A la Minerve (La Gazette du 2 août
l\. A eu peur et a dit des bêtises sans nombre.
36 CORRESPONDANCE [juill. 1698
Un honnête homme (que nous nommerons V Inconnu et Baltasar ; il était compagnon du premier Nicodème) eut, i! y a quelques jours, une longue audience du Pape5. Il lui porta la nouvelle des changements qui s'étaient faits chez le Roi, que le Pape savait déjà ; il lui insinua qu'il pourrait encore en arriver d'autres. Contre qui, répliqua le saint Père? contre le cardinal de Bouillon ? L'Inconnu répondit que cela pouvait regarder d'autres gens. Il ajouta que les longueurs qu'on apportait à la décision de l'affaire pouvaient avoir de fâcheuses suites, que les esprits se fortifiaient dans l'erreur, et lui apporta ce qui s'était passé à Monceaux6 du temps du calvinisme, lorsque Châtillon 7 demanda avec insolence la liberté de conscience. Le Pape en parut étonné, et promit de presser le jugement. VInconnu rebattit toute l'histoire de la Guyon et du livre, dont j'avais pris soin de l'informer. Il lui représenta les désordres où étaient tombés les chefs de la secte, et qu'il pouvait consulter les cardinaux Casanate, Ferrari, Noris et Albani sur les moyens sûrs d'abréger. Il ajouta que ce qu'on venait de faire pour l'archevêque de Chieti ne manquerait pas de nous alarmer. Cela est-il possible? répondit le Pape tout surpris ; il n'a été nommé que par intérim. Le Pape demanda pourquoi M. de Meaux avait congédié Mme Guyon sans l'obliger de rétracter ses erreurs. Alors l'Inconnu eut occasion de faire connaître la vérité du fait; et j'espère que vous rendrez publics les actes concernant ce fait, car on s'en prévaut fort ici, et comme l'Inconnu racontait tous les dogmes delà nouvelle prophétesse, le Pape l'interrompit: Mais les Français sont de bonnes gens et bien crédules, pour suivre la séduction d'une folle. Il ajouta : Mais on ne cesse point d'écrire ;
5. C'était Dorât, archiprêtre de Pamiers. Voir dans la Relation de Phelipeaux (t. II, p. 119 et 120) le compte rendu de cette audience.