‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 161 sur 224 · La lettre de Fénelon · texte numérisé non relu

La lettre de Fénelon

10. Régulièrement les chanoines ne peuvent jouir des fruits de leur prébende, s'ils ne gardent pas la résidence.

Lettre 1814. — L. a. n. s. Archives départementales, à Melun. 1. C'est-à-dire les Remarques de M. de Meaux.

nov. 1698J DE BOSSUET. 3l5

à-dire le 19e de ce mois. Le vôtre n'a été achevé d'imprimer que vers le 17'' d'octobre. La diligence de la composition, et de l'impression et de l'envoi est assurément extraordinaire. C'est aussi ce qu'il y a de plus glorieux à l'auteur dans cette pièce : car il me semble qu'il n'a jamais donné plus beau contre lui sur tout. Il y soutient, il y défend Mme Guyon et le sens inconnu de son livre plus scandaleusement que jamais. 11 y parle avec une insolence outrée de toutes les personnes qui ne suivent pas aveuglément sa cabale. Personne ne doute qu'il n ait voulu laisser entendre en plusieurs endroits le Roi et Mme de Maintenon, surtout pages 6 et 8. Sa hardiesse, son arrogance et ses impostures s'y découvrent plus que jamais. M. le cardinal de Bouillon, en m'en parlant la première fois, quoique admirant cet ouvrage et disant que c'était le plus grand effort de l'esprit humain, il fut obligé de m'avouer que M. de Cambrai était hors des gonds, et qu'il défendait plus que jamais Mme Guyon. Pour moi, je n'y trouve que le caractère d'un charlatan, d'un déclamateur et du plus dangereux de tous les hommes.

Je sais que la plupart des cardinaux ont déclaré à M. de Chantérac qu'ils ne liraient pas cet ouvrage. MM. les cardinaux Spada, Casanate, Marescotti, Carpegna et Ferrari me l'ont dit à moi. Ils ont lu le vôtre avec plaisir; ils m'en ont parlé ainsi. Les partisans ne laissent pas de faire valoir cet ouvrage extrêmement contre vous3. J'avoue que la manière

2. Donner beau, ou la donner belle à quelqu'un, lui fournir une occasion favorable. « Pour lui donner plus beau, elle ne cessait de le railler » (Hamilton, Mémoires de Grammont, chap. x, édit. de La Haye, 17^1, in-12, p. 35o). On dit plus souvent aujourd'hui : donner beau jeu.

3. « M. de Cambrai a déjà envoyé la Réponse aux Remarques de M. de Meaux. Tout le inonde est effrayé de cette diligence ; mais c'est encore bien plus quand on a lu cet ouvrage. On l'estime, on le loue, on l'admire encore plus que la première Réponse à la Relation, et l'on dit sans façon, même aux amis de M. de Meaux, qu'on n'aurait jamais cru que M. de Cambrai eût pu mettre la vérité dans une si grande évidence, ni la proposer avec tant de force » (Chantérac, 25 nov. 1698, dans Delplanque, op. cit., p. 72; cf. Correspondance de Fénelon, t. X, p. 76 et 102, et Delplanque, p. 75).

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dont il est écrit, le caractère de l'auteur et la cabale horrible qu'il a m'ont fait changer de sentiment sur ce que je crus vous devoir témoigner dans ma dernière lettre, qu'il serait peut-être à propos de ne plus écrire. A présent, je suis convaincu que vous ne devez rien laisser sans réponse, et qu'il convient qu'il vous trouve toujours prêt à faire triompher la vérité, et à dévoiler l'imposture et le mensonge. Il faut le suivre dans tous ses retranchements, et ne lui laisser aucun jour de pouvoir échapper. C'est une bête féroce qu'il faut poursuivre, pour l'honneur de l'épiscopat et de la vérité, jusqu'à ce qu'on l'ait désarmé et mis hors d'état de ne plus faire aucun mal. Il donne plus que jamais prise sur lui dans ce dernier ouvrage. Si j'étais à votre place, je ferais une réponse sous le titre d'Éclaircissements, et je l'accablerais. Saint Augustin n'a-t-il pas poursuivi Julien4 jusqu'à la mort? Il faut toujours continuer à parler avec autorité, avec force, d'un style sérieux et accablant. MM. de Paris et de Chartres voient l'avantage que M. de Cambrai tire de leur silence sur les faits les plus faux, qu'il présente comme avoués par eux. Il est vrai, et je le répète encore, qu'il n'y a plus rien à faire qui soit nécessaire d'écrire par rapport au jugement de l'affaire, et même par rapport à cette cour-ci ; c'est ce que j'ai déclaré ici hautement au Pape et aux cardinaux, encore tout nouvellement; mais, par rapport à la France, par rapport à la cabale et pour délivrer l'Église du plus grand ennemi qu'elle ait jamais eu s, je crois qu'en conscience, ni les évoques ni le Roi ne peuvent laisser M. de Cambrai en repos. Le coup accablant pour lui sera la condamnation de son livre et de sa doctrine par le Saint Siège, qui ne tardera pas longtemps. Si vous écrivez sur ce dernier ouvrage, comme je crois que vous le devez faire, il sera bon que ce ne soit pas par lettre : il me semble qu'il n'est pas décent de se traiter mal

!\. Voir plus haut, p. 296.

5. Ce mot, comme la qualification de « bête féroce » appliquée plus haut à Fénelon, montre à quel degré était montée Panimosité de l'abbé Rossuet.

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par lettre. Au reste, plus il est enragé1 et outre contre vous, plus il faut que vous paraissiez le mépriser, et sans injures l'accabler par les choses mêmes. 11 ne veut plus payer que d'esprit.

N'ayant pu aller aux pieds de S. S., j'ai vu M. le cardinal Spada et M. l'assesseur, à qui j'ai fait plaisir de leur renouveler mes protestations qu'il n'y avait rien de nécessaire dans tout ce qui s'écrivait de part et d'autre sur le jugement de l'affaire, qui dépendait du seul texte du livre7. C'est ce qu'on entend fort bien à présent.

Il me semble qu'on embarrasserait fort M. de Cambrai, si on lui demandait quel est donc le sens caché et bon qu'a eu .Mme Guyon dans ses livres, et qu'il dit s'être fait expliquer terme par terme, parole par parole. Il le doit savoir, pour l'excuser si positivement; et il se trouve cpie c'est ce qu'il a voulu exprimer dans son livre des Maximes, s'il ose jamais le dire. Vous voyez les conséquences de ce raisonnement.

M. le cardinal de Bouillon me parla sur le chapitre de la confession8, peu avantageusement pour vous et pour M. de Cambrai en même temps, donnant tort à l'un et à l'autre. Je lui parlai si fortement là-dessus, qu'il n'eut pas un mot à me répliquer. Son fond est d'excuser tout autant qu'il le peut.

Il est de la dernière conséquence que vous fassiez bien entendre à M. le nonce et au Roi de quelle nécessité il est qu'on ne laisse pas écrire le dernier M. de Cambrai, c'està-dire qu'on le poursuive toujours. Il s'agit de défendre la vérité, les décrets du Saint Siège et l'honneur de saints évêques. De ce côté-ci, je n'oublie rien pour faire voir l'obligation que l'Église catholique doit vous avoir, et aux évêques, d'éclairciret soutenir la vérité. Si vous faites quelque ouvrage,

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