Mss. : perdre
4oo APPENDICE IL
qu'il voie qu'il fera plaisir au Roi et à Mme de Maintenon de me favoriser et d'avoir quelque confiance en moi sur cette affaire.
Les jésuites publient déjà que M. de Monaco est tout jésuite, et moi, je dis qu'il sera ce que le Roi voudra qu'il soit.
J'écris à M. de Meaux amplement sur tout. Je le prie de vous communiquer ma lettre. Au reste, l'examen va son train et assurément finira à la mi-septembre, quelque longueur qu'affectent ceux qui favorisent le livre. L'affaire est à présent la qualification. Je l'espère plus que jamais.
La santé du Pape n'est pas si mauvaise que les partisans de M. de Cambrai le soubaileraient.
[\(f L'Abbé Bossuct nu Prince de Monaco.
Ce 3o août i6y8.
Comme je ne doute pas que vous ne soyez informé de l'intérêt que S. M. a toujours pris et prend encore à la décision de l'affaire de M. de Cambrai, qu'elle regarde comme une des plus importantes que la France ait en cette cour, et par rapport à la religion, et par rapport à l'État, j'espère que vous ne trouverez pas mauvais que je prenne la liberté de vous écrire sur ce sujet et de vous informer de l'état véritable de cette affaire qui tire à sa fin, et dont la conclusion, bonne ou mauvaise, ne peut être que d'une conséquence infinie. Je le fais avec d'autant plus de confiance, que je n'ai pas perdu un moment de vue cette affaire, et que je suis bien assuré de ne vous dire rien que de très vrai. Je commencerai donc, sans perdre de temps, à vous rendre compte en peu de mots de ce qui s'est passé à ce sujet, dès l'instant où cette affaire a été portée ici.
Après la lettre que S. M. jugea à propos d'écrire à S. S. au mois de juillet de l'année passée et que je joins à cette
49° — Voir p. 1^7.
LETTRES SIR LE QUIÉTISME. 4o i
lettre. S. S., dès le commencement de septembre, nomma sept théologiens, qualificateurs du Saint Office, pour examiner le livre de M. l'archevêque de Cambrai. Ces qualificateurs
devaient examiner le livre, en tirer les propositions censuruhles, et puis dire leur a\is en présence de la Congrégation des cardinaux et du Pape, selon la coutume du Saint Ollic".
Les agents de cet archevêque parurent en même temps à Home ; et avant qu'on eût pu vaincre les chicanes qu'il* faisaient pour allonger, quelques mois se passèrent. Enfin, au mois de décembre, on reprit les assemblées des qualificateurs, qu'on avait interrompues. Ils commencèrent à se découvrir les uns aux autres leurs sentiments sur ce livre. La puissante cabale qui soutient M. de Cambrai en fut avertie, et sut à la fin de décembre qu'il y avait déjà plusieurs propositions de ce livre qualifiées d'erronées, d'hérétiques, etc. par le plus grand nombre de ces qualificateurs; et que, do sept qualificateurs, il n'y en avait que deux favorables fi M. de Cambrai, dont l'un était un jésuite espagnol, qui n'entend pas un mot de français, et l'autre feuillant attacha aux jésuites, et qui, venant d'approuver le livre du cardinal Sfondrate, improuve depuis ouvertement par M. de Paris et M. de Mcaux, était manifestement déclaré contre ces prélats.
Dans cette conjoncture, les amis de M. de Cambrai ne virent de salut pour lui qu'en embrouillant l'affaire, qu'en mettant le feu et la division parmi ces théologiens. Mais, n'avanl pu gagner aucun des cinq contraires au livre, tou> théologiens sans passion et d'un mérite distingué, ils trouvèrent le moyen de persuader à S. S. sur des prétextes spécieux de joindre aux premiers nommés trois nouveaux théologien *. dont ils s'étaient assurés. Cette adjonction faite, ils se vireni dès là ►partagés, car ils furent désormais cinq contre cinq ; ele parti de M. de Cambrai, par ce changement, devint, à Rome comme en France, plus insolent que jamais. Il est clair que c'est de là que sont nées les difficultés et les embarras qu'on a vus depuis dans cette affaire, qui, sans cette adjonc-
tion malheureuse et injuste1, aurait été terminée à l'honneur du Saint Siège, à l'avantage de l'Église de France et à la satisfaction de S. M., avant le mois d'avril de cette année : il n'y aurait pas eu le moindre obstacle, pas le moindre scandale.
S. S. connut, mais un peu trop tard, le piège qu'on lui avait tendu : elle fut obligée, pour contenir ces théologiens, dont les assemblées ne se passaient plus qu'en disputes, de nommer deux cardinaux du Saint Office, le cardinal Ferrari et le cardinal Noris, pour régler les conférences des qualificateurs, leur prescrire les matières sur lesquelles ils auraient à parler, et être témoins de tout ce qui se passerait.
Les conférences furent terminées à la fin d'avril : la division dura jusqu'au bout. Le Pape et la Congrégation ordonnèrent à ceux qui condamnaient le livre de M. de Cambrai d'en extraire les propositions qu'ils jugeaient répréhensibles. Ils en tirèrent trente-huit, sur lesquelles on les a entendus et on les entend encore parler les uns après les autres devant les cardinaux, dans la congrégation du lundi et du mercredi, et en présence de S. S. le jeudi. On a cru pendant quelque temps que cela durerait une éternité par les chicanes et les longueurs affectées de ceux qui favorisent M. de Cambrai. Mais S. S. et MM. les cardinaux ont eu la bonté, pour abréger, d'approuver un projet que je leur ai présenté : en sorte que je ne doute pas que ce rapport des qualificateurs ne finisse bientôt, c'est-à-dire à la fin du mois de septembre où nous allons entrer. Les vœux resteront toujours partagés. Les rapports terminés, c'est à la Congrégation à voir comment elle veut procéder et ce qu'elle veut faire.
Ce que je puis vous dire en général de la disposition des cardinaux, c'est qu'il n'y en a pas un seul qui n'improuve le livre de M. de Cambrai et qui ne soit prêt à le condamner ;
I. En demandant cette adjonction, les amis de Fénelon n'étaient pas plus injustes que ceux de Bossuet en faisant enlever leurs pouvoirs aux consulteurs qu'ils estimaient devoir leur être défavorables, comme ayant déjà prononcé contre eux dans l'affaire du livre de Sfondrati (Cf. Phelipeaux, Relation, t. I, p. 365; t. II, p. 3, i4).
LETTRES SUR LE QU1ÉTISME. 4o3
le Pape, plus qu'un autre. Mais il est question d'une censure plus ou moins forte : c'est là à présent le point de la difficulté. Les protecteurs de M. de Cambrai font sous main tous leurs elTorts pour obtenir qu'on se contente d'une prohibition générale du livre, sans condamner la doctrine en particulier. Mais ceux qui aiment la vérité, l'honneur du Saint Siège, celui de la religion, et qui savent les intentions de S. M., qui souhaite que l'on décide sur le fond de la doctrine pour mettre dans son rovaume une véritable paix; ceux-là, dis-je, pensent bien d'une autre façon, et croient une décision sur la doctrine absolument nécessaire, principalement après un examen aussi solennel dans une matière aussi agitée, aussi éclaircie que celle en question l'est à présent, tant sur le fait que sur le droit. Us se confirment dans cette opinion, quand ils considèrent que M. de Cambrai lui-même a demandé expressément une pareille décision, que les évêques de France et le Roi se réunissent pour la procurer. Et rien ne les touche davantage que la vue des suites que peut avoir le jugement qui sera rendu, parce qu'ils sont persuadés que, si l'Eglise romaine prononce une censure vigoureuse, le quiétisme est renversé jusque dans ses fondements ; et qu'au contraire, si elle mollit, l'erreur n'attendra qu'un temps favorable pour se relever.
On ne peut imaginer les efforts qu'on fait pour embarrasser l'esprit du Pape et arrêter les cardinaux ; rien n'est oublié. J'ose néanmoins vous assurer qu'on a lieu d'espérer un heureux succès ; mais, pour y parvenir, il est essentiel de ne point précipiter la conclusion. Il est vrai qu'il ne faut point perdre de temps ; et c'est ce que je prends la liberté de représenter continuellement à S. S. et à MM. les cardinaux, en leur observant toutefois qu'il convient, en travaillant à avancer, de traiter les différents points avec toute la maturité nécessaire, pour former une décision telle qu'on peut la désirer et qu'on a droit de l'attendre.
Les amis de M. de Cambrai, qui agissent dans un tout autre esprit que celui qui devrait les animer et qui dirige les
4o4 APPENDICE II.
démarches de S. M. dans cette affaire, bien éloignés de vouloir procurer tous les éclaircissements nécessaires à un bon jugement, comme ils voient à présent qu'ils ne peuvent sauver le livre de ce prélat, ils cherchent à précipiter la conclusion de cette affaire, afin d'empêcher qu'on ne discute les objets et qu'on ne prononce clairement sur les contestations. C'est, je l'avoue, le seul parti qu'il me semble qu'on ait aujourd'bui à craindre : aussi fais-je tous mes efforts pour l'empêcher. Je puis vous dire que S. S., dans la dernière audience qu'elle m'a donnée, me promit tout ce que je désirais. Mais je ne laisse pas de beaucoup appréhender des intrigues de la puissante cabale qui protège M. de Cambrai.
Permettez-moi donc, Monsieur, de vous dire que je ne doute pas que votre présence n'assurât ici une prompte victoire à la vérité. Je puis vous certifier que votre nomination seule a déjà produit son effet ; et vous connaissez trop bien ce pays-ci et MM. les cardinaux pour ne pas comprendre qu'ils seront ravis de se faire un mérite auprès de vous d'une détermination qui satisfera en même temps leur honneur et leur conscience.
Cette considération, jointe aux autres raisons qui font désirer à tout le monde de vous voir ici bientôt, me porte à souhaiter plus que personne votre arrivée. Je serais ravi que vous eussiez la gloire de contribuer à faire terminer honorablement pour le royaume une affaire de cette importance ; et la France vous en aurait, avec la religion, une obligation éternelle.
Pardonnez-moi encore une fois, Monsieur, la liberté que je prends. Je me suis cru obligé de vous instruire promptement de l'état de cette affaire, d'autant plus qu'on nous assure ici que vous allez incessamment prendre vos instructions, et que je suis persuadé que vous ne serez pas fâché d'entrer dans l'examen des faits avec une idée juste et exacte de tout ce qui les concerne.
Si vous souhaitez que je me donne l'honneur de vous écrire régulièrement sur ce qui se passera ici à ce sujet,
LETTRES SLR LE QLIÉTISME. £o5
j'aurai un plaisir sensible à vous obéir el à vous marquer en cette occasion, comme en toute autre, avec quel respect je suis, etc.
5o° L'Archevêque de Reims à l'Abbé Bossuet.
A Reims, ce Ier septembre, lundi matin 1698.
J'ai lu et relu la Réponse de M. de Cambrai à la Relation de M. de Meaux sur le quiétisme : il s'y défend pitoyablement sur les faits allégués contre lui. Il en nie un1, qui est celui d'un religieux de distinction. Ce religieux dont M. de Meaux a voulu parler, est le P. de La Chaise, qui m'a conté à moi-même ce fait et qui l'a dit depuis la publication de la Relation à qui l'a voulu entendre'2. M. de Cambrai débite dans cette pièce sa mauvaise marchandise avec esprit. Il serait à souhaiter qu'il employât mieux celui que Dieu lui a donné, qu'il ne s'en servit pas, comme il fait, contre l'Église et la vérité, et qu'il fût plus humble et plus détaché de Mme Guyon qu'il ne le paraît par ce dernier écrit3. Je n'ai pas encore vu la réponse latine de M. de Cambrai à l'archevêque de Paris.
50° — L. a. s. Publiée en partie par Phelipeaux (Relation, t. II, p. 160); la fin a été donnée par M. E. Griselle, Fénelon, p. 2o3.