A Versailles, où se trouvait Bossuet
2. Les pièces que les prélats devaient mettre sous les yeux du Roi pour obtenir son appui contre le Chancelier. Cf. Ledieu, t. II, p. 33o et 33 1.
Lettre 2196. — L. a. s. Publiée d'abord, sur l'ori{|inal appartenant il M. Martial de Champflour, par Mgr Blampijfnon, dans la Correspondance de Massillun, Paris, 1869, in-8. Cette lettre fut envoyée à Bossuet par le P. du ïrévou, jésuite, confesseur du duc d'Orléans (Ledieu, t. II, p. 371). — Etienne de CliampHour, né à Clermont le 19 mai i6.'|6, était fils de Marie Fayet et de Jean de Chanipfluui-, conseillera la cour des Aides de cette ville. Après avoir fait ses études classiques chez les Jésuites de sa ville natale, il vint i^ Paris, au séminaire Saiut-Sulpice, le 8 octobre ifi6'4, obtint le 72* ran{T à la licence de 167.'!. Entré la même année dans la Compagnie de Saint-Sulpice, il fut employé aux séminaires d'Issy et de Limoges, puis à celui de Clermont. François Bochart de Saron, éveqiie de cette dernière ville, le prit pour grand vicaire en 1692. L'opposition qu'il fit Ji la nomination d'un chanoine appuyé par Louis XIV lui valut d'i'^tre exilé pendant six mois i\ Pontorson, mais le zèle qu'il
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fait espérer que vous ne trouverez pas mauvais que j'aie recours à votre protection dans l'occasion présente, où il s'agit de la conservation du sacré dépôt de la foi, dont les évêques sont chargés spécialement, et que je sais vous être si à cœur. C'est au sujet d'un cas* qui contient d'une manière
déploya contre les jansénistes du diocèse de Glermont, et en particulier contre le P. Galipaud, oratorien de Riom, lui concilia les sympathies de la Cour, et, peu de temps après avoir écrit la présente lettre, il fut nommé, le 3i décembre 1702, à l'évêché de La Rochelle. De concert avec J.-Fr. de Lescure, évéque de Luçon, il publia un mandement contre les Réflexions morales (La Rochelle, 1710) et eut à ce propos des démêlés fameux avec le cardinal de Xoailles. Il a aussi donné un catéchisme à l'usage de son diocèse (La Rochelle, 1716, in-12). M. de Champflour mourut le i(3 novembre 172/4 (Le chanoine d'Arger, Oraison funèbre de Mgr Etienne de Champflour, La Rochelle, 1726, in-4; Stan. Braud, Mgr Etienne de Champflour, La Rochelie, i883, in-8 ; L. Bertrand, Mélanges de biographie et d'histoire, Bordeaux, i885, in-8, et Bibliothèque sulpicienne, Paris, 1900, in-8, t. III ; Saint-Simon, Mémoires, et additions au Journal de Dangeau, t. IX, p. 79 ; Correspondance de Fénelon, t. III et IV; le P. Timothée de La Flèche, Mémoires et lettres, éd. du P. Ubald d'Alençon, Paris, 1907, in-8, p. ^o et 80 ; les Nouvelles ecclésiastiques, années 1729 et 1766 ; Alb. Le Roy, la France et Rome, de ijoo à iji5, Paris, 1892, in-8; le P. Bliard, les Mémoires de Saint-Simon et le P. Le Tellier, Paris, 1891, in-8 ; l'abbé Aulagne, la Réforme catholique dans le diocèse de Limoges, Paris, 1906, in-8, p. 3^8, 373, 374 et l\-jli ; Jaloustre, Le Cas de conscience, dans le Bulletin historique et scientifique de l'Auoergne, 1906; Journal de l'Oratoire de Riom, édit. de Vissac, Riom, i885, in-8, p. 117-118.
I. C'est le fameux cas de conscience. Il avait été posé par Pascal Fréhel, curé de la paroisse Notre-Dame-du-Port, à Clermont, après que M. Gay, sulpiciea, eut refusé de le confesser parce qu'il avait donné l'absolution à Louis Périer, dont il connaissait les dispositions relativement à la signature du formulaire touchant les cinq propositions de Jansénius (Voir L. Bertrand, Mélanges de biographie et d'histoire). On avait compliqué le cas de sept autres questions sur lesquelles on augurait une réponse favorable. Le cas proposé et sa décision parurent imprimés sous ce titre : Cas de conscience proposé par un confesseur de province touchant un ecclésiastique qui est sous sa conduite, et résolu par plusieurs docteurs de la Faculté de Théologie de Paris, 20 juillet 1701, s. 1. n. d., in-4. Une autre édition intitulée : Cas de conscience décidé par quarante docteurs de la Faculté de Paris, avec quelques réflexions sur leur décision, s. 1., i7o3, in-12.
24 CORRESPONDANCE [nov. 1702
couverte presque tous les sentiments des jansénistes, (]ue quarante docteurs de Sorbonne ont souscrit, et dont la décision porte que ces sentiments ne sont point nouveaux, ni singuliers, ni condamnés par l'Église, et qu'un confesseur ne doit pas obliger son pénitent à les abandonner, pour lui accorder l'absolution. Je ne sais. Monseigneur, si Votre Grandeur l'aura vu déjà; mais celte décision a déjà fait bien du bruit dans plusieurs diocèses, et les jansénistes en triompbent, la regardant comme un moyen sûr et facile pour n'être plus inquiétés et pour attirer aisément dans leur parti toutes sortes de personnes. Et, en effet, quand les jansénistes n'auraient obtenu autre chose par cette décision, sinon que, pour le fait de Jansénius, il suffit d'une soumission de respect et de silence, en voilà assez pour les mettre à couvert de tout ce qu'on pourrait faire contre eux. Car quel est le confesseur qui tiendra ferme pour ne pas donner l'absolution à un pur janséniste, lorsqu'il dira qu'il condamne les cinq propositions de Jansénius dans tous les sens que l'Eglise les a condamnées, mais que, suivant l'avis de quarante docteurs de Sorbonne, il n est pas obligé de croire intérieurement qu'elles ont été condamnées dans le sens de Jansénius, et qu'ainsi il peut soutenir ce sens de Jansénius et toute sa doctrine, pourvu qu'il ait pour ce fait une soumission de respect et de silence ?
Dans quel embarras ne sera pas un grand vicaire, si cette décision n'est pas infirmée, surtout si ces nouveaux sentiments sont ordinaires dans son diocèse, se voyant à tout instant obligé de recevoir tous les jansénistes qui s'expli- ([ueront comme je viens de le marquer, soit pour les ordres, soit pour l'approbation^, soit pour toute autre sorte de bénéfices, ou de se déclarer contre la décision des quarante docleurs de Sorbonne? H est vrai qu'il doit toujours faire son devoir, mais quelle facilité n'aurait-on pas à le faire passer pour un entêté et un ignorant, et à le rendre ainsi tout à fait inutile dans son ministère, ayant à lui opposer le senti-
u. L'approbiitiun pour l'administration du sacrement de pénitence.
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ment de quarante docteurs de Sorbonne? Il n'est que trop vrai que les jansénistes ne pouvaient pas trouver de meilleur moyen pour n'être pas inquiétés dans leurs sentiments. Mais ce qui est encore plus fâcheux, c'est que la décision de ce cas leur donne une facilité prodigieuse pour faire goûter à toutes sortes de personnes, même les plus simples, le venin de leurs erreurs. Il n'est pas pour cela besoin de grands raisonnements, ni de preuves subtiles : il leur suffit de faire voir que ce sont les sentiments de quarante docteurs de Sorbonne, comme il paraît par leurs souscriptions. Il n'y a presque personne en France qui ne se laisse gagner par l'autorité d'un si grand corps ; et on ne s'avisera pas de soupçonner que le corps de la Faculté soit d'un sentiment contraire, voyant la signature de quarante docteurs, surtout si les autres ne disent mot, et qu'on n'infirme pas la décision qui a été donnée en public.
Ce qui m'oblige, Monseigneur, à solliciter plus fortement que nul autre qu'on remédie a toutes les suites fâcheuses de cette décision, c'est qu'il y a ici bien des esprits qui ont une grande pente pour les nouvelles erreurs, et que, selon toutes les apparences, ce cas y a été fabriqué et imprimé, quoique fort secrètement et qu'on en ait tiré fort peu ; ensuite, qu'il n'a paru ici que deux exemplaires, qu'on faisait voir aux uns et aux autres et qu'on retirait aussitôt. Et quelque diligence que j'ai faite pour en avoir un, je n'en ai pas pu venir à bout. J'ai appris pourtant avec bien de la joie que le Révérend Père Daniel, jésuite de la maison professe de Paris, en avait un qui est tout conforme à la copie qu'on vous présentera avec ma lettre. Je m'étais déjà donné l'honneur d'écrire au Révérend Père de La Chaise et à M. l'abbé Dumas^, docteur de Sorbonne, pour les prier instamment de remédier à un si grand mal par leurs lumières et leur crédit; et ils sont déjà tout disposés à s'y employer de toutes leurs forces. Mais, quelques lumières et quelque crédit qu'ils aient, ils ne croient pas pouvoir y réussir sans vous. On me l'a mandé