Voir Delplanque, op. cit., p
oct. 1698] DE BOSSUET. 261
Il ca pense tout ce qu'il faut; nous avons approfondi la matière. 11 m'a montré des extraits qu'il a faits, par lesquels j'ai bien vu l'attention qu'il a à cette affaire. Il lisait actuellement les dernières lettres de M. de Cambrai à M. de Cbartres, et y trouvait de grands arguments contre ce qu'il dit dans son livre des Maximes, et de grandes contradictions. Sa fureur à soutenir son amour naturel l'étonné, et l'affermit dans ce qu'il en croit. Comme ce cardinal passe pour un honnête homme et sincère, je commence à y faire quelque fond, d'autant plus que je sais d'ailleurs qu'il s'en explique dans les mêmes termes, et qu'il y a trois mois qu'il me parlait bien différemment.
J'ai vu le cardinal Noris un moment : il m'a dit que les dernières lettres à M. de Chartres étaient bien hardies et faisaient bien connaître l'auteur. Ce qu'il dit de Moïse et de saint Paul, cités par le concile de Trente4, l'a fort choqué.
On dit que le Pape a chargé trois cardinaux de faire chacun un modèle de bulle, et que ces trois cardinaux sont Noris, Albane et Ferrari : mais il n'y a rien de sûr là-dessus, et je ne doute pas que chacun ne travaille de son côté.
L'archevêque de Chieti déclare à bien des gens que, s'il avait à refaire son vœu, il le ferait contraire à M. de Cambrai, dont il reconnaît à présent les erreurs. Tout cela ne sert plus de rien, et il faudrait qu'il fit connaître plus hautement et d'une manière plus authentique ses sentiments, s'ils sont véritables. Mais je crains que ce ne soit par politique qu'il s'explique à présent ainsi, dans la vue de regagner l'estime de la France. Le P. Peyra a eu audience du Pape hier : il est tombé sur M. de Cambrai, et le Pape lui a dit qu'il voulait qu'on ne perdît pas de temps, et finir dans le mois de novembre. Le Pape a ajouté que le livre était plus pernicieux encore pour les catholiques que pour les hérétiques ; c'est ce que rapporte le P. Peyra.
M. Poussin continue à faire des merveilles. Il a eu avec le
l\. Seconde lettre en réponse à celle d'un théologien (Voir Œuvres deFénelon, t. VII, p. /»2c,-/i4i).
262 CORRESPONDANCE [oct. 1698
cardinal Spada une conversation sur cette affaire, dont il m'a rendu compte. Je vous prie de le faire un peu valoir dans l'occasion, surtout auprès de MM. de Torcy et de Pomponne, et de M. Noblet5, son prédécesseur dans le même emploi auprès du cardinal de Janson.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que je me doute qu'il faut que vous vous armiez de patience à l'égard de M. de Paris ; mais il le faut, et néanmoins ne pas perdre d'occasion de le faire connaître à Mme de Maintenon et au Roi. M. de Paris m'écrit comme ayant peur que je ne me fie à M. le cardinal de Bouillon : mes lettres le pourront désabuser là-dessus, s'il veut bien y faire réflexion.
Nous avons été depuis huit jours, Mgr Giori et moi, deux fois à Frescati, dîner chez M. le cardinal de Bouillon, qui nous a reçus à merveille : nous sommes allés et revenus ensemble le même jour. Nous ne nous fions ni plus ni moins à M. le cardinal de Bouillon, ni M. le cardinal de Bouillon à nous, comme vous le pouvez croire. Heureusement pour nous, le Pape connaît M. le cardinal de Bouillon et le méprise.
M. le cardinal de Bouillon croit n'avoir pas de plus cruels ennemis que Mgr Giori et moi. Il espère néanmoins pouvoir par ses finesses parvenir à nous tromper: jusqu'ici il n'y a pas réussi. L'arrivée de l'ambassadeur fera mourir de déplaisir M. le cardinal de Bouillon.
La fureur des moines, des jésuites et de la cabale tombe sur vous à Rome comme à Paris.
Envoyez-nous un modèle de bulle, et les propositions réduites sous chaque chef aux points principaux et clairement mauvais6.