Une règle plus austère
déc. 1702] DE BOSSUET. 35
est à éviter. Ne vous laissez pas tourmenter de vains désirs. Désirez ce qui se peut bonnement ; Dieu n'en veut pas davantage. C'est votre maison de profession et de stabilité que vous devez aimer et préférer à toute autre, si Dieu", par sa suave disposition, ne vous trouve autre chose.
Même sujet. Vous devez vous conformer à l'état où il vous a mise par une grâce si particulière. Votre désir est de Dieu, qui ne veut pas toujours accomplir les désirs qu'il inspire lui-même. Laissez donc aller ce désir à celui qui les donne; et, vous soumettant pour l'exécution à ses saintes volontés, demeurez en paix.
Même sujet. Faites ce qui est devant vous et ce que Dieu a mis en votre pouvoir, et contentez-vous de cela, puisque le saint Epoux en est content. Priez, désirez ; mais ne vous donnez aucuns mouvements. Le désir vient de Dieu ; l'agitation viendrait'' de la tentation : je vous la défends. Gardezvous bien d'aucuns mouvements sur ce désir, qui ne serait qu'une pure tentation. Si Dieu veut autre chose de vous, je l'écouterai quand il en ouvrira les moyens.
Sur la délivrance de ce désir, et si on pouvait PRIER Dieu de l ôter. Ne demandez point avec tant d'empressement d'être délivrée de ce désir, puisqu'il est bon, et peut vous tenir lieu de purgatoire en ce monde. Les saintes âmes que Dieu purifie sont désirantes, mais soumises. Ne vous laissez donc point
a. Édit. : à toate autre. Si Dieu. — b. Ne, V, vient droit.
36 CORRESPONDANCE [déc. 1703
aller à l'inquiétude, de crainte que vous n'en fassiez moins bien ce que vous avez à faire.
Tant que votre impatience sera entre l'Epoux céleste et vous seule, je prie Dieu qu'il vous la pardonne: mais, en attendant, qu'il la modère, de sorte qu'elle n'éclate point au dehors, et n'empêche pas les fonctions*.
[Second article]. Sur la stabilité et la pauvreté.
[R.] Je dois vous dire, ma Fille, sur la stabilité, qu'elle consiste dans l'exclusion de toute pensée de changement, et dans l'arrêt au lieu où l'on s'est consacré pour y reposer jusqu'au grand délogement, sans vouloir avoir d'autres vues : et c'est le parfait accomplissement de cette parole de Noire-Seigneur : A chaque jour suffit son mal^. Il faut sacrifier à Dieu vos peines là-dessus.
Et sur la pauvreté, il n'est point permis aux pauvres de Jésus-Christ de tant prévoir, ni de se chercher des appuis. Laissez votre volonté et votre prévoyance dans votre supérieure ; et, du reste, vivez d'abandon en Dieu, assurée qu'il aura soin de vous dans la suite, comme il a eu jusqu'ici. Je suis bien aise que vous ayez renoncé à ce que vous me marquez ; mais prenez garde à ne pas transporter cette inquiétude à une autre [chose]. Ne pensez point à l'avenir, et anéantissez '^ tout ce qui est en vous : à ce prix l'Epoux céleste est à vous.
c. Édit. : mortifiez el anéantissez.
1. Deforis ajoute au telle une explication : les fonctions du dehors. 3. Matt., VI, 34.
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Troisième article ''. Sur les confesseurs. R. Votre peine est juste d'un certain côté ; mais, ne pouvant y remédier, attachez-vous à voir Jésus- Christ dans les confesseurs. La foi seule peut faire cet ouvrage.
Vous avez pu et dû faire ce que vous avez fait ; mais, après vous être acquittée de ce devoir, soyez en repos, sans permettre à la créature de vous troubler. Unie à l'Epoux céleste, jouissez-en indépendamment de tout autre que de lui.
[Quatrième article]. Sur les prières vocales*.
[R.] Les prières vocales, comme de prix fait pour obtenir l'effet de votre désir, entretiennent l'inquiétude. Ces pressentiments ne sont et ne seront qu'un amusement, si vous y adhérez ; il faut les laisser passer et s'écouler comme de l'eau. Il y a ordinairement bien de l'amusement dans ces petites pratiques de dévotion que l'on fait pour obtenir de Dieu quelque chose : accomplir sa volonté et s'occuper de ce désir, c'est une belle neuvaine.
J'approuve l'esprit de retraite et de solitude, sans affectation, ni chagrin, ni scrupule. Je vous offrirai de bon cœur à Dieu en son fils, votre cher Epoux. Il faut se soumettre à l'ordre de Dieu, et ne se laisser jamais troubler par la créature : une épouse de Jésus-Christ a le cœur plus grand que le monde, et n'entre dans aucunes bagatelles. Abandon à la Providence, c'est ce que veut le divin Epoux.
Dilatez-vous du côté du ciel ; tâchez à sentir et à
d. Ce troisième article manque aux mss. N« et G. — e. Édit. : Sur les prières vocales et sur la retraite.
pratiquer que Dieu sulFit seul. Dites dans cet esprit ie psaume xxn.
Où le péché a abondé, la grâce a surabondé''. Soyez attentive sur vous-même ; résistez à tout. Moyennant cela, continuez l'oraison, les saints transports de l'amour envers le chaste et le céleste Epoux, et la communion.
Ne vous impatientez pas sur mes réponses : j'écris, non pas quand je veux, mais quand je puis. Continuez à votre ordinaire toutes vos pratiques, quand mes réponses tarderaient.
Je prie Notre-Seigneur qu'il soit avec vous, ma Fille.
2 2o3. — Claude Cappeuonnier a Bossuet.
Paris, 1703.
Monseigneur, j'ai appris avec joie quo votre dessein était d'écrire, non seulement contre la traduction du Nouveau