‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 142 sur 224 · Son sentiment sur le livre. Cf. p. a · texte numérisé non relu

Son sentiment sur le livre. Cf. p. a

Lettre 1801. — L. a. n.s. Collection H. de Rothschild. Le texte a été profondément modifié dans les précédentes éditions.

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faire exécuter le souverain jugement du Saint Siège; à quoi il ajoutait que l'on verrait au plus tôt une décision qui couperait la racine du mal, comme le Roi le souhaitait.

M. le nonce s'étant présenté au sortir du dîner du Roi comme ayant quelque chose à dire, le Roi le fit entrer dans son cabinet, où le ministre rendit compte de la dernière dépêche de ce cardinal, dont le Roi fut très content, et pressa plus que jamais M. le nonce d'écrire de sa part tout ce qu'il y a de plus fort.

Après ce compte de la dépêche principale, M. le nonce dit au Roi qu'il ne pouvait s'empêcher de dire un mot sur votre sujet, et supplia S. M. d'entendre la lettre de M. le cardinal Spada, qui n'était que de quatre lignes. La lecture en fut écoutée très agréablement, et le Roi répondit qu'il ne doutait pas que vous n'eussiez dit et fait tout ce qu'il fallait ; qu'en effet on avait répandu le bruit de ce délai demandé par vous, mais qu'il avait bien entendu que c'était de ces sortes de bruits que répandent ceux qui en veulent tirer avantage.

M. le nonce en dit autant à M. de Pomponne et à M. de Torcy, de qui je l'ai su, et que la chose s'était passée avec le Roi comme je viens de vous le raconter. Il a fait cela avec toute la démonstration possible de bonne volonté, et toute l'attention à nous faire plaisir. Il a souhaité que je vous en informasse. Il en rend compte à M. le cardinal Spada par une lettre de sa main, et lui spécifie tout ce qu'il a dit et tout ce que le Roi a répondu.

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Je me suis cru obligé d'en faire mes remerciements à M. le cardinal Spada par la lettre ci-jointe, que vous rendrez le plus tôt que vous pourrez à cette Eminence, tant en votre nom qu'au mien.

Vous ne manquerez pas de bien faire des remerciements à M. le nonce par une lettre expresse pour cela, et de bien témoigner à tous ses amis notre sensibilité sur la manière dont il en a usé, en sorte que cela lui revienne par divers endroits. En effet, je vous confirme qu'il ne se peut rien de plus honnête, ni de plus obligeant que son procédé.

Vous aurez vu par mes précédentes que le Roi était bien informé et content du vôtre, dès Compiègne. Il l'avait vu encore par vos lettres à M. de Paris, qui les avait envoyées à Mme de M[aintenon], qui me l'a dit elle-même. Mais ce dernier éclaircissement poussé jusqu'à la dernière preuve a fait un grand effet.

Je n'ai voulu parler que de ce fait particulier dans ma lettre à M. le cardinal [Spada], pour ne point mêler l'afTaire générale avec la nôtre. Mais vous pouvez lui dire que je vous ai informé de ce qu'il avait mandé à M. le nonce sur la prompte décision qui coupera la racine du mal, sur le compte que le ministre en a rendu au Roi, sur la satisfaction que S. M. en a témoignée, qui est devenue publique. Vous pourrez ajouter que le moyen de couper la racine est de ne laisser aucune ressource au livre des Maximes, ni à la doctrine qui a soulevé toute la France, et presque à présent toute la chrétienté ; pour peu qu'on eût de ménagements sur cela, M. de

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Cambrai, souple et adroit comme il est, ne chercherait qu'à échapper: ce qui tournerait au grand dommage de l'Eglise et de lui-même ; mais que, plus on frapperait fort sur la doctrine du livre, plus il serait soumis, et plus l'affaire sera soumise; ce qui n'empêchera pas tout le bon traitement pour la personne, en la regardant comme soumise et obéissante, aux termes de ses dernières déclarations.

Je suis persuadé que M. le cardinal Spada vous montrera la lettre de M. le nonce, par où vous verrez l'attention qu'il a eue à vous faire plaisir, et qu'il désire que vous le sachiez.

Au reste, après une déclaration si authentique faite au Roi de la part du Pape, je ne crois pas qu'on puisse reculer, ni s'empêcher de faire quelque chose de fort. Que voudrait-il? Une bulle qui ne ferait point mention du livre1, quand même il aurait été condamné par un acte séparé du Saint Office? Allez

1. « On a vu dans les lettres précédentes de l'abbé Bossuet, que quelques cardinaux projetaient de réduire les trente-buit propositions, extraites du livre de M. de Cambrai à sept ou huit, de les qualifier, de mettre au décret un préambule dans lequel on exposerait la doctrine catholique, mais de ne nommer dans le décret, ni l'auteur, ni le livre. Ces cardinaux se fondaient, pour en agir ainsi, sur l'exemple du concile de Trente qui condamne la doctrine de Luther et de Calvin sans nommer ces hérétiques et sans parler de leurs livres. Mais ce projet fut bientôt abandonné, parce que les cardinaux sentirent qu'il était sujet à beaucoup d'inconvénients et que les partisans de M. de Cambrai ne manqueraient pas de publier que sa doctrine n'avait pas été condamnée, mais seulement quelques propositions isolées, auxquelles on avait attribué un autre sens que celui qu'elles avaient dans le livre. On leur fit d'ailleurs remarquer que le concile de Trente ne pouvait servir de modèle dans l'affaire présente, parce que ce concile s'était proposé de condamner, non la doctrine d'un particulier, mais d'une multitude d'hérétiques ; au lieu que, dans le décret que devait prononcer le Saint Siège, il ne s'agissait que de la

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pourtant au-devant de tout, et prévoyez tous les côtés dont on peut regarder la chose.

Quant à l'amour pur de M. de Cambrai, on laisse la racine du mal en son entier, si on ne condamne en distinguant l'amour du quatrième degré de celui du cinquième, qui est celui que M. de Cambrai nomme le pur amour2. On peut dire avec certitude qu'il n'a aucun auteur pour lui. Vous trouverez dans la Quœstiuncula, et surtout dans ma dernière Réponse, p. 227, § m, de l'état de la question, n. 3, !\, 5, 6, etc., vous trouverez de quoi faire un excellent mémoire latin ou français sur cette matière. Vous l'adapterez, mieux que je ne le saurais, aux dispositions présentes de ceux à qui vous avez affaire, et M. Phelipeaux saura bien dire ce qu'il faut.

Il sera utile qu'on trouve de quoi mieux attaquer M. de Cambrai qu'on n'a fait ici: nous laisserons aisément cette gloire à ceux qui, regardant de plus haut que nous, verront plus loin. Mais de dire qu'on

doctrine de M. de Cambrai, et du seul livre des Maximes des saints snr lequel il avait lui-même prié le Pape de donner son jugement. Voir Phelipeaux, Relation, t. II, p. 146-1/17, alias, p. i65-i66 » (Note de Deforis). Cf. plus haut, p. 249 et 25o.

2. L'amour pur tel que le concevait Fénelon dans le cinquième état, c'est-à-dire excluant la crainte, l'espérance et tout intérêt propre, en sorte que la perfection exige qu'on agisse uniquement par amour désintéressé, se trouve condamné avec les propositions 1, 2, l\, 5 et 6 tirées de son livre. Conformément à la nature de l'homme et à la doctrine catholique, si l'amour désintéressé doit tendre à être prédominant, il n'exclut pas dans l'âme des motifs intéressés qui peuvent agir simultanément. Quant à la question de savoir si l'amour désintéressé l'est absolument ou seulement en apparence, c'est-à-dire s'il renferme toujours, quoique à l'état latent, un certain amour de soi-même, elle n'est pas touchée par le décret et reste controversée (A. Poulain, Des grâces d'oraison, 6eédit., Paris, 1909, in-8,p. 52g).

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le défende mieux qu'il ne s'est défendu, c'est dire qu'on l'entend mieux qu'il ne s'est entendu luimême.

Il me semble que j'ai démontré en peu de mots l'inutilité de ses réponses, dans le Quietismus redivivus. Admonilione prœvia, depuis le n. 1 jusqu'au 21. En général, cette admonition va très nettement au-devant de tout. Quant à ceux qui auront égard aux explications de M. de Cambrai, du nombre desquels je crains un peu que le cardinal Noris et le cardinal Ferrari ne soient, il leur faut vivement représenter les variations et les erreurs de ces explications, comme elles sont démontrées au titre des Explications, p. 1 1 5, de la Relation. Voyez aussi, dans la Réponse à quatre lettres3, la section XX, p. 7/1 ; l'explication de l'Involontaire augmente l'erreur*.

3. Cet ouvrage de Bossuet, paru en mai 1698, se trouve au lome XIX de l'édition Lâchât.

4. Editeurs: « ... la section XX, où je prouve que l'explication donnée par l'auteur même à la proposition de son livre sur le trouble involontaire de Jésus-Christ augmente l'erreur au lieu de la corriger, x X la p. 122 des Maximes des saints, où il est parlé du délaissement de Jésus-Christ dans sa passion, on lit cette phrase : « La partie inférieure ne communiquait à la supérieure ni son trouble involontaire, ni ses défaillances sensibles. » Devant le scandale excité dans le public par cette épithète d' « involontaire » appliquée à Jésus-Christ, Fénelon assura qu'elle ne se trouvait pas dans le texte de son manuscrit : ce mot avait été, dit-il dans son testament, ajouté après coup en marge comme une note mnémonique appelant mon attention <c sur une petite addition, qu'on me demandait de faire en cet endroit-là par une plus grande précaution ». De la marge, il aurait été introduit dans le texte du volume par les amis de l'auteur chargéi de l'impression. Bien que l'errata (imprimé d'ailleurs comme le livre, en l'absence de l'auteur) ne renferme pour ce mot aucune corrections Fénelon a affirmé si souvent et si catégoriquement, même dans son testament, que l'insertion de cette épithète malencontreuse n'est pas de son fait, qu'il n'y a pas lieu de récuser sa parole (OEuvres de

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Faites bien de la réflexion, et faites-en faire sur la première lettre à M. de Chartres et sur la bulle de Jean XXII dans Raynaldus.

On attend dans peu de jours M. de Monaco : il ne viendra qu'à Versailles5.

Il ne faut point du tout songer à empêcher M. le cardinal de Bouillon de voter. Personne ne donne là dedans, par la raison marquée dans ma précédente. On fera agir M. de Tourreil, et aucun de vos avis ne tombe à terre6.

Je ne sache rien à donner pour préservatif que l'admonition de n'abuser pas des expressions exagératives, excessives de quelques pieux auteurs, non plus que des spéculations trop abstraites, mais de regarder ce qui est bon in praxi. Je vous ai envoyé quelque chose sur cela dans mes mémoires précédents. Du reste, il n'est pas possible de donner des règles qu'en revenant aux Articles, ce qu'on ne fera

Fênelon, t. IV, p. 218, 458; t. VII, p. 35 et 260; t. VIII, p. 270, 446; t. IX, p. i34, 6i4, 618; Correspond, de Fênelon, t. II, p. 457; t. III, p. 246; t. X, p. 349; t. XI, p i3g). Toutefois celte insertion semblait appelée par le contexte, car on lit, à la page suivante : « Les actes de la partie inférieure, dans cette séparation, sont d'un trouble entièrement aveugle et involontaire. » On remarquera d'ailleurs une certaine analogie d'idée et d'expression entre la page incriminée des Maximes des saints et une lettre que Fênelon avait écrite à Mme Guyon en 1689 (M. Masson, Fênelon et Mme Guyon. p. 197-198; A. Cberel, Fênelon, p. 54, 56). Après avoir rejeté cette expression comme introduite par une main étrangère, Fênelon a essayé ensuite (Quatrième lettre en réponse aux Divers écrits, XIe objection, dans les Œuvres. t. VI, p. i4g à i52; cf. Instruction pastorale, t. IV, p. 218) de la justifier par des subtilités malheureuses: il eût mieux fait de s'en tenir au désaveu pur et simple.

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