Très convaincu
3. Le commissaire du Saint Office était le P. Thomas Marie Bosio, dominicain (Affaires étrangères, Rome, t. ^23, fos ^21 et suiv. ; cf. notre tome IX, p. 179).
32 CORRESPONDANCE [juill. 1698
pas : il suffît qu'il vienne de moi ; il me fuit à présent avec affectation. Ce n'est pas le moyen de faire croire qu'il entre de bonne foi clans les intentions du Roi : par là tout s'allonge. S'il voulait, pour le bien de l'affaire, entrer dans nos vues pour faire finir, ce qui nous fait tant de peine s'exécuterait dès le lendemain. Je fais de mon côté tous les pas nécessaires pour le faire revenir ; mais la vanité l'emporte, aussi bien que le peu de sincérité avec laquelle il cbemine. Tout son but est de tromperie Roi, s'il peut.
Le général de la Minerve a fait proposer au Pape, par le commissaire du Saint Office et le maître du sacré Palais, de commencer par la prohibition du livre de M. de Cambrai pour empêcher le mal qu'il peut faire, et puis de continuer toujours l'examen des propositions 4. Le Pape n'a pas goûté cet expédient, et a dit qu'il fallait tout faire à la fois : cela a été proposé sans ma participation. Je m'explique là-dessus longuement dans la lettre que j'écris à M. de Paris s, et lui en dis le bon et le mauvais dans les circonstances présentes, et ce que j'ai fait là-dessus. Je crains que ce ne soit un expédient qui vienne de la part du cardinal de Bouillon pour contenter en quelque façon le Roi, mais dans le fond pour empêcher une bonne décision, espérant par là de faire ralentir le Roi et le Pape, et c'est ce qui est à craindre. Consultez, je vous prie, la lettre de M. de Paris : j'en saurai davantage dans huit jours. Le général de la Minerve, depuis quelque temps, a de grands ménagements pour le cardinal de Bouillon, aussi bien que tous les autres : il ne laisse pas d'être toujours du bon parti, mais il est politique.
l\- Phelipeaux (t. II, p. ia3) attribue cette proposition nu cardinal de Bouillon, qui y voyait, disait-il, un moyen de prolonger l'affaire tout en ayant l'air de presser la conclusion. « Il prévoyait qu'après une prohibition générale, on se ralentirait sur la qualification, qu'on pourrait empêcher par les différents obstacles qu'on ferait naître. » On a vu (t. VIII, p. 338 et 33g) que Bossuet croyait qu'il fallait tendre d'abord à une condamnation générale du livre, avec la pensée que ce premier pas pourrait amener à des qualifications plus précises (Cf. plus loin, p. 80 et 82).