‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 62 sur 211 · Dan., IX, a · texte numérisé non relu

Dan., IX, a

noY. i7o3] DE BOSSUET. i5r

que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte *^ ; mais j'espère que vous aurez la bonté d'en excuser la longueur et les défauts.

Je suis, avec toute la vénération que je dois, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. De Valincour.

A Toulon, le 25* novembre 1703.

N'ayant pas, Monseigneur, le temps de relire cette lettre -avant que de vous l'envoyer, permettez-moi d'y ajouter ce mot, qui ne sera peut-être qu'une répétition, mais qui expliquera du moins ce que je puis n'avoir pas assez expliqué. Quand je dis : Fot7à ce que la véritable religion me propose à croire, alors il n'y a qu'à croire aveuglément, sans preuve, sans raisonnement: Captivantes intellectum^^ , le mérite est dans la soumission. Mais quand je dis : Entre toutes les religions du monde, voilà la seule bonne et la seule véritable, alors il faut de la certitude, il faut des preuves pour me déterminer ; je puis me tromper dans le choix et je dois le craindre : Videle ne quis vos seducat^''. Or il parait que rien ne peut m'assurer que l'évidence des prophéties.

224l. M. PuSSYRAN A BoSSUET.

Monseigneur, On a appris que Votre Grandeur travaillait contre le Silence

la. Valincour pense évidemment à Pascal (Provinciale XVf) ; mais le mot rapporté ici se lit déjà dans le discours X du Socrate chrétien de Balzac ; et même auparavant, le cardinal du Perron avait dit de CoePfeteau : « Son livre est bien gros, mais en si peu de temps il ne pouvait le faire plus petit : il n'est pas aisé de raccourcir tant de matières, il faut du temps pour les coucher de façon qu'on n'en omette rien, les voulant abréger » (Perroniana, p. 58).

i3. La Vulgate porte : In captivitatem redigentes omnem intellectum in obsequium Chrisli(ll Cor., x, 5).

i4- La Vulgate : Ne quis vos seducat (II Thess., 11, 3).

Lettre 2241. — « Quoique nous ayons l'original de cette lettre.

l52 CORRESPONDANCE [déc. 1703

respectueux'. On en serait édifié, si on n'avait su depuis que vous supposez dans cet ouvrage que l'Église n'est pas infaillible sur les faits doctrinaux, et que vous n'exigez des fidèles qu'un simple préjugé en faveur des décisions de l'Église'^. Si vous prévariquez jusqu'à ce point, vous devez vous attendre que les docteurs catholiques fondront sur vous ; et qu'en vous relevant sur cet article, ils ne vous épargneront pas sur les autres fautes de vos ouvrages. J'en ai en mon particulier un recueil assez ample pour vous donner du chagrin le reste de votre vie, dût-elle être bien plus longue qu'on n'a lieu de l'espérer. Eh! Monseigneur, si vous voulez avoir l'honneur de défendre l'Eglise, défendez-la sans la trahir; et ne confirmez pas le juste soupçon qu'on a eu que vous ne faisiez pas, à l'égard des nouvelles hérésies, ce qu'on devait attendre d'un prélat de votre distinction. Il faut même que je vous avoue qu'il y a déjà sur votre chapitre un petit volume tout prêt, sous ce titre : Rétractation de Messire Bénigne Bossuet, évêque de Meaax. Il est plein d'onction et de vérité ; l'auteur écrit d'une manière à se faire lire. Vous ne pouvez vous épargner cette critique publique qu'en vous déclarant sans ménagement contre les fauteurs du Silence respectueux. Au reste. Monseigneur, quand vous expliquerez la grâce efficace par ellemême, appliquez-vous bien à la distinguer de celle de Calvin, premier auteur de cette expression.

Je suis. Monseigneur, votre, etc.

J. 13. PuSSYRAN, D.

le Censeur uurait désiri', pour certaines raisons, qu'elle ne fût pas imprimt^e, et il n'a consenti à sa publication qu'en cédant aux représentations et aux instances de l'éditeur, ce qu'il a voulu être ici consigné. Cette lettre est sans date, mais il paraît qu'elle a été écrite en 1708, i't l'occasion du fameux Cas de conscience dont ou a donné l'histoire en huit volumes. » (Ueforis), On ignore qui était M. Pussyran.

I. Bossuet travaillait en elTet ^i un ouvraju-e intitulé: De l'aulorité lies jugements ecclcsiasli(]urs (Voir Lâchât, t. XXVI, p. 238-a^<j).

a. M. Pussyran était imparfaitement informé du sentiment de hoMuet. Cf. I. XII, p. 39/4 h 396.

janv. 1704] DE BOSSUET. l53

2242. — Michel Chamillart a Bossuet.

A Versailles, le 12 janvier 1704.

Monsieur, vous verrez par le placel ci-joint de Catherine et Marie de La Motte ' ce qu'elles exposent de leurs besoins. Je vous prie de vouloir bien me mander, en me le renvoyant, ce que vous connaissez de leur conduite et de leur misère, avec votre avis, pour en rendre compte au Roi.

Je suis très parfaitement

2243. — A Michel Chamillart.

A. Paris, 21 janvier 1704.

Monsieur, J'ai fort connu M. de La Molle*, ministre converti (de Normandie, si je ne me trompe) qui a

Lettre 2242. — Minute inédite. Archives historiques du Ministère de la Guerre, t, 1710, f° a^o. Le ministre de la Guerre était alors Chamillart. Au bas de la minute : M. l'évêque de Meaux. La même lettre était adressée également au P. de La Chaise.

I Deux filles de Charles de La Mothe. Cf. la lettre suivante, qui répond à celle-ci.

Lettre 2243. — Lettre de la main d'un secrétaire, avec signature autographe. Publiée par M. A. Gasté (Lettres et pièces inédites, 1898, p. 53), d'après une copie faite par M. Floquet sur l'original, qui appartenait à un M. Berger.

I. Charles de La Mothe, écuyer, sieur d'Autigny, ministre de la R. P. R. au Havre (et non à Rouen, comme le dit A. Floquet, t. III, p, 49), avait abjuré, au mois de mai i665, entre les mains de l'archevêque de Paris, avec Eléonore Auber, sa femme, et leurs trois enfants, et il avait adressé à ses anciens coreligionnaires un opuscule intitulé : Les motifs de la conversion du Sieur de La Mothe, Paris, t665, in-8 (Bibliothèque Nationale, D 4o334). H recevait du Roi une pension de douze cents livres et en touchait sur le clergé une autre, qui variait de six à huit cents livres. Il demeurait à Paris rue des Non-

l54 CORRESPONDANCE [1704

embrassé la foi catholique longtemps avant les grands changements des huguenots, et qui, depuis, a beaucoup servi dans les conversions, ce qui lui a mérité toutes sortes de bons traitements et même une grosse pension, tant du Roi que du clergé. Nous le croyions gentilhomme, et il vivait noblement.

Je sais aussi qu'il est mort il y a plusieurs années et qu'il a laissé deux filles qu'il avait pris soin de bien élever en toutes manières et dans la foi catholique. Il avait même fort bien marié l'aînée, mais des accidents survenus ont rendu ses affaires fort mauvaises. Je n'en sais pas davantage. Monsieur, et ne les connais point du tout. Mais, si vous leur ordonnez de me voir, je les examinerai de plus près et je tacherai de me mettre en état de vous donner une information plus exacte de leur conduite, selon qu'il vous a plu de me l'ordonner.

Je suis avec un respect sincère. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

nains-d'Yerres, puis rue Saint-Paul, et on le trouve qualifié, en i683, de gentilhomme de la chambre ; sa femme paraît s'être fixée, place delà Hoiijjemare, paroisse Saint-Godard, à Rouen. Il mourut très probablemeiil dans le courant de l'ann/e 1697 (Bibliothèque Nationale, Pièces originales ; Archives Nationales, G*a34)- H ne manquait pas de talent, s'il faut en croire les gazettes du temps :

...Ce savant ministre s'est converti,

Encor que dans la Normandie

Et dans la Hollande l'on die

Que cet homme est de (rrand renom,

Qu'il a rendu fameux son nom

Par ses sermons incomparables,

Polis, t'-loquents, admirables.

(/>« Conlinualr.urs (le Lnret, éd. J. de Rothschild, Paris, 1881, in-A, t. I, p. iK, 3i mai i6<J5).

1704] DE BOSSUET. i55

2 344- — L'Abbé du Jarry a Bossuet.

Monseigneur, C'est peut-être marquer une opinion trop avantageuse de ses ouvrages que de vous les dédier. Dans ce haut degré de

Lettre 2244. — Dédicace de l'ouvrage intitulé : Essais d'éloquence, (le critique et de morale : Dissertation sur les oraisons funèbres, Paris, 1706, in-8 (Bibliothèque Nationale, Fontanieu i53) « La mort du grand prélat auquel j'avais dédié cette dissertation, étant survenue dans le temps qu'elle fut achevée d'imprimer, ne me permit pas de la faire paraître alors (Auis au lecteur^ — L'abbé Laurent Juillard (ou Julllart), dit du Jarry, du lieu de sa naissance, était venu au monde à Jarry, paroisse de Bussac, aux environs delà ville de Saintes. On croit généralement qu'il naquit vers i658 ; cependant, s'il faut en croire Voltaire, il se donnait soixante-cinq ans en 171 4 : il faudrait donc reporter sa naissance à l'année iG^Q. Il fut pourvu du prieuré de Notre-Dame, ordre de Grandmont, situé dans son village natal. Venu à Paris, il s'adonna avec un certain succès à la prédication et fut admis dans la familiarité de Montausier, de Bossuet, de La Motte et d'autres personnages célèbres. 11 obtint de l'Académie le prix de poésie en 167g, et, au concours de l'Ji^, avec une ode ridicule sur le Vœu de Louis XIII, il l'emporta sur Voltaire. Celui-ci l'appelle, le « gazetierdu Parnasse ». « Il est parasite, ajoute-t-il, afin qu'il ne lui manque rien de ce qui constitue un bel esprit du temps ; et il paye dans un bon repas son écot par de mauvais vers, soit de sa façon, soit de celle de ses confrères, les poètes médiocres. » L'abbé du Jarry retourna dans son village, où il mourut vers 1730. Il a donné un Recueil de divers ouvrages de piété, Paris, 1681, in-ia ; des Sentiments sur le ministère évangélique avec des réflexions sur le style de l'Ecriture sainte et sur l'éloquence de la chaire, Paris, 1689, in-12, réimprimés en 1706 ; des Sermons sur les mystères, Paris, 1709, 2 vol. in-12 ; des Panégyriques et oraisons funèbres, Paris, 1709, 3vol. in-12; des Poésies chrétiennes, héroïques et morales, Paris, 1715, in-12. C'est lui aussi qui a publié les Sermons de morale de Fléchier et la troisième édition des Harangues de Vaumorière (^Journal de Verdun, années 1707, 1708, 172 1 et 1724 ; Voltaire, édit. Garnier, t. VIII, p. 207 ; t. XXII, p. 1 ; t. XXXIII, p. 29, etc. ; Moréri, article Jarky ; Sabatier de Castres, Trois siècles de la littérature française, t. II ; Candel, les Prédicateurs français de la première moitié du XVIII^ siècle, Paris, 1904, in-8).

l56 CORRESPONDANCE [1704

gloire où la vénération publique a placé votre illustre nom, n'est-ce point le dégrader en quelque sorte que de le mettre au commencement d'une dissertation ? Il semble qu'il ne saurait plus paraître dignement que sur des statues, si Rome chrétienne en érigeait à ses défenseurs comme Rome païenne en dressait à ses conquérants ; et je crains de vous faire quelque sorte d'injure en joignant ce qui doit être révéré de tous les siècles à venir avec une chose qui ne saurait se promettre une durée éternelle.

Pour vous rendre un hommage de cette nature, qui vous pût être agréable, il faudrait vous présenter de ces écrits immortels que le temps respecte davantage sur des feuilles que le vent emporte que les inscriptions gravées sur l'airain et sur le bronze ; et il serait à souhaiter que le Ciel, qui vous a prodigué ses plus riches talents, en eût fait part à quelque autre esprit, pour louer dignement l'excellence du vôtre.

Cependant, Monseigneur, quelque imparfait que puisse être le fruit de mon travail, je ne laisse pas de vous l'offrir avec une confiance secrète. Je me rassure en considérant que vous imitez par votre bonté le Souverain des rois, qui veut que la moindre des créatures entre dans le concert de bénédiction et de louanges qu'il demande de tous les êtres ; qui ne dédaigna pas les fleurs et les fruits des bergers avant que de recevoir l'or et l'encens des princes, et qui estime davantage l'aumône de la veuve humble dans le trésor du Temple que les dons les plus magniliques.

Sans ces réflexions. Monseigneur, la plume me tomberait des mains devant celle qui a été si fatale à l'hérésie et qui a si souvent fait triompher la Heligion : car qui ne reconnaît en vous un de ces boucliers qui pendent de la tour de David' pour la rendre impénétrable à tous les traits de l'erreur ? un de ces yeux perdants dentelaient couverts ces animaux mystérieux ^ qui figuraient les sacrés évangélistes dont vous avez développé les mystères? un de ces gardes vigilants établis sur

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