Il a été question de ce personnage, t. IX, p. l\l\l
i3. L'abbé de Chantérac présente son audience sous un jour tout différent {Correspondance de Fénelon. t. X. p. 53 et 54 ; cf. ses réflexions sur une demande analogue de l'abbé Bossuet, t. IX, p. ^7 1 et 472).
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Au sortir de chez le Pape, j'ai été chez le cardinal Casanate l'avertir de tout, et chez de nos amis pour confirmer S. S. dans sa résolution.
Tout cela est un jeu joué par les protecteurs de M. de Cambrai pour tâcher d'allonger. Mais le sort en est jeté. MM. les cardinaux s'assemblent demain matin par ordre de S. S., exprès pour déterminer de modo procedendi dans cette affaire. Là, on verra l'ordre qu'on tiendra dans l'examen des propositions, qu'on réduira apparemment par ordre sous des chefs principaux, et on pourra finir entre les cardinaux dans chaque congrégation un chef. J'espère qu'on fera deux congrégations par semaine; ainsi, en quatre semaines, ils auront fait. Ils me paraissent tous résolus à ne pas perdre de temps et à tâcher de sortir promptement d'affaire. De Bouillon, je ne réponds de rien, ou plutôt je réponds de tout. Avec cela, j'avoue que son personnage est difficile à soutenir. Nous ne pouvons savoir avant demain ce qui sera résolu. Je vas toujours résolu, m'assurantde plus en plus des cardinaux. J'ose vous dire, à vous en confidence, que je suis bien trompé si il en manque un seul, mais, avec cela, je ne prétends assurer rien. Je crains toujours qu'on ne fourre quelque petit mot; c'est à quoi il faut être très attentif.
Hier, je fus deux heures avec le cardinal Carpegna. J'en suis content, très content. Ce matin, le cardinal Ottoboni a eu une explication avec moi, et m'a fait entendre ce qu'il faut. Je ne me fierais naturellement ni à l'un ni à l'autre, si je n'étais sûr par moi-même de leurs théologiens. Le cardinal Albano promet monts et merveilles à moi et au P. Roslet. S'ils nous trompent, ils se trompent eux-mêmes les premiers. Ce qui me donne plus de confiance que tout, est que le cardinal Casanate me dit que tout va bien et surtout les cardinaux papables; vous voyez14.
Nous avons fait en sorte que le Pape a consulté le P. Ser-
\[\. L'autographe : et surtout ig pour Homère vous voies. Deforis traduit, ce semble, avec raison pour Homère (pour Pape) par papables. Mais, après vous voyez, il ajoute à tort : ce qui les remue.
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rani '" ; cola a fait un bon effet. Je suis après à lui faire consulter le P. Latena\ ; mais je crois que son parti est pris.
La seule chose sur quoi il y aura plus de difficulté, sera les propositions de l'amour pur; mais il faudra que ce cinquième amour saute malgré les efforts de la cabale.
Au reste, nos amis du Saint Office ont trouvé dans les choses secrètes du Saint Office des choses admirables contre M. de Cambrai, apparemment dans les abjurations de Molinos et de Petrucci et d'autres quiétistes. Dans l'interrogatoire de ^lolinos sur la douzième de ses propositions, on a trouvé qu'il donnait la même solution et avait le même système que M. de Cambrai quant à l'intérêt propre, à l'amour intéressé et ce qu'il appelle propriété, qu'il disait qu'on purifiait en purgatoire, et avec ses explications, les qualificateurs persistèrent dans leurs qualifications. Ce que je vous mande est sûr : je tâcherai d'en avoir la preuve. Doit-on douter après cela de la condamnation ? Voilà ce qui m'assure plus que toutes les paroles du monde, dont je fais à peu près le cas en ce pays-ci que faisait le pape Ottoboni16 de celles qu'il donnait.
Le P. Roslet a reçu, et vous en êtes informé à cette heure, la censure de douze propositions du livre signée par soixante docteurs de Paris. Nous gardons encore le secret là-dessus, pour faire notre coup à propos. Le cardinal Casanate en est seul informé et l'a en main. M. le cardinal de Bouillon en a eu vent; mais il le saura le dernier de notre part. Demain, j'en parlerai au cardinal Spada et lui dirai que c'a été pour faire voir la fausseté de ce qu'ont ici avancé les cambrayistes, que la Sorbonne approuvait leur amour pur. Nous ferons valoir la modération de cette Compagnie et le secret. Je crois que cela sera bien reçu ; nous y donnerons le bon tour, et nos
i5. Le P. Serrani, procureur général des augustins, l'un des examinateurs du livre (Voir t. IX, p. i52).
16. Pierre Ottoboni, pape sous le nom d'Alexandre VIII. Sans être un politique, il sut triompher de toutes les habiletés de la diplomatie française, simplement par sa force d'inertie douce et souriante, faite de compliments et de bonnes paroles. Le cardinal Ottoboni était son petit-neveu.
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amis. Les qualifications pourraient être plus fortes, mais cela est bon ; je n'ai eu le temps que de la lire en courant.
Je connais M. de Paris, et m'imagine voir tout; mais il faut que vous ayez patience et que l'union paraisse jusqu'au bout.
Je suis fâché que vous n'ayez pas eu part à ce que ces docteurs ont fait ; je crois que vous n'y auriez rien gâté, quoique je voie bien qu'elle est dans votre esprit.
Ne perdez point de temps pour la traduction italienne.
Je souhaiterais fort avoir ici une bonne copie de votre portrait et quelques estampes petites et grandes de vous17.
Ayez la bonté de nous envoyer, tous les ordinaires, quelques exemplaires de vos livres, premiers et derniers, relations françaises, italiennes, et surtout les trois écrits latins, dont nous avons très peu.
M. le cardinal de Bouillon loue fort votre dernier ouvrage et avoue qu'il n'y a rien de plus fort, et qu'il ne croyait pas qu'on pût répondre si bien à ce que M. de Cambrai avait dit.
J'oubliais18 de vous mander que j'ai tiré aujourd'hui une lettre de change sur Guérin, mon homme d'affaires19 à Lyon, de quatre mille quatre cents livres dont il payera, de l'argent qu'il a pu ramasser pour moi, la somme de deux mille trois cents livres. Reste deux mille cent livres, dont je vous supplie de vouloir bien faire payer quinze cents livres. Je prie mon père d'acquitter le reste et j'ordonne à Guérin de s'adresser à mon père pour cela. Si cela n'est pas payé exactement, on protestera ma lettre de change, et je ne pourrai plus trouver ici un écu quand j'en aurai à faire. J'en écris à mon père.
17. Le portrait peint par Rigaud, que Bossuet avait envoyé au Grand duc de Toscane (cf. p. 81) et dont plusieurs copies furent faites par ce célèbre peintre, n'avait pas encore été gravé. Le portrait de Bossuet plus jeune avait été peint par Nanteuil (voir t. III, p. 26) et gravé soit par Nanteuil lui-même, soit par Poily ou Gantrel (cf. Revue Bossuet, janvier 1902, p. ^9; octobre 190/i, p. 278; juin 1906, p. 296).