Rom., V
Lettre 2203. — Cette lettre est ra()porléed;iiis les éditions à l'année 170a ; mais, comme il y est fait mention de la première Instruction ronlre le I\'ouveau Testament de Trévoux, dont Bossuet fit la distribution <'i la Cour seulement le 39 décembre, il Faut la reporter au commencement de 170H. — L'abbé Claude Capperonnier, savant helléniste, né à Montdidier le i*"" mai 1671, de Jean Capperonnier et de Charlotte de Sainl-Lt'-jjer. Il avait d'abord été destiné à la profession <le tanneur exercée de père en fils dans sa famille; mais son oncle, \). Charles de Saini-Lérer obtint qu'il fût mis au collège de sa ville natale, puis chez les Jésuites d'Amiens, il vint h Paris poursuivre ses études en donnant îles le<'ons pour suppléer h l'insuffisance de ses ressources. Il fit son cours de théolojjie et obtint le sixième ranjr h la licence de 1702. Ses travaux lui valurent de l'Université une pension
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Testament imprimée à Trévoux, mais encore contre les autres livres de M. Simon, c'est-à-dire contre la critique qu'il a faite des Livres sacrés ; car cette critique est une pierre de scandale pour les théologiens, et elle peut être cause que les libertins blasphèment contre la majesté des saints Livres. Sous la belle apparence d'érudition grecque et hébraïque, elle cache un secret poison, qu'on peut avaler d'autant plus aisément qu'on s'en aperçoit moins d'abord. On peut dire en ce sens que la traduction du Nouveau Testament n'est pas le plus méchant livre que M. Simion ait fait : sa Critique sur l'Ancien et le Nouveau Testament est beaucoup plus dangereuse. Il fallait aller à la source du mal, comme je vois que vous en avez le dessein.
Je ne doute pas, Monseigneur, qu'en écrivant contre
qu'il toucha jusqu'en 1713. A cette époque, il entra comme précepteur chez le financier Grozat. Il obtint enfin, en 1722, la chaire de grec au CoUèg-e royal. Il mourut le 2^ juillet 174^- C'est à lui qu'est due la traduction de la Bibliothèque de Photius, dont la publication, commencée par Ellies du Pin en 1702, fut interrompue par l'exil de ce docteur et n'a jamais été achevée. Capperonnier a donné aussi une édition de Quintilien, Paris, 1725, in-fol. De plus, il a écrit: Apologie de Sophocle, ou Remarques sur la troisième lettre critique de M. de Voltaire, Paris, 17 19, in-ia ; Apologie du Télémaque contre les sentiments de M. de Voltaire tirés de son Essai sur le poème épique, Paris, 1786, in-i2 ; une dissertation sur un passage de Longin, insérée dans l'édition de Boileau par M. de Saint-Marc, Paris, 1747, in-8, t. III; un traité resté manuscrit (fr. giSS) sur la prononciation ancienne du grec, où il combat la prononciation dite érasmienne, qui s'est maintenue jusqu'ici dans nos collèges. Claude Capperonnier était parent de Le Febvre de Sainl-Marc, l'éditeur de Boileau ; son neveu Jean Capperonnier et son petit-neveu Jean Augustin Capperonnier se sont fait un nom comme philologues. (C. H. Le Febvre de Saint-Marc, Éloge de M. Capperonnier, s. 1. n. d., in-8 ; le P. Daire, Histoire de la ville et du doyenné de Monldidier, Amiens et Paris, i765,in-ia ; P. Burman, Epislola ad Cl. Capperonerium... de nova ejus M. Fabil Quintiliani de Institutione oratorio editione. Leyde, 1726, in-4 ; l'abbé Goujel, Mémoires sur le Collège royal, t. I ; Ch. Jourdain, Histoire de l'Université de Paris, Paris, 1862-1866, in-fol., p. 292 et pièces justificatives, p. i53 ; E. Egger, l'Hellénisme en France, Paris, 1869, in-8, t. I, p. 455).
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M. Simon, vous n'observiez une règle qu'il a donnée luimême à ceux qui veulent écrire contre les sociniens et autres errants. C'est, dit M. Simon, qu'il ne faut rien proposer de faible contre eux, car cela ne servirait qu'à les entretenir dans leurs erreurs.
Comme M. Simon veut triompher en fait de grec et d'hébreu, comme c'est par cet endroit qu'il jette de la poudre aux yeux des lecteurs ignorants, et qu'il attire plusieurs personnes dans son parti, il faut apporter une grande exactitude à examiner toutes les diflicultés qui dépendent du grec et de l'hébreu; car, si on lui donne la moindre prise de ce côté-là, il ne manquera pas de s'en prévaloir auprès des ignorants et des faibles, qui croiront qu'en attaquant M. Simon, on en veut à l'érudition grecque et hébraïque.
Encore un coup. Monseigneur, je suis persuadé que vous observerez cette règle en écrivant contre M. Simon, et surtout contre sa téméraire critique des Livres sacrés. Cependant l'importance qu'il y a d'observer cette règle m'oblige de représenter à Votre Grandeur, avec tout le respect que je lui dois, que, dans le premier écrit qui vient de paraître de votre part, cette importante règle n'a point été observée partout. Je n'ai, à la vérité, qu'un seul endroit à produire, où elle n'a point été observée ; mais cet endroit me paraît d'une assez grande conséquence pour être représentée à Votre Grandeur, avec tout le respect qu'un diacre et licencié de Sorbonne doit à un grand docteur et à un grand évêque de notre France.
Vous dites, Monseigneur, dans la page ii5 de votre première Inslruction sur le Nouveau Testament imprimé à Trévoux ', que « Yeve'dOat ne signifie naître ou être né dans aucun endroit de l'Ëvangile. C'est partout uniquement yevvadôat. » 11 faut corriger ainsi, Y£vv7.aOat.
Cependant j'ai trouvé dans le Nouveau Testament plu-
I. Instructions sur la version du Nouveau Testament imprimée à Trévoux en l'année iyo2, Paris, 170a, iii-ia. L'ncliev*^ (l'imprimer est du uo décembre.
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sieurs endroits où le verbe fs-^irs^ioci signifie naître^. Les voici.
Notre-Seigneur ^ dit au figuier qu'il avait trouvé sans fruit les paroles que l'auteur de la Vulgate traduit ainsi : Nunqaam ex te fructus nascaiar in sempiternam, ^ewiTa:.
Rom., I, 3 : De Filio suo qui natus'' est, tou ■^vio]xhQ^j, ex semine David secandam carnem.
Galat., iv, 4 : Misit Deus Filiani suum natum^ ex maliere^ yevojjLevov ex y^vaixoç.
I Petr., III, 6 : Saracajas natœestis filiœ, yjç ÈYevv^OïiTe xéxva. Voilà, Monseigneur, quatre passages où le verbe ysvédOat
semble signifier naître, sans que j'aie trouvé aucune variété dans les éditions du Nouveau Testament que j'ai consultées.
En voici quatre autres où le verbe y^^'éaQat signifie aussi naître; mais ils ne me paraissent pas si décisifs, parce qu'on ne les lit pas de la même manière dans toutes les éditions.
Notre-Seigneur dit de Judas : Bonum erat ei si natas non esset, £t oùx èyevVjÔTi, honio ille^. Dans quelques éditions, on lit èYEVvi^ÔTi ^, du verbe yevvàdOai.
II est dit de Jacob et Esaù : Cum nondam nati essent, [xtitco) yàp Y^^^ÔévTWv*. Dans quelques éditions, on lit YevvriQévxwv'.
Il est dit des enfants d'Abraham : Ex uno nati^'^ sunt, àcp' £vo; £Y£VT]ôr,(jav*^ Dans d'autres éditions, il y a lYevvYjOficav".
a. R. Simon a relevé, lui aussi, celte assertion de Bossuet ^Lettres choisies, t. IV, p. 387-392).