‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 26 sur 224 · Deforis : qu'on y disait qu'on avait arrêté · texte numérisé non relu

Deforis : qu'on y disait qu'on avait arrêté

5. La police était en éveil pour empêcher la circulation des écrits de Fénelon, et le public ne le trouvait pas bon. a Malgré toutes les défenses qui étaient faites de faire venir de ces lettres, on en fit entrerdeux ballots, non seulement dans le royaume, mais encore jusqu'aux portes de Paris. M. d'Argenson en eut le vent, et qu'on les devait faire entrer dans des carrosses. Il y en eut effectivement deux de louage qui les furent prendre dans des maisons où on les avait laissés en garde, sans dire ce que c'était; on ne leur donna pas le temps d'entrer dans la ville. On les visita devant que d'arriver aux portes, et ces ballots ayant été ouverts, M. d'Argenson ne vit pas plus tôt ce qui était dedans, qu'il brûla toutes ces lettres, les unes après les autres, dans son cabinet. Cependant l'envie d'en avoir était si grande parmi les curieux, que, quoique chacun détestât le quiétisme de la manière

juill. 1698J DE BOSSUET. /j i

la communiquer au plus tôt. Je trouverai peut-être dans mes extraits quelque chose dans le fait, pour convaincre les menteurs.

Ils ne songent qu'à déguiser : je dis les plus sincères. Le parti les aveugle ; vous savez qu'on y écrit tout ce qu'on veut. La continuation de notre concert les mettra à bout. Ils ne songent qu'à nous séparer : et ce qu'ils publient de ma prévention contre eux, pour se cacher de moi, n'est qu'artifice.

Je ne vous dis rien de Torcy0 : vous verrez tout par vous-même. Donnez du courage à Mme de Luynes

<jue les ennemis de M. de Cambrai en faisaient le portrait, celles qui purent échapper à la vigilance de ce magistrat fuient vendues jusqu'à quatre louis d'or » (Annales de la Cour et de Paris, t. II, p. 32g). Voici, relativement à l'action de la police en celte affaire quelques passages des lettres de Pontchartrain à d'Argenson (Correspondance administrative, éd. Depping, t. II, p. 726 à 727) : « A. l'égard des écrits de M. l'arclievèque de Cambrai, il faut les arrêter, et, s'ils sont, comme vous le dites, en maisons particulières, en me les nommant, je vous expédierai les ordres dont vous avez besoin pour les y envoyer prendre. Vous n'avez pas encore fait une grande découverte d'en avoir saisi douze exemplaires, pendant qu'on les distribue par milliers >> (9 juin 1698). — « Vous avez bien fait d'empêcher le débit du premier livre île M. de Cambrai, quoique imprimé avec privilège. A l'égard des mille exemplaires que vous avez saisis, j'attendrai les nouveaux avis que vous espériez me donner à ce sujet » (18 juin 1698). « J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit concernant la distribution des écrits de M. de Cambrai, et S. M. m'ordonne de vous mander que, sans qu'il paraisse rien de sa part, vous cessiez toutes poursuites et toutes recherches à cet égard, n'estimant pas qu'on doive empêcher M. de Cambrai d'écrire pendant que les autres prélats le font. Cependant, s'il y a lieu de punir par voie de police les marchands qui faisaient venir en France une balle de livres, sous le prétexte d'une balle de soie, il n'y faut pas manquer» (8 juillet 1698). On sait d'ailleurs que les lois de police interdisaient le débit des livres impriaiés sans permission ou privilège, ou sans nom d'imprimeur. La plupart des réponses de Fénelon étaient dans ce cas. 6. Voir p. 18, 19, et i/Ji .

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pour vous parler, comme je l'y exhorte, avec une pleine liberté.

Vous savez avec quel respect, quelle obéissance, et quelle tendresse je suis à vous, priant Dieu pour vous comme pour moi-même.

Je vous conjure de vous ménager; le travail est grand.

J. B., é. de Meaux.

1725. — A l'Abbk Bossuet.

Versailles, 7 juillet 1698.

J'ai reçu votre lettre du 17 du mois précédent. Je vais vous faire un récit fidèle de l'état des choses depuis nos derniers écrits, et surtout depuis ma Relation, à qui Dieu a donné une si manifeste bénédiction, qu'il est impossible que le bruit n'en aille pas jusqu'à Rome. Je n'ai pu voir M. le nonce ; mais je suis bien assuré qu'il a su et vu en grande partie ce qui s'est passé à Paris et à la Cour, où le déchaînement contre M. de Cambrai a été si grand, qu'il est à craindre que l'indignation n'aille trop loin et ne fasse perdre le respect à beaucoup de gens \ Nous

Lettre 1125. — 1. Bourdelol écrivait, le même jour, de la Cour à l'abbé Nicaise : « Depuis la Relation sur le quiétisme de M. de Meaux, qu'on a fait lire à M. le duc de Bourgogne par ordre exprès de Roi, M. de Cambrai est tombé dans le dernier mépris, et on veut mal à M. l'archevêque de Paris et à M. de Meaux de l'avoir laissé faire arcbevèque, sachant tout ce qu'ils en savaient, dont ils n'ont encore révélé qu'une partie... Tant qu'il n'a été question que du dogme, il partageait les esprits; mais l'histoire et les faits l'ont accablé » (Bibl.

juill. 1G9N] DE BOSSUET. /,3

en trouvons même qui nous insultent de ce que bonnement et simplement nous nous sommes attachés à consulter le Saint Siège2; mais je ne m'en repentirai jamais, moi qui puis vous dire, et M. le nonce le sait, que j'ai plus que personne donné le conseil de consulter Rome, et conseillé plus que jamais de s'en tenir là.

J'interromps ma lettre pour aller voir M. de Paris chez le Roi, où nous nous sommes donné rendezvous. Je la reprendrai au retour.

Je vous dirai pourtant, en attendant, que ceux à qui l'on avait fait accroire que j'avais poussé M. de Cambrai avec trop de chaleur, ne sont plus étonnés que de ma trop grande patience : mais j'ai eu mes raisons. Si j'ai bien espéré dans les commencements de M. de Cambrai, les promesses que vous avez vues dans ses lettres en étaient la cause. Ceux qui voudraient que je l'eusse d'abord décelé au Roi, ne songent pas que je ne savais que par lui seul3 les erreurs dans lesquelles il était tombé, dont par conséquent je ne pouvais en honneur et en conscience tirer avantage contre lui, ni faire autre chose que de travailler de tout mon pouvoir à le tirer de son égarement.

Nationale, fr. p,36o, f° 182). L'archevêque de Reims, dans une lettre du 6 juillet à l'abbé Bossuet, écrivait : « La Relation sur le quiétisme, que Monsieur votre oncle a fait imprimer, fuit partout l'effet qu'on eu devait attendre : c'est une pièce qui écrase M. de Cambrai. La Lettre pastorale de M. de Chartres démontre bien les variations de cet archevêque. »

2. Au lieu de juger nous-mêmes M. de Cambrai. — L'abbé Bossuet (plus loin, p. 97) mentionnera aussi cette intervention du Roi et des évèques auprès du Pape.

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