‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 109 sur 224 · Phrase omise par les éditeurs · texte numérisé non relu

Phrase omise par les éditeurs

7. Épître à M. de C. à l'occasion de la leltrc de M. de Chanterac, dans le Recueil de lettres tant en prose qu'en vers sur le livre intitulé Explication des maximes des saints, s. 1., 1698, in-8, p. 70. On ne sait de qui est ce petit poème. Quant à Boileau, on connaît les vers qu'il a écrits contre le quiétisme de Molinos :

C'est ainsi quelquefois qu'un indolent mystique, Au milieu des péchés tranquille fanatique, Du plus parfait amour pense avoir l'heureux don Et croit posséder Dieu dans les bras du démon.

(Épitre XII, v. 87 à 90 ; cf. Sat. X, v. 620 à 6a4 ) Lettre 1119. — 1. Lettre du 39 septembre, que Bossuet ne reçut qu'après la lettre du 3o. Cf. p. i!\~j.

*ept. 1698] DE BOSSUET. 21 I

en faire part. Le courrier qui devait partir la nuit dernière, ne part que la nuit prochaine; ainsi j'espère trouver quelque invention pour vous faire tenir encore cette lettre par le courrier extraordinaire de M. de Torcy, ou bien par le courrier ordinaire qui part aussi ; ce sera mon pis aller.

Jeudi, 25 de ce mois, les qualificateurs finirent leur rapport devant le Pape; et en même temps S. S. ordonna à MM. les cardinaux de s'assembler le lendemain, vendredi, à la Minerve, pour délibérer sopra il modo di procedere. Cela fut exécuté; mais on remarqua fort que le cardinal de Bouillon y arriva une heure avant les autres cardinaux : le Pape a dit que c'était pour brouiller.

J'ai vu l'assesseur et le commissaire du Saint Office, qui seuls assistaient à cette congrégation avec les cardinaux. Ils ne m'ont dit autre chose, sinon que les cardinaux avaient résolu de prendre le mois d'octobre pour étudier la matière, et former leur vœu sur les propositions; qu'ils n'avaient pas voulu qu'on nommât d'autres théologiens, ni même prendre l'avis des consulteurs, de peur d'un nouvel embarras; que leur intention était de se décider par eux-mêmes, et d'être prêts à parler devant le Pape au mois de novembre. La division des examinateurs cause tout l'embarras2, aussi bien que la construction des propositions qu'il faudra mieux arranger.

On doit jeudi rendre compte au Pape de la résolution des cardinaux. Il n'y a pas d'apparence qu'avant ce temps le cardinal de Bouillon aille à Frescati : il voudra être présent à tout ce qui se fera et se dira, pour prendre ses mesures et tenir les esprits en respect. Personne ne doute de sa partialité pour M. de Cambrai, et tout le monde est étonné qu'il ait osé donner des interprétations aussi fausses aux lettres du nonce, pour faire croire que le Roi s'embarrasse peu du fond de la décision, et ne veut autre chose sinon qu'on finisse. Voilà ce qu'ont dit deux cardinaux du Saint Office ; c'est pourquoi il faut que le nonce s'explique clairement, et marque les vraies intentions de S. M., des évèques de France, de

a. Voir plus haut, p. n5.

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tous les théologiens; qu'il insiste sur le mépris où Rome tomberait, si l'on voulait épargner M. de Cambrai. Toute la ressource qu'on doit ménager à M. de Cambrai, c'est d'avouer ses erreurs et de se soumettre.

J'ai reçu réponse de M. l'ambassadeur à la lettre instructive que je lui avais écrite. On ne peut pas écrire plus honnêtement qu'il le fait pour vous et pour moi louchant celte affaire. Il me marque qu'il s'en expliquera plus précisément avec vous. Le point est de faire entendre ici qu'il ne doit être question d'user envers M. de Cambrai d'aucun ménagement préjudiciable aux intérêts de la vérité.

Je ne sais si moi ou M. Phelipeaux vous avons mandé que, l'année dernière, le cardinal de Bouillon avait empêché la censure de la lettre de Malaval3, quoique les qualificateurs, l'eussent condamnée ; et son prétexte fut qu'ils n'entendaient pas assez le français. Ces deux qualificateurs étaient Granelli et Le Mire.

Je puis me tromper, mais je crois fermement qu'on doil empêcher le cardinal de Bouillon de voter, et que le Roi est obligé en conscience de le faire. Il n'y a que lui à craindre, il fera sous main ce qu'il voudra; j'espère qu'il ne sera pas le maître.

J'ai vu le cardinal Noris, et lui ai lu l'article de votre lettre qui le regarde. Il vous fait mille compliments. Il m';t assuré n'avoir aucune difficulté sur la doctrine : s'il pouvait en avoir quelqu'une, ce ne serait que sur le sens de l'auteur, qui a cherché en quelques endroits à se cacher. Nous parlâmes assez longtemps des actes commandés par la charité ; il convint avec moi de tous vos principes.

Au reste, un pauvre prêtre de Moulins m'a prié de vouloir bien vous écrire, pour vous engager à parler en sa faveur à son évêque, qui est M. d'Autun*, à qui vous l'avez déjà recommandé, comme je l'ai vu dans un placet signé de vous,

3. La Lettre à M. l'abbé de Foresta-Colongue, Marseille, iGg5, in-i a, qui fut mise à l'Index le 17 janvier 1703 (CP. t. VII, p. 64).

4. Gabriel de Roquette, »'vèque d'Autun, de 1667 à 1704, mort ei>

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que j'ai entre les mains. L'oflicial d'Autun, à qui M. l'évoque l'avait renvoyé, n'a pas voulu faire ce qu'il fallait; et il est venu une seconde fois à Rome, d'où on le renvoie encore à son évoque. Je crois qu'il manquait quelque chose à son ordination, et comme il était de la religion de Malte, je pense que, par ignorance, on l'avait ordonné prêtre sans dimissoire de son évèque. Un chevalier de Malte doit vous informer plus amplement de cette affaire. Ce pauvre prêtre s'appelle Gilbert de Clermont:', et il parait un fort bon homme, digne de compassion.

On m'a assuré que le cardinal de Bouillon a proposé de décerner une prohibition du livre à cause des conséquences ; mais que, pour les propositions, elles doivent être interprétées favorablement, mitius interpretandœ. On assure aussi qu'il a dit qu'on ne pourrait pas refuser à M. de Cambrai quelque délai6, s'il le demandait, pour pouvoir répondre en casque l'on écrivit quelque ebose contre lui. Il faut prévenir tous ces mauvais desseins. Cette cour n'aura plus à présent de prétexte jiour différer, quand le mois que les cardinaux ont pris pour étudier sera Uni. Ainsi il faut que le Roi presse plus que jamais, pour empêcher qu'on ait égard aux chicanes de M. de Cambrai.

Le Pape a dit à M. le cardinal de Bouillon qu'il avait été cause de l'adjonction des trois qualificateurs, et par là de la division ; qu'il s'imaginait que le Roi ne le savait pas, mais que le Roi était informé de tout, cl qu'il lui savait très mauvais gré de sa conduite.

Je puis assurer que le Pape est toujours bien disposé, et qu'il prendra un bon parti si l'on ne gâte rien. J'y aurai l'œil, et presque toutes les semaines je trouverai quelque occasion de l'entretenir et de lui parler fortement. Il a témoi-

5. Les prêtres appartenaient à l'Ordre à titre de chapelains.

6. Dans sa dépêche du même jour, Bouillon écrit, au contraire, ■qu'il a déclaré à l'abbé de Cbantérac, en présence de l'abbé de L;i Trémoille « pour avoir un témoin », qu'il n'était pas d'avis qu'on accordât à Fénelon le temps de répondre aux écrits que Bossuet pourrait envoyer (Affaires étrangères, Rome, t. 38g, f° 84).

2l4 CORRESPONDANCE [sept. 1698

gné à plusieurs personnes être très content du dernier entretien que j'ai eu avec lui, et plus résolu que jamais de faire une bonne décision.

M. Giori a bien compris que j'avais toujours agi sur les mêmes principes et pour les mêmes fins : je suis fort bien avec lui. Il faut le connaître et aver flemma1. M. le cardinal de Janson le connaît bien.

Enfin les partisans de Sfondrate ont fait imprimer une défense de sa doctrine, composée par le P. Gabrielli, examinateur et défenseur du livre de M. de Cambrai. J'ai cet écrit entre les mains, mais il n'est pas à moi : je ne veux pourtant pas le rendre que je ne sache qu'on en a envoyé un autre exemplaire à M. de Reims. On m'en a promis un pour lui, que je mettrai entre les mains du P. Estiennot. C'est le P. Massoulié qui nous le donnera ; il l'aura du maître du sacré Palais. Le titre est : Dispunctio notarum XL,quas scriptor anonymus Eminenlissimi cardlnalis Cxlestini Sfondrali librn, cui tilulus : Nodus praedestinationis, quantum homini licet, dissolutus, inussit. Colonise Agrippinx, apud Flaminium Jepcopinceh. Anno m. dg. xcviii. Le style en est très dur, très pesant; et toutes les autorités un peu considérables qu'on cite en faveur du cardinal sont tirées d'auteurs nouveaux et inconnus, qui n'ont aucun nom dans l'Église. Il est comme certain que ce livre est imprimé à Rome sous les yeux de Fabroni 8 et des jésuites, qui ne le donnent qu'en cachette à leurs confidents, et qui par là prétendent prévenir les esprits. On commence néanmoins ici à songer à y répondre : je ferai en sorte qu'on y travaille sans bruit, pour ne point exciter de nouveaux mécontentements contre les évêques de France, qu'à ce sujet on a rendus odieux au Pape tant qu'on a pu. Il faut attendre la fin de notre affaire avant de parler de l'autre. On a dit au Pape ce qu'il faut sur cet article; et

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