Il se nommait Raousset
64 CORRESPONDANCE [juill. 169S
M. le cardinal de. Bouillon veut apparemment flatter ou plutôt tromper le Roi.
Enfin le Pape a résolu de suivre ce que j'avais proposé il y a un mois. Tout coque le cardinal de Bouillon a proposé n'a point plu ; et on peut dire dans la vérité que notre plan a été agréé malgré lui. Le Pape, au lieu de déterminer une demiheure pour parler, a commandé aux qualificateurs d'être courts. Les nôtres le seront extrêmement : car l'important est de terminer le rapport des qualificateurs, et d'aller à la fin. J'ai plus de confiance que jamais qu'elle sera telle qu'on peut désirer.
J'ai vu depuis huit jours tous les cardinaux : la plupart s'expliquent avec moi fort clairement sur la doctrine. Le cardinal de Bouillon se contraint à présent beaucoup plus, mais il est difficile qu'il trompe personne à Rome : il ne cherche qu'à en imposer au Roi. Il dit actuellement qu'on jugera de lui par son vœu ; mais il faut venir à la fin pour cela.
Le quiétisme et la cabale n'ont plus de ressource que dans la mort du Pape, qui n'arrivera pas, s'il plaît à Dieu. On a fini les cinq premières propositions ; on va réduire les propositions qui suivent par 'chapitres, qu'on examinera successivement avec les propositions qu'ils renferment. Cela sera cent fois plus court que d'aller proposition a proposition, et j'espère qu'au mois de septembre, les qualificateurs auront fini. Le mois d'octobre sera le grand mois, et le mois de novembre verra la décision. Si l'on peut trouver quelque voie plus courte encore pour avancer le travail des qualificateurs, je ne l'oublierai pas.
L'attention de M. le cardinal de Bouillon se réduit à deux choses. A présent, il commence à voir qu'on ne peut, si on parvient à la fin, soutenir le livre ; mais il veut faire tous ses efforts pour obtenir la plus légère censure qu'il soit possible : c'est à quoi je vais avoir une extrême attention. La seconde chose, c'est de faire écrire ici par tout le monde, s'il peut, afin que cela revienne au Roi, qu'il ne cesse de presser la
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décision. Il serait bien content que la Cour en fût persuadée : el cependant il voudrait, s'il était possible, qu'on ne finit pas: cela sera difficile. Je tâche de le faire changer tout de bon ; mais le moyen ?
M. l'abbé de La Trémoille demande avec empressement Besançon4, et le cardinal de Bouillon veut que l'abbé de Polignac ait sa place à Rome. Cela ferait ici un très mauvais effet pour le Boi : vous en voyez les raisons5.
Nous avons reçu l'écrit de M. de Chartres: il l'a adressé ici au P. Massoulié, qui n'a pas jugé à propos de s'en charger, ni aucun de son Ordre, pour ne se rendre pas suspect. Je me suis chargé, avec le P. Roslet, de la distribution. Il n'y a que deux heures que j'ai cet écrit: je l'ai lu ; il est excellent et donne un tour nouveau aux choses. Rendez compte de ceci, je vous prie, à M. de Chartres. Les contradictions de M. de Cambrai y sont démontrées.
La fin de votre Relation n'est pas venue par ce courrier : apparemment elle ne sera pas arrivée assez tôt à Lyon. Je la recevrai par l'ordinaire prochain. Que peut répondre M. de Cambrai à tant de faits constants ? Que fera-t-on du P. Valois ? Le P. Dez ne vaut guère mieux.
Il serait bon que vous m'envoyassiez une censure juste et précise de la proposition de M. de Cambrai oubliée, que i'amour de pure concupiscence, quoique sacrilège, est une préparation à la justice6. Plusieurs de nos amis, gens savants, croient qu'on peut donner un sens excusable à cette proposition, par l'explication de M. de Cambrai, removendo obices. Nous savons déjà à peu près ce qu'on peut dire contre.
On n'oublie rien ici pour parvenir à une bonne fin. On a bien de l'obligation au cardinal Casanate. Nous attendons le
l\. L'archevêché de Besançon fut donné à François-Joseph de Grammont, le 17 août 1698.
5. L'abbé de Polignac était très lié avec le cardinal de Bouillon (cf. lettre du 11 novembre 1697); <'un au,re côté, son prestige était alors fort diminué, depuis qu'il avait échoué dans sa mission en Pologne en faveur du prince de Conti.