‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 41 sur 224 · IS 'ayant plus de gouverneur · texte numérisé non relu

IS 'ayant plus de gouverneur

12. Celle qu'on a vue au tome IX, p. 184. i3. Cette phrase ne se lit pas dans les éditions.

70 CORRESPONDANCE [juill. 1698

Je vous envoie, à toutes fins, copie des attestations que Mme Guyon a eues de moi. Je n'ai pas jugé nécessaire de vous envoyer les autres actes, où elle condamne ses livres comme contenant une mauvaise doctrine. Vous verrez bien que, par les abominations de Molinos, nous avons entendu les impuretés et les ordures qu'en effet Mme Guyon a toujours détestées devant moi, et où il est vrai que je ne l'ai point trouvée impliquée; ce qui ne la justifie qu'à mon égard, et encore parce que je n'en ai fait aucune information.

J'ai aussi déclaré sans difficulté que je n'ai pas eu dessein de la comprendre dans ce qui est dit contre ces abominations, à la fin de ma censure du 16 avril 1695, ses livres étant suffisamment condamnés dans la même censure, comme contenant une mauvaise doctrine. Voyez dans les Etats d'oraison11' les pages lxxiv et lxxv, et dans la censure de M. de Châlons. p. lxxxvii, lesquelles censures elle a souscrites10.

Rome, i5 juillet 1698.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, du 23 juin. Je n'ai pas reçu1 par ce dernier cour-

il\. L' Instruction sur les états d'oraison. Les éditeurs disent à torl : l'Ordonnance sur les états d'oraison.

l5. Au bas de la sixième page de l'autographe, on trouve les indications suivantes destinées à compléter le chiffre : P. Alexandre, M. Nicole; ignorance, K; politique, Ke; censure in globo, 1200; censure qualifiée, i3oo; modèle, Ba.

Lettre 1135. — 1. Cf. p. 7 et 84.

juill. 1698] DE BOSSUET. 71

ricr les dernières feuilles de votre Relation, je ne sais pourquoi. J'en ai été fâché ; je les attends le prochain ordinaire.

La Lettre pastorale de M. de Chartres est arrivée : nous nous sommes chargés de la distribution, le P. Roslet et moi. On n'en a reçu que dix-huit exemplaires; c'est bien peu, mais apparemment le prochain courrier nous en apportera encore.

Vous ne pouvez nous envover trop d'exemplaires de votre Relation, qu'il faut donner ici à tout le monde, tout le monde étant capable des faits. La traduction latine et italienne fera des merveilles. Il faudrait ne pas perdre de temps ; car ce qui est en français ne fait pas ici tout l'effet qu'on pourrait désirer; il me semble vous l'avoir mandé positivement, il y a bien longtemps, et c'est ce qui a le plus retardé ici l'instruction. Sans les copies latines de vos premières observations, que j'ai distribuées et que vous n'avez pas jugé à propos de faire imprimer, on aurait été ici très embarrassé de donner les instructions nécessaires. Le Mystici et le Schola in tuto ont fait un effet admirable. Le Quietismus redivivus n'en fera pas moins.

L'écrit de M. de Chartres est très bien fait2, et est venu très à propos pour faire voir clairement la mauvaise foi de M. de Cambrai. Il donne un tour nouveau à tout, et l'exclusion de l'espérance par M. de Cambrai est poussée à la démonstration dans le droit et dans le fait.

M. le cardinal Spada m'a dit avoir reçu pour lui et pour le Pape, par M. le nonce, des exemplaires de la lettre de

a. Bossuet avait corrigé cet écrit aussi bien que l'Instruction pastorale de M. de Paris. « M. de Chartres, dit M. de Meaux, eut encore besoin de mes corrections sur l'amour pur, en quoi il donnait prise h M. de Cambrai, parce qu'il avançait que c'était une opinion de l'Ecole de dire que c'était un amour de concupiscence, et non purement gratuit, d'aimer Dieu comme récompense. » Encore, après les corrections, M. de Cambrai ne laissa-t-il pas de trouver à reprendre à l'Instruction de M. de Chartres sur ce point » (Ledieu, t. II, p. 23l).

72 CORRESPONDANCE [juill. 1698

M. de Chartres, avec des lettres de l'auteur à l'un et à l'autre. Je rends compte de ce que j'ai fait là-dessus à M. de Chartres, et lui envoie une lettre de M. le cardinal Pancialici en réponse à la sienne.

Je croyais qu'en exécution de l'ordre donné il y a huit jours aux qualificateurs, qu'ils conviendraient entre eux de la réduction des propositions sous de certains chefs, et en même temps des matières sur lesquelles on parlerait successivement. Mais on n'a rien fait là-dessus, personne n'ayant pris le soin de faire assembler les examinateurs, et ne leur ayant donné aucun ordre précis touchant les propositions sur lesquelles on aurait à voter. Cela ne pouvait pas manquer de produire de la confusion, et on courait risque de perdre encore une quinzaine de jours. Comme les moments me paraissent précieux pour bien des raisons, j'ai revu MM. les cardinaux afin de les avertir de cette inaction, et me plaindre à eux du peu d'ordre qu'on observait. J'ai conféré en particulier avec M. le cardinal Spada, à qui j'ai dit que j'irais informer S. S. de ce qui se passait. Le cardinal Casanate et le cardinal Noris, les mieux intentionnés assurément, m'ont assez fait connaître que la faiblesse du Pape et la crainte qu'on avait du cardinal de Bouillon3 faisaient tout le mal. Néanmoins ils me promirent d'agir efficacement sur ce point.

Il arriva hier, jour de congrégation, ce qu'on avait prévu : les uns étaient préparés sur un point, les autres sur un autre. Le jésuite Alfaro, qui ouvrit la séance, parla sur le propre effort et sur les propositions qui y reviennent : il fallut que les autres suivissent cette matière ; la plupart s'étaient préparés sur l'indifférence Cela fit un bon effet en ce que l'on fut très court, et sept parlèrent et votèrent ; de sorte que, dans les congrégations du mercredi et du jeudi de cette semaine, cette matière sera finie. On loua fort les qualificateurs de leur brièveté, et on les exhorta à continuer.

3. Parce que le cardinal de Bouillon devait avoir une influence considérable dans le prochain conclave, étant donné surtout qu'il était à la veille d'être le doyen du Sacré Collège.

juill. 169S] DE BOSSUET. 73

Dorénavant les matières, à ce qu'on dit, seront plus réglées. Si cela continue, les qualificateurs finiront au commencement de septembre. Il a fallu, pour qu'ils eussent leur travail tout digéré, que je donnasse à l'assesseur et a plusieurs cardinaux les propositions réduites sous certains chefs, comme je vous les envoie. C'est l'ouvrage d'une demi-heure, qui aurait peut-être arrêté quinze jours, car ils ne font rien : cela fait pitié, mais n'est que trop vrai.

L'archevêque de Chieti a déjà fini ce qui le regarde, il a voté en un demi-quart d'heure sur tous les points. Il n'a trouvé aucune proposition digne de censure en particulier, parce, dit-il, qu'à chaque page on peut citer des propositions catholiques qui déterminent le sens de celles qui pourraient faire de la peine. Mais néanmoins il juge à propos qu'on défende le livre, à cause du danger et des circonstances. Il a cru se tirer d'affaire par là, et c'est tout ce qu'on en a pu arracher. Si l'on parvient à faire parler ainsi les autres qui favorisent M. de Cambrai, cela ne laissera pas d'être un grand argument contre eux-mêmes. Je tâcherai de faire en sorte que le Pape et la Congrégation, après qu'ils auront donné leur vœu sur les propositions en particulier, leur demandent leur sentiment sur le livre en général.

Je puis vous assurer que les choses sont dans un état, qu'il ne faut que tendre à la fin de l'examen. La disposition des cardinaux ne peut être meilleure intérieurement, quant au fond de la doctrine.

Il faut encore avoir l'œil aux coups fourrés. Les efforts de la cabale se réduisent à affaiblir la censure. Les jésuites font ici courir le bruit que M. le nonce a dit au Roi que ces Pères sont les seuls à Paris qui ne lui ont jamais tait instance pour écrire à Rome en faveur de M. de Cambrai, pendant que toutes les autres communautés l'en ont sollicité4. Je doute du fait : quand il serait vrai, cela ferait voir seulement que les jésuites sont assez habiles pour n'avoir pasvoulu parler en personne au nonce sur une matière aussi

l\. Voir plus loin, p. 86.

74 CORRESPONDANCE [juill. 1698

délicate, mais qu'ils ont fait agir sous main et parler tous les autres. Il faut toujours, s'il vous plaît, que M. le nonce continue à demander une bonne et forte censure.

On dit que l'abbé de La Trémoille demande Besançon, et que le cardinal de Bouillon le sert pour faire donner la rote à l'abbé de Polignac. Cela ferait un mauvais effet pour la nation et pour le Roi, après ce qui s'est passé5.

On croit que le Pape fera bientôt les deux cardinaux qu'il a in petto. Sa santé est bonne ; mais vingt-trois heures sont sonnées6. L'ambassadeur de l'Empereur est de retour et continue à faire ici des siennes sur les fiefs qui relèvent de l'Empire, à ce qu'il prétend, dans l'État ecclésiastique '.

1736. — A Pierre de La Broue.

A Germigny, 18 juillet 1698.

Il me tarde beaucoup, Monseigneur, que j'aie votre sentiment sur la Relation. Il est vrai qu'elle a eu ici tout l'effet qu'on en pouvait attendre, et au delà ; et à la Cour et à la ville, tous les partisans secrets ou déclarés se sont rendus ; et deux ou trois qui restaient ont été si visiblement consternés et désolés, que tout le monde s'en est aperçu. J'attends avec quelque impatience ce qu'elle aura opéré à Rome, et vous serez le premier à qui j'en écrirai la nouvelle.

Il me semble que vous n'avez pas trop sujet de

5. Cf. p. 52 et 65. L'abbé de Barrière, appuyé du cardinal d'Estrées, demandait pour lui-même le poste d'auditeur de rote (Affaires étrangères, Rome, t. 3go, f° 161).

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