Luc, xvm, I
326 CORRESPONDANCE [déc. 1698
rien qui ne soit très important dans les choses du salut ? Saint Augustin ne pourrait-il pas dire à celles qui désirent des adoucissements à sa règle : Vous prétendez, mes Filles, arriver au port par la route que vous vous proposez de tenir ; mais vous vous trompez bien, car vous allez à pleines voiles donner contre des rochers? Ne serions-nous pas à comparer à ces mercenaires qui ont démoli la vigne du Seigneur, qui ont foulé aux pieds son héritage, et fait un désert sec et stérile d'une terre délicieuse qu'il s'était réservée? Rien ne peut prescrire contre notre devoir; le grand nombre ne saurait donner à une chose la rectitude qu'elle n'a pas. Il faut dire davantage, Monseigneur. Les relâchements dans les petites choses sont semblables aux eaux de la pluie, lesquelles, ne tombant que goutte à goutte, ne laissent pas de remplir le canal des rivières et de causer enfin des débordements qui entraînent les arbres et leurs racines, désolent les champs et la campagne. Qu'importe que le vaisseau périsse tout à la fois par la violence d'un coup de mer, ou bien que l'eau venant à y entrer par la sentine et le gagnant insensiblement, sans que personne y donne ordre, il soit submergé peu à peu et fasse naufrage? Si vous n'y prenez garde, Monseigneur, les nouveautés que l'on vous propose ne tendent qu'à nous faire tomber dans la mollesse et l'oisiveté. Il me semble que j'ai ouï dire autrefois que l'on avait voulu imputer à un grand Chapitre4 la faute d'avoir retranché une partie de l'office et des prières anciennes de l'Eglise5. J'aurai l'honneur de vous envoyer en détail toutes celles que l'on veut supprimer dans cette maison.
Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur la très humble, très obéissante et très soumise servante et fille en Nôtre-Seigneur Jésus-Christ.