‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 37 sur 211 · Dom Tiiierry Huinarl · texte numérisé non relu

Dom Tiiierry Huinarl

août 1708] DE BOSSUET. lo3

2233. — Sébastien de Brossard a Bossuet.

Monseigneur,

Malgré le zèle respectueux qui m'attache à Votre Grandeur et l'étroit engagement où je me trouve de publier combien

Lettre 2233. — Dédicace du Dictionnaire de musique, par Sébastien de Brossard, ci-devant prébende député et maître de chapelle de l'église cathédrale de Strasbourg, maintenant grand chapelain et maître de musique de l'église cathédrale de Meaux, Paris, 1708, in-fol. (autres éditions: Paris, 1706; Amsterdam, s. d.). L'auteur était un prêtre du diocèse du Mans. Il était fils de Gilles de Brossard et d'Antoinette Lecomte, et avait été baptisé le 12 septembre i655 dans l'église de Dompierre, doyenné de Passais. Dans son Catalogue (p. 52 i), il mentionne un fils de sa sœur, André de Mézenge, qui promettait beaucoup pour la poésie et pour les sciences, et qui mourut eu 1708, à l'âge de vingt-deux ou vingt-trois ans. Malgré cette précieuse indication, nous ne saurions retrouver avec précision la parenté de Brossard, parce que les alliances entre les familles Brossard et Mézenge (ou Mésenge) ont été trop nombreuses, au xvi« et au XVII* siècle, pour permettre de tirer des conclusions certaines des documents conservés au Cabinet des titres. Une note manuscrite du xviii* siècle qui accompagne son portrait au Cabinet des estampes nous apprend qu'il descendait de Philippe de Valois, comme il l'a 'établi en 1726, et son blason, aux armes de France avec la barre, justifie cette prétention. Il fit h Caen ses éludes de philosophie et de théologie, et, après avoir végété plusieurs années à Paris, il s'établit, au mois de mai 1687, comme maître de chapelle à Strasbourg, où il occupa une prébende et fonda une académie de musique. Au mois d'avril 1699, il succéda à Pierre Tabart en qualité de grand chapelain et de maître de musique de la cathédrale de Meaux, dont il fut plus tard chanoine, et où il fut inhumé lorsqu'il mourut le 10 août 1780, âgé d'environ soixante-seize ans. Il avait réuni une importante collection musicale, qu'il offrit au Roi. Il en fut récompensé par une pension de douze cents livres réversible sur la tète de sa nièce et par une rente égale à prélever sur un bénéfice. Il avait lui-même dressé l'inventaire de ses richesses artistiques : Catalogue des livres de musique théorique et pratique, vocale et instrumentale, tant imprimés que manuscrits, qui sont dans le cabinet du S' Sébastien de Brossard, chanoine de Meaux, et dont il supplie très humblement Sa Majesté d'accepter

loA CORRESPONDANCE [août 1703

je lui suis redevable, j'ai douté longtemps s'il m'était permis de laisser parler ma reconnaissance dans une occasion aussi faible que celle qui se présente aujourd'hui. En effet, un ouvrage qui n'est composé que de recherches sur la musique paraît d'abord un tribut peu digne d'un prélat que l'Église regarde comme un de ses plus illustres défenseurs, savant^ pieux, infatigable et sans cesse occupé à combattre le dérèglement des mœurs, le relâchement de la discipline, et à faire triompher la Religion et la Vérité des artifices de l'Imposture et de l'Hérésie. Cependant, Monseigneur, oserai-je l'avouer? Rassuré par cette bonté paternelle dont j'ai tant

le don, pour être mis et conservés dans sa bibliothèque, fait et écrit en l'année 7724 (Bibliothèque Nationale, Rés. Vm* 21).

Brossard a composé des motets (Paris, 1696 et 1698, in-fol.), réimprimés dans son Prodromus musicalis, Paris, 1702, in-fol. On a aussi de lui les Lamentations de Jérémie selon l'usage romain, Paris, 1721, in-fol. ; une critique du système de notation imaginé par Démotz de La Salle, Lettre en forme de dissertation à M. Démoz sur sa nouvelle méthode d'écrire le plain-chant et la musique, Paris, 1729, in-4, et un Traité de musique manuscrit (n. a. fr. ^686). Il a eu le premier l'idée d'une bibliographie et d'une biographie musicales, et son Dictionnaire a beaucoup servi à J.-J. Rousseau, bien que celui-ci ne lui ait pas rendu justice. Les matériaux amassés par Brossard sont conservés à la Bibliothèque Nationale (n. a. lat. 5 19 à 545 ; n. a. fr. 5269, 6355). Ce musicien a été loué par ses contemporains, et Claude Chastelain lui écrivait le 13 octobre 1702 : « Heureuse Eglise de Meaux, qui a pour évèque le plus savant théologien de la chrétienté, et pour symphoniarque le plus profond musicien de l'Europe I » (N. a. fr. 9221, f" 83 V"). (Cabinet des titres, aux mots Brossard et Mksenge; Ledieu, t. III, p. 3oi, et t. IV, p, 368; Mémoires de Trévoux, oct. et nov. 1703 et mars I73i ; Titon du Tillet, le Parnasse français ; de Serré, la Musique, poème, ch. IV ; La Borde, Essai sur la musique, Paris, 1780, 4 vol. in-4 ; J.-J. Rousseau, Dictionnaire de musique, Genève, 17G7, in-4 ; J. Fr. Lobstein, Beilrœ(je zur Gesch'ichtc dcr Musik ini Elsass, Strasbourg, 18^0, in-8, p. 3o; Fétis, Biographie universelle des musiciens, Paris, i883, in-4 ; article de M. Torchet dans le Bulletin de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne, t. IV(i8G7), p. 196 et suiv. ; Michel Brenet (Marie Bobillier), Sébastien de Brossard, Paris, 1896, in-8 ; article du chanoine L. Froger dans la Province du Maine, t. XVI (1908); Revue Bosauet, 25 Juillet 1901, p. 1/48.)

sept. 1708] DE BOSSUET. I05

de fois ressenti les effets, j'ai cru pouvoir trouver, dans la nature même de mon ouvrage, de quoi justifier ma témérité. Cette sainte ardeur qui vous anime à remplir, dans toute leur étendue, les devoirs sacrés de l'épiscopat, n'éclate pas seulement dans les fonctions les plus éminentes; elle se plaît encore à descendre aux emplois les plus simples et ne trouve rien que de grand et d'auguste dans les moindres parties du culte de Dieu. La musique est une de ces parties; on n'en peut disconvenir. Ses premiers sons ont été consacrés à chanter les louanges du Seigneur ; et si la corruption des hommes a entrepris de la détourner de sa source pour l'appliquer à des objets profanes, elle n'en est ni moins pure, ni moins édifiante pour les cœurs que l'Esprit saint a préservés de la contagion. C'est en ce sens. Monseigneur, que les productions de la Musique peuvent mériter quelque attention de la part de Votre Grandeur ; et c'est sur cette confiance que j'ose vous présenter un mélange d'observations et de découvertes sur son origine et sur ses progrès. Heureux si vous daignez avoir moins d'égard à ce que peut valoir l'hommage que je vous rends qu'au parfait dévouement et au profond respect avec lequel je suis, de Votre Grandeur, Monseigneur, le très humble, très obéissant et très obligé serviteur !

Séb. de Brossard, Grand chapelain et Maître de musique de l'Église cathédrale de Meaux.

228/1 . — A l'Abbé Bossuet.

La peine que je ressens de ne pas voir cette année mes chers confrères Messieurs les Doyens, pour

Lettre 2234. — L- s. Grand séminaire de Meaux. Bossuet, souffrant, dicta cette lettre, dont la conclusion et la signature sont seules de sa main (Ledieu, t. III, p. 3). Il avait chargé son neveu de présider à sa place le synode qui se tint à Meaux le 5 septembre. Deforis avait publié cette lettre ; le cardinal de Bausset l'a reproduite (livre XIII, § xin) d'après l'original ; mais, en général, ce prélat ne transcrit pas littéralement les textes.

I06 CORRESPONDANCE [sept. 1708

apprendre d'eux, selon la coutume, l'état du diocèse, non plus que le saint synode \ ne peut être réparée, mon cher Neveu, que par le soin que vous prendrez de me donner part de leurs nouvelles^, et de leur apprendre des miennes. De ma part, vous leur pouvez dire que Dieu me comble de grâces, même selon le corps, non seulement en m'exemptant de toutes douleurs, mais encore en semblant vouloir tous les jours réparer mes forces^ par la bénédiction qu'il donne aux remèdes. De leur part, ma consolation sera d'apprendre qu'ils marchent dans la voie de la vérité, et qu'ils accomplissent leur ministère. J'ai bien besoin du secours de leurs prières pour me faire accomplir la volonté de Dieu, à laquelle je suis livré à la vie et à la mort, jetant en lui toute ma sollicitude, parce que je sais qu'il a soin de nous.

Ainsi dicté de mot à mot. à Versailles, le ti septembre 1703.

La paix de Jésus-Christ soit avec vous tous, mes

Frères.

J. Bémgne, é. de M eaux.

2 235. — Nicolas Payen a Bossuet.

...Si faut-il que je raconte à Monseigneur une aventure non mal plaisante du synode dernier. Ce jour-là même, un

I . Defbris corrijje : l'étJit du diocèse, et de ne pouvoir non plus tenir le saint svnode.

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