, prêtre de l'Oratoire, doyen de la collégiale de Dammartin et frère de Drouyn d'Apoigny .
Les Rebours et les Mallet (al. Malet) étaient parents de l'abbé Drouyn du côté maternel. Thierry Le Rebours, maître des requêtes et président an Grand conseil, époux de Marie Malet du Luzard, fille d'Yves Malet, secrétaire du Roi et d Isabelle Bourgoin, mourut le 36 octobre 1706, laissant un fils, Alexandre Le Rebours, intendant des finances sous Cliamillard, son cousin germain. Claude Le Rebours, seigneur de Saint-Mard-sur-le-Mont (près de Givry-en- Argonne), fut conseiller en la cinquième chambre des Enquêtes, et mourut en 1718. Jacques Malet, seigneur de Drucy et de Brunières, fils de Catherine Brigard et d'Yves Malet, contrôleur des eaux et forêts de l'Ile-de-France, fut reçu en 1679 conseiller en la cinquième chambre des Enquêtes. Il était cousin germain de l'abbé Drou\ii, étant, comme lui, pet't-fils de Philippe Malet, avocat, et de Jeanne Vizet; il faut en dire de même de l'abbé Philippe Malet, docteur de Sorbonne, doyen de Bar-sur-Aube. Marie Malet, sœur de Jacques et de Philippe Malet, épousa, le 23 août 1G80, Gédéon Berbier du Metz, comte de Rosnay (élection de Troyes), qui fut président en la Chambre des Comptes et contrôleur général du trésor royal, etc., et mourut le 4 septembre 1709. Quant à Yves Louis Dieudonné Malet, qui avait été reçu le 9 février 1696, conseiller en la première chambre des Enquêtes, il se défit de sa charge en 1708 et mourut le 5 octobre 1788 ; il était fils de Louis Malet, conseiller au Parlement, de 1672 à 1695, et d'Anne Fabert, sœur du maréchal de ce nom, et petit-fils d'Yves Malet, seigneur de Noisiel et du Luzard, secrétaire et maître d'hôtel du Roi (Dictionnaire de La Chesnaye-Desbois ; le Mercure, septembre i6y8, octobre 1709, etc., etc.; Bibliothèque Nationale, Pièces originales. Dossiers bleus. Nouveau d'IIozier, etc.).
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