‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 149 sur 211 · I . Mémoires de Monnier de Richardin · texte numérisé non relu

I . Mémoires de Monnier de Richardin

M. de Warenghien, sous la date du 3o mars lOgg, a fondu en un seul les récits laissés par Monnier de Richardin des audiences qu'il eut de Bossuet le i3 et le 3o de ce mois. Nous croyons devoir reproduire ici sous sa forme primitive et dans son intégrité le texte du professeur de Douai.

« Vendredi i3® (mars i6gg), je fus voir M. de Meaux. Ce prélat était enfermé dans un cabinet bien chaud, parmi des livres et des papiers. Je suis sûr qu'il était fort occupé de M. de Cambrai. Il lut certaines lettres que je lui présentai, et me pria d'avoir une conférence avec lui sur certains sujets vers les quatre heures après midi. Je ne manquai pas à ce rendez-vous, et je revins fort satisfait de mon audience. Ce prélat me parla avec une liberté d'esprit qui me persuada fort sa solidité et sa vigueur » (Ms. de Douai, 187/1, P- ^^)-

Autre récit de la même audience: « ...Je lui dis (à Vévêqne d'Arras^ que je n'avais pas l'honneur d'être connu de M. de Meaux, et que ce prélat ne saurait que s'imaginer si j'allais de moi-même me produire dans son cabinet. Ce pourquoi je priai M. d'Arras qu'il eût la bonté de tracer deux mots dont je me chargerais et qui me serviraient pour m'introduire chez cet évêque, son bon ami. M. d'Arras rêva un moment sur ce qu'il devait faire ; il se détermina enfin de faire ce que je souhaitais, et il me chargea d'une lettre pour M. de Meaux. J'allai (vers dix heures du matin) a la place des Vie-

toires, où loge M. deMeaux'. Son portier me dit qu'on n'avait point encore ouvert ; il me dit néanmoins de revenir dans une demi-heure. J'allai à Saint-Eustaclie pendant cet intervalle, j'y entendis la messe ; après quoi, je retournai chez M. de Meaux. J'eus audience d'abord. Je lui présentai premièrement la lettre de M. d'Arras et ensuite celle de M. le Recteur-. Il me dit qu'il était bien lâché de ne pouvoir dans ce moment s'entretenir avec moi sur lésa iïaires de notre Université, mais qu'il me priait de le revoir vers les quatre heures après midi, et que nous parlerions à fond de toutes choses. J'y retournai donc après midi à l'heure convenue. Ce prélat m'écouta avec beaucoup de bonté pendant une heure, et même avec beaucoup de confiance. Il souhaita que je lui fisse un détail de notre Université, s'informa du temps de sa fondation, de son fondateur' et d'autres circonstances. Il voulut encore être éclairci de l'état de la Faculté de théologie * ; il me parla avec beaucoup d'estime d'Estius et de Sylvius^. Je

1. Bossuet demeura place des \ictoires, de 1698 jusqu'au 5 juillet 170a (Voir E. Levesque, Bossuet à Paris, ses divers domiciles, dans la Revue Bossuet, iu'iWet 190^, p. 170).

2. Le recteur, cette année-là, était le professeur Couvreur, ainsi qu'il a été dit plus haut, p. 3^7.

3. L'Université de Douai fut fondée par une bulle du pape Paul IV, du mois d'août iSôy, et par des leUres patentes de Philippe H, du 19 janvier i56i. Elle ouvrit ses cours le 5 octobre suivant. L'honneur de celte fondation revenait pour une bonne part à François Richardot, qui avait a^i fortement auprès du cardinal Granvelle pour triompher de l'opposition de l'Université de Louvain, et qui, bien qu'évéque d'Arras, ne dédai(jna pas de se charg^er du cours d'Écriture sainte (tî. Cardon, La fondation de l'Université de Douai, Paris, 1892, in-8; L. Duflot, François Hichardot, évèque d'Arras, Arras, 1898. in-8, p. 9^ et suivantes).

4- Sur l'étal de la Faciillé de théologie, on peut se rejioiter au mémoire imprimé dans notre tome \III, p. 618 et suivantes.

5. Estiiis enseigna h Douai jusqu'à sa mort (ao septembre i6i3), et il eut pour successeur Sylvius, qui occupa sa chaire jusqu'en iC^g. Il a été (|uestion de William liesscls van Est, en latin Esiius, dans notre tome VII, p. 118 (cf. liCuridan, Revue des sciences erclésinsti(]urs d'Arras, 8« série, n" ,^38). Quant ?i François du Bois, connu sous le nom de Sylvius, il était né à Braine-le-Comte en i58l, de (îuillaumc

vis même qu'il était bien informé de notre affaire de Saint- Bertin^. Je lui en fis un long détail; il convint que cette aflaire était juste, et me témoigna assez clairement qu'il était persuadé qu'on nous trompait. L'ordre de notre juridiction le surprit, et il parut fort étonné du récit que je lui fis de l'article S** de nos lettres d'érection''. Après l'avoir entretenu fort longtemps, je voulus le quitter pour faire place à un ecclésiastique de mérite qui l'attendait dans son cabinet. M. de Meaux me pria avec beaucoup de bonté de continuer à l'entretenir des affaires de noire Université. Ce qu'ayant fait encore pendant un petit quart d'heure, je le quittai, et ce prélat conclut qu'il était du bien de la religion de conserver une université qu'il savait bien être fort faineuse ; il me promit de conférer incessamment avec M. l'archevêque de Ueims sur les moyens de la rétablir. J'oubliais de marquer ici que je lui fis une longue histoire de la charge de protecteur de l'Université, que j'avais supplié mon dit sieur

du Bois et (le Marfjuerite de Compère. Il prit le doctorat à Douai le 9 novembre 1610, fut président du séminaire des Evèques et chanoine de Saint-Â.nié. il mourut à Douai le 27 février lô^Q- Ses ouvrages ont été réunis par le P. Norbert d'Elbecque, dominicain, Opéra omnia, Anvers, 1698, 6 vol. in-fol. On y remarque : Commentarii in Summam Iheol. S. Thomœ Aquinatis, Douai, i638, in-ii ; Libri sex de prsecipuis fidei nostrx orthodox/e controverslis, Douai, i623-i638, ia-4 (Leuridan, /oc. cit. ; article de Reusens, dans la Biographie nationale belge).

6. Voir plus haut, p. 0/48. L'abbaye de Saint-Bertin, de la ville de Saint-Omer, négligeait de payer à l'Université de Douai une pension de quatre mille livres. Un arrêt du Conseil, du 17 octobre l7o3, donna gain de cause à lUniversité (Archives Nationales, E igaS, n**

7. Dans les lettres d'érection par Philippe II (19 janvier i56i), cet article est ainsi conou : « Pourront serablablement lesdites Facultés avoir leur conseil et faire statuts particuliers sur la direction de leurs affaires, chacune en son regard, sauf toutefois qu'iceux statuts, tant généraux que particuliers, ne se pourront publier par lesdits Recteur et Université, ni en user, sans préalablement être par nous approuvés et autorisés » (Apud Duthillœul, De l'Université de Douai, de son Académie, de sa faculté des Lettres, Douai, i855, in-8, p. ao).

de Reims d'accepter pendant mon rectorat*. Je lui parlai de la lettre du P. de La Chaise. Il me parla aussi de la fourberie de Douai et de l'histoire du (aux Arnauld ; il me demanda si M. de La Verdure était aussi bon thomiste qu'on le disait, et s'il était vrai qu'il allât quitter l'Université' » (page 89).

Audience du 3o mars i6gg, à Versailles. « Etant sorti de la messe du Roi, je vis M. de Meaux et ensuite M. de Reims, ainsi qu'il est rapporté dans mon autre journal '". A l'égard de M. de Meaux, j'entrai d'abord dans sa chambre. Il était en robe et en bonnet de nuit, fort négligé, et sa chambre n'était point encore faite. Ce grand prélat était, à son ordinaire, parmi ses livres et ses paperasses; il écrivait. Il me pressa de me mettre dans un fauteuil pour un moment, pendant quoi il acheva de décharger son imagination sur le papier. Après quoi, il m'entretint avec autant de liberté d'esprit que s'il n'eût pas étudié toute la matinée. Voyez dans mon autre journal la conversation que j'eus avec lui sur les affaires de notre Université. Voulant prendre conj,'é de ce prélat, il me demanda si je n'avais pas reçu de nouvelles de Flandre louchant la condamnation du livre de M. de Cambrai. Je lui dis que je ne doutais pas que ce bref ne fit pour le moins autant de bruit dans nos provinces qu'il en faisait à Paris et à la Cour; qu'on m'avait mandé de Flandre que M. de Cambrai avait reçu ce bref avec beaucoup de soumission, et qu'il avait ordonné à tous ceux de son diocèse qui avaient sonlivrede le brûler incessamment. J'ajoutai

8. Monnier de Riciiardin :ivail été recleiir l'année précédente.

Q. En if)<)f), les jésuites |iress:iieiit La \erdiire île se démeltre, dans l'espoir de lui Fitire donner |)uur successeur un homme (]ui leur fût plus ouverlemenl <lév<iué. Il résista à leurs instiinces et coiiser\a sa chaire jusqu'en 1717. La N erdiire fijpire «léjà dans nos tomes l\, p. 'MWi, et ,\III, p. 5i(j (l>. l-e(pand, l'Univcrsitr de Doiioi, Donni, 1887, in-8, p. 5/|).

10. Monnier de Kichardin a noté séparément les t'aits qui lui sont personnels et ceux qui rejfardenl l'Université. (jCS deux journaux se trouvent dans le même manuscrit 187/1.

que je n'avais point osé d'abord le féliciter sur le triomphe qu'il venait de remporter, parce que je doutais s'il l'eût trouvé bon, que je m'en réjouissais avec toute l'Eglise, et qu'il y avait lieu d'espérer que ce bref ferait grand bien à la religion, par rapport même à M. de Cambrai, qui, ayant d'un côté toutes les qualités qu'un grand prélat peut avoir, et d'autre part beaucoup de douceur d'esprit, ne manquerait pas de se réconcilier avec ses anciens amis ; que nos provinces et notre Université en particulier retireraient de grands avantages de cette union. M. de Meaux m'écouta avec beaucoup de plaisir et me dit en me quittant que ce n'était pas sa cause particulière qu'il avait gagnée, mais celle de tous les évêques et de toute l'Eglise » (pages ^9 et 5o).

« ...Je fus donc Çle 3o mars lôgg), à onze heures, premièrement chez M. de Meaux, qui me dit d'abord qu'il avait reçu ma lettre" du 27, et me demanda ce qu'il y avait à faire pour l'Université. Je lui répondis que la conjoncture était favorable pour la rétablir par le moyen de la visite ; que M. de Reims, M. de Paris, lui et M. d'Arras étaient présentement à Versailles; que M. de Reims avait promis d'en parler à M. de Barbesieux. M. de Meaux me dit que M. de Reims avait exécuté ce qu'il avait promis et que luimême (M. de Meaux) ne manquerait pas non plus de nous appuyer de son côté. 11 m'entretint de l'affaire de M. de Cambrai ; mais, comme elle ne regarde pas l'Université, vous trouverez le sujet de cette conversation dans mon autre journal » (page 107).

Audience du 26 novembre ^'^ ^^gg. « Ce prélat n'était pas dans son appartement quand j'y montai; il était dans celui de Mme sa sœur'^, qui est contigu au sien dans le même hôtel qu'il occupe à la place des Victoires. Les laquais, qui

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