‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 99 sur 224 · Cette phrase manque aux éditions · texte numérisé non relu

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192 CORRESPONDANCE [sept. 1698

rable que toute la magnificence et tout l'ordre qu'on y a vu. Le jeune prince a soutenu toute la fatigue, et se porte parfaitement bien. Il n'y avait rien de plus beau que de voir Mgrs d'Anjou et de Berry saluer à la tête de leurs régiments et compagnies de gendarmes.

On retourne demain par Chantilly, où l'on sera un jour. Le départ pour Fontainebleau est toujours au 2 d'octobre.

Le mariage de Mademoiselle14 est différé. On s'est avisé de la parenté au quatrième degré ; et on envoie au Pape pour la dispense, qu'on a reconnu que les évêques ne pouvaient donner.

J'ai nouvelle de main savante de Madrid et delà Cuenca 1j, qu'on attend là comme ici la condamnation du livre de M. de Cambrai comme favorable à Molinos. On y demande mes livres, surtout les latins.

i4 Elisabeth-Charlotte d'Orléans, fille de Philippe, frère du Roi, et de la princesse palatine, sa seconde femme, devait épouser Léopold, duc de Lorraine. Les fiancés étaient parents au quatrième degré canonique, Philippe d'Orléans étant petit-fils de Marguerite d'Autriche, reine d'Espagne, laquelle était sœur de l'empereur Ferdinand II, dont Léopokl était arrière-petit-fils par sa mère Éléonore- Marie d'Autriche, fille de Ferdinand III. — Lâchât : Le mariage de M. le Duc.

l5. Édit. : de Cuenca. — L'original porte : laCuencaou la Cueva. Si l'article n'est pas le fait d'une inadvertance, Bossuet désigne, non la ville de Cuenca, mais l'une des localités nommées La Cuenca ou La Cueva, ou peut-être le célèbre collège de Cuenca, annexe de l'Université de Salamanque et que Bossuet appellerait la Cuenca, de même qu'on disait la Sorbonne pour le collège de Sorbonne (cf. les Voyages de M. de Moncornys, 3e partie, Lyon, 1666, in-4, p. 11;

Pasc. Madoz, Diccionario geografico de Espana, Madrid, 18^8-

l85o). — La Cueva, bourg de la Vieille-Castille, a donné son nom à une famille considérable d'Espagne, à laquelle appartenait Dominique de La Cueva, marquis de Bedmar (i652-I723).

*ept. 1698] DE BOSSUET. ig3

1 774 • — L'Abbé Bosslet a son Oncle.

Rome, ce 16 septembre 1698.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Versailles le i[\ août. Je suis très aise que vous ayez reçu la Réponse de M. de Cambrai à la Relation du quiélisme; ce qui est certain, c'est qu'il n'y a ici que ses amis qui applaudissent à sa réponse1. Je ne sais pas ce qu'ils en pensent intérieurement, mais ils la font valoir de leur mieux, comme une pièce accablante pour vous et M. de Paris. Avec cela, ils conviennent eux-mêmes, au moins M. le cardinal de Bouillon, qu'elle doit achever de perdre M. de Cambrai en France et dans l'esprit du Roi. Mais ils prétendent encore tirer de là un sujet de louange pour M. de Cambrai et de blâme pour le Roi, pour Mme de Maintenon, M. de Paris et vous; cependant ils voient bien que les rieurs ne sont pas de leur côté. On regarde à cette heure-ci M. de Cambrai comme un chef de parti. C'est aussi l'idée la plus juste qu'on en puisse avoir, et celle que je crois à propos qu'on ait. Je mande à M. l'archevêque de Paris qu'il faut à présent que tout ce qui viendra de la part du Roi et du nonce soit plus fort et plus pressant que jamais; qu'on marque expressément qu'il ne faut avoir aucun égard pour la personne de M. de Cambrai, si l'on veut satisfaire le Roi et assurer à la vérité tous ses droits ; que l'essentiel est de donner la paix à l'Église par une bonne décision ; et qu'il convient d'apprendre aux téméraires qui osent tenter de substituer les délires de leur esprit aux anciennes maximes, que leur nom ne sera pas plus épargné que leurs erreurs.

M. de Chantérac alla chez le Pape jeudi dernier, après que le cardinal de Bouillon y eût été, apparemment pour lui

Lettre 1114. — L'autographe a passé dans la vente de Biuyères- Chalabre, en i833.

1. Chantérac dit le contraire (16 et iS septembre, Correspondance de Fénelon, t. IX, p. 440, 4ôi, 4Ô2 et 458). CF. plus haut, p. 160 et 189.

ig4 CORRESPONDANCE [sept. 1698

préparer les voies. M. de Chantérac a présenté la Réponse de M. de Cambrai à S. S., la priant de se la faire lire et expliquer. S. S. se l'est fait lire par M. de Zeccadoro2 qui, comme vous savez, était un de vos admirateurs, mais qui, depuis un an qu'il a vu M. le cardinal de Bouillon, est devenu le plus zélé partisan de M. de Cambrai et son plus grand panégyriste. Cette conduite lui a attiré la confiance du cardinal autant que le mal qu'il dit de M. le cardinal de Janson, à qui cependant il a les dernières obligations. Néanmoins, depuis qu'il voit que les rieurs ne sont plus ni du côté du cardinal de Bouillon, ni du côté de M. de Cambrai, il voudrait me faire croire qu'il a toujours favorisé la bonne cause et regardé M. de Cambrai comme un fanatique. Mais je ne puis plus m'y fier, et je suis en peine de ce qu'il peut dire à S. S. Je tâcherai dans peu de le savoir, et d'agir auprès du Pape selon ce que j'en apprendrai. Il a traduit, il y a trois mois, le livre de M. de Cambrai pour le Pape à la recommandation de M. le cardinal de Bouillon.

J'ai été à Civita-Vecchia visiter M. le bailli de Noailles 3, qui n'a pas été fâché de me voir et de m'entretenir. Je n'ai point épargné le cardinal de Bouillon ; je sais combien ces deux maisons se haïssent. Je l'ai comme déterminé à aller informer le nouvel ambassadeur des dispositions du cardinal de Bouillon à son égard : cela ne peut que bien faire, en cas que cet ambassadeur vienne en droiture à Rome sans aller à la Cour. Encore une fois, ne négligez pas de me faire recommander à M. l'ambassadeur par des personnes de poids.

2. Camérier d'honneur de S. S. et secrétaire des lettres latines aux princes. Ce prélat fut assassiné au Vatican le 3i décembre 1702 (Affaires étrangères, Rome, t. 436, f° 5). Il possédait la confiance du cardinal de Rouillon, et c'est grâce à lui, néanmoins, que Phelipeaux put prendre subrepticement copie d'un écrit de Fénelon (Relation, i. II, p. i4l ; cf. plus haut, p. 68 et 109).

3. Jacques de Noailles (1 653-1 71 3), frère de l'archevêque de Paris, était cbevalier et bailli de l'Ordre de Malte, et lieutenant général des galères de France. Il visitait alors, à la tète de vingt narres, les côtes d'Italie; il resta à Civita-Vecchia du 10 au 16 septembre (Affaires étrangères, Rome, t. 391, f°s 5g, 86, g4, Ii4etii7).

sopt. 1697] DE BOSSUET. iq5

Il est de la dernière conséquence, pour la cause et pour votre honneur, que l'ambassadeur me témoigne quelque considération. Je fais assurément ici mon devoir à son égard, en travaillant à effacer les mauvaises impressions que la malignité de M. le cardinal de Bouillon, qui ne cherche qu'à le décrier4, voudrait donner de ce seigneur. Ce que je vous mande est la pure vérité.

Au reste, la guerre est ici parmi les jésuites français au sujet du P. Ammonio5, qui était venu à Rome en qualité 'de procureur des Missions. Le P. Charonier prétendait avoir cet emploi, au moyen des sollicitations du P. Dez et du cardinal de Bouillon, qui le protègent. Le P. Ammonio, d'un autre côté, est venu avec des lettres de recommandation du Roi, du P. de La Chaise et du P. Verjus6. Cela n'a pas empêché la guerre. Le P. Charonier a écrit et fait écrire à la Cour contre le P. Ammonio. Le P. Ammonio l'a découvert, et a su qu'afin de lui faire donner l'exclusion, on l'accusait de s'être déclaré ici pour M. de Cambrai. Il n'en fallait pas tant pour échauffer la bile de ce jésuite italien ; aussi s'est-il montré grandement irrité du procédé, et il a écrit contre son adversaire de ce ton qu'on appelle Vire di Dio. Il prétend dévoiler tout ce qu'ont fait ici le P. Charonier et le P. Dez pour M. de Cambrai ; quelque faux frère aura trahi ces deux derniers. Cette division peut servir à découvrir des choses importantes : cela sera aisé par le frère7 du P. Ammonio qui est à Paris. Ne témoignez point aux jésuites de Paris être instruit de cette querelle. Le P. Ammonio compte

4. Précédemment (p. 1^6), l'abbé prêtait à Bouillon une attitude différente.

5. Cf. i36 et 162. — Les difficultés concernant leurs missions de Chine avaient déterminé les jésuites français à envoyer à Rome un procureur. Le P. Dez avait eu cette ebarge en i697(cf. t. IX, p.3o6); rappelé à Paris en 1698, il désirait pour successeur le P. Charonier. Mais le P. Amonio fut désigné par les jésuites de France, recommandé par le Roi à son ambassadeur et, en 1699, confirmé par le généra! (Affaires étrangères, Rome, t. 387, P- 2^ ett- 3g3, p. 27).

6. T. I, p. 290. Il avait été à Paris procureur des Missions du Levant.

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