‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 61 sur 211 · Is., VII, lit · texte numérisé non relu

Is., VII, lit

l5o CORRESPONDANCE [nov. 1708

alors vous voyez que cette prophétie, au lieu de servir de preuve pour reconnaître le Messie, a besoin elle-même du Messie et de ses miracles pour être prouvée. On peut dire la même chose de toutes les prophéties qui ne sont pas claires et évidentes : ce sont des preuves qui ont besoin d'être prouvées. Si l'on se sert pour cela de faits historiques et pour ainsi dire étrangers à la religion, comme le sceptre ôté de la maison de Juda *", la ruine de Jérusalem prédite et accomplie'* et autres semblables, on fera des démonstrations régulières. Mais, si l'on donne ces prophéties comme un objet de foi et comme devant être crues par ceux à qui l'on annonce la religion, parce qu'elles l'ont toujours été par ceux qui sont élevés dans cette même religion, il semble que l'on affaiblit toute leur force et que l'on dépouille la religion du plus sûr moyen que l'on a pour la démontrer, et c'est à quoi il ne paraît pas que jusqu'à présent l'on ait assez fait d'attention. Car une chose qui n'est pas évidente par elle-même ne peut être douteuse ou certaine par rapport à nous qu'à proportion de l'obscurité ou de la certitude que nous trouvons dans les moyens dont on se sert pour la prouver. Et il ne faut point dire que la religion est faite pour être crue avec soumission, et non pas prouvée par démonstration comme une proposition de géométrie. Car il y a une grande différence entre demander les preuves des mystères delà religion, ce qui serait une extravagance et une impiété, ou demander des preuves qui fassent voir que cette religion est la véritable, ce qui n'est que l'effet d'une sage précaution que doit prendre tout homme (jui, ayant été assez malheureux pour n'y avoir pas été élevé, est pourtant assez sage pour la chercher de bonne foi et pour craindre de se tromper en la cherchant.

Voilà, Monseigneur, une longue lettre. Il me doit être permis, dans le lieu où je suis, de vous dire, comme a fait autrefois un plus habile homme que moi, qu'elle n'est si longue

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