‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 215 sur 224 · I. On peut aimer Dieu d'un amour qui est une charité · texte numérisé non relu

I. On peut aimer Dieu d'un amour qui est une charité

pure, et sans aucun mélange du motif de l'intérêt propre

Ni la crainte des châtiments, ni le désir des récompenses n'ont plus de part à cet amour. On n'aime plus Dieu, ni pour le mérite, ni pour la perfeclion, ni pour le bonheur qu'on doit trouver en l'aimant — On l'aime néanmoins comme souveraine et infaillible béatitude de ceux qui lui sont fidèles ; on l'aime comme notre bien personnel, comme notre récompense promise, comme notre tout; mais on ne l'aime plus par ce motif précis de notre bonheur et de notre récompense propre (Pag. 10 et 1 1, édit. de Paris).

II. Cette charité véritable n'est pourtant pas encore toute pure, c'est-à-dire sans aucun mélange; mais l'amour de charité prévalant sur le motif intéressé de l'espérance, on nomme cet état un état de charité. L'âme aime alors Dieu pour lui et pour soi, mais en sorte qu'elle aime principalement la gloire de Dieu, et qu'elle n'y cherche son bonheur propre que comme un moyen qu'elle rapporte et qu'elle subordonne à la fin dernière, qui est la gloire de son Créateur (P. 8 et 9).

i° — Les propositions sont extraites de la première édition de Paris, avec la référence permettant de se reporter facilement an contexte. Sur ces trente-huit propositions, quinze ne se trouvent pas dans le bref de condamnation du livre des Maximes (pr. 2, 4, 5, 10, 17 et 18, il\ à 2fi). Elles ont été écartées au cours de l'examen, soit que le sens en rentrât dans celui des propositions condamnées, soit qu'on ne jugeât pas à propos de les censurer. Sur les vingt-trois propositions conservées, il en est cinq qui figurent dans le l»ref sous une forme plus abrégée (pr. 1, 16, 20, ai, 2.3).

III. Dans l'état de la vie contemplative ou unitive..., on ne perd jamais ni la crainte filiale, ni l'espérance des enfants de Dieu, quoiqu'on perde tout motif intéressé de crainte et d'espérance (P. 2^).

IV. L'âme désintéressée dans la pure charité, attend, désire, espère Dieu comme son bien, comme sa récompense, comme ce qui lui est promis, et qui est tout pour elle. Elle le veut pour soi, mais non pour l'amour de soi : elle le veut pour soi, afin de se conformer au bon plaisir de Dieu qui le veut pour elle; mais elle ne le veut point pour l'amour de soi, parce que ce n'est plus le motif de son propre intérêt qui l'excite (P. 12).

V. Ce pur amour ne se contente pas de ne vouloir point de récompense qui ne soit Dieu même (P. a5).

VI. Ce qui est essentiel dans la direction (des âmes) est de ne faire que suivre pas à pas la grâce avec une patience, une précaution et une délicatesse infinie. Il faut se borner à laisser faire Dieu, et ne parler jamais du pur amour (dans Verrata, ne porter jamais au pur amour, et clans la version latine de M. de Cambrai, ad purwn amorein nunquam impellere), que quand Dieu, par l'onction intérieure, commence à ouvrir le cœur à cette parole qui est si dure aux âmes encore attachées à elles-mêmes, et si capable ou de les scandaliser, ou de les jeter dans le trouble (P. 35).

VII. Dans l'état de la sainte indifférence, une âme n'a plus de désirs volontaires et délibérés pour son intérêt, excepté dans les occasions où elle ne coopère pas fidèlement à toute sa grâce (P. 5o).

VIII. Dans la sainte indifférence, on ne veut rien pour soi; mais on veut tout pour Dieu : on ne veut rien pour être parfait ni bienheureux, pour son propre intérêt ; mais on veut toute perfection et toute béatitude, autant qu'il plaît à Dieu de nous faire vouloir ces choses par l'impression de sa grâce, selon sa loi écrite, qui est toujours notre règle inviolable (P. 53).

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