‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 216 sur 224 · IX. En cet état (de la sainte indifférence), on ne veut plus · texte numérisé non relu

IX. En cet état (de la sainte indifférence), on ne veut plus

le salut comme salut propre, comme délivrance éternelle, comme récompense de nos mérites, comme le plus grand de tous nos intérêts ; mais on le veut d'une volonté pleine, comme la gloire et le bon plaisir de Dieu, comme une chose qu'il veut, et qu'il veut que nous voulions pour lui (P. 5a, 53).

X. Non seulement l'âme indifférente désire pleinement son salut, en tant qu'il est le bon plaisir de Dieu, mais encore la

persévérance et généralement, sans aucune exception, tous-

les biens l, qui sont, dans l'ordre delà providence, une

préparation de moyens pour notre salut et pour celui de notre prochain. La sainte indifférence admet non seulement des désirs distincts et des demandes expresses pour l'accomplissement de toutes les volontés de Dieu qui nous sont connues, mais encore des désirs généraux pour toutes les volontés de Dieu que nous ne connaissons pas (P. 6o, 6i).

XI. Cette abnégation de nous-mêmes n'est que pour l'intérêt propre, et ne doit jamais empêcher l'amour désintéressé2 que nous nous devons à nous-mêmes, comme au prochain, pour l'amour de Dieu. Les épreuves extrêmes où cet abandon doit être exercé, sont les tentations par lesquelles Dieu jaloux veut purifier l'amour, en ne lui faisant voir aucune ressource ni aucune espérance pour son intérêt propre, même éternel (P. 72,73).

XII. Tous les sacrifices que lésâmes les plus désintéressées font d'ordinaire sur leur béatitude éternelle, sont conditionnels;... mais ce sacrifice ne peut être absolu dans l'état ordinaire. Il n'y a que le cas des dernières épreuves où ce sacrifice devient en quelque manière absolu (P. 87).

XIII. Dans les dernières épreuves, une âme peut être invinciblement persuadée d'une persuasion réfléchie, et qui n'est pas le fonds intime de la conscience, qu'elle est justement réprouvée de Dieu (P. 87).

1. Le texte de Fénelon : tous les biens spirituels et même temporels.

2. Édit. : intéressé. Ce doit être une faute de copiste : car le sens demande, comme Fénelon du reste l'a mis, le mot désintéressé.

XIV. L'âme alors est divisée d'avec elle-même : elle expire sur la croix avec Jésus-Christ, en disant : 0 Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avezrvous abandonné? Dans cette impression involontaire de désespoir, elle fait le sacrifice absolu de son intérêt propre pour l'éternité (P. 90).

XV. 11 n'est question que d'une conviction qui n'est pas intime, mais qui est apparente et invincible. En cet état, une âme perd toute espérance pour son propre intérêt; mais elle ne perd jamais dans la partie supérieure, c'est-à-dire dans ses actes directs et intimes, l'espérance parfaite, qui est le désir désintéressé des promesses. Elle aime Dieu plus purement que jamais (P. 90, 91).

XVI. Un directeur peut alors laisser faire à cette âme un acquiescement simple à la perte de son intérêt propre, et à

la condamnation juste où elle croit être delà part de Dieu

Mais il ne doit jamais ni lui conseiller ni lui permettre de croire positivement, par une persuasion libre et volontaire, qu'elle est réprouvée et qu'elle ne doit plus désirer les promesses par un désir désintéressé (P. gi, 92).

XVII. Toute excitation empressée et inquiète, qui prévient la grâce de peur de n'agir pas assez ; toute excitation empressée, hors du cas du précepte, pour se donner par un excès do précaution intéressée les dispositions que la grâce n'excite 3 point dans ces moments-là, parce qu'elle en inspire d'autres moins consolantes et moins perceptibles ; toute excitation empressée et inquiète pour se donner comme par secousses marquées un mouvement plus aperçu, et dont on puisse se rendre aussitôt un témoignage intéressé, sont des excitations défectueuses pour les âmes appelées au désintéressement paisible du parfait amour (P. 99, 100).

XVIII. Les âmes encore intéressées pour elles-mêmes veulent sans cesse faire des actes fortement marqués et réfléchis, pour s'assurer de leur opération et pour s'en rendre témoignage, au lieu que les âmes désintéressées sont par

Page 1