A MADAME HORTENSE ALLART DE MÉRITÉNS
Ce 12 juillet 1863.
Il se prépare une grande bataille. Les esprits philosophiques s'y reconnaîtront à de vraies marques. J'en suis, après tout. J'ai fait un peu de mythologie chrétienne en mon temps ; elle s'est évaporée. C'était pour moi comme le cygne de Léda, un moyen d'arriver aux beUes et de filer un plus tendre amour. La jeunesse a du temps et se sert de tout. Je suis vieux, et j'ai chassé tous les nuages. Je me mortifie moins, et je vois plus juste. 11 est dommage que tout cela ne puisse durer et que le moment où l'on est le plus maître de soi et de sa pensée soit celui où eÙe est le plus près de faiblir et de finir. ••
Bonjour, femme à la Staël l
A M. DURUY, MINISTRE DE l'iNSTRUCTION
PUBLIQUE
Ce 13 juillet 1863.
Monsieur le ministre,
Permettez-moi de faire avec Votre Excellence comme j'ai eu l'honneur de faire avec votre prédécesseur, c'est-à-dire de bien fixer ma situation relativement à la chaire du Collège de France, dont je suis encore titulaire nominativement, quoique de fait je me considère comme n'appartenant plus ni au Collège de France ni à l'instruction publique.
Je résumerai les faits qui ont donné lieu à cette situation singulière, aussi brièvement que possible.
Nommé en 1854 professeur de poésie latine au Collège de France, après avoir été présenté e» première ligne par ce Collège et par FAcadémie des inscriptions pour remplacer M. Tissot, j'ai commencé ce cours quelques semaines avant les vacances de Pâques 1855*
La première leçon, qui consistait en un discours ou introduction lue par le professeur, s'est assez bien passée ; du moins, après un premier essai de tumulte, force est restée aux auditeurs bienveillants et au professeur.
On croyait la tentative de tumulte apaisée et vaincue. M. Fortoul le ci*oyait du moins. Je n'étais pas de cet avis. En effet, dans l'intervalle de la première à la çeconde leçon, il s'organisa toute une manœuvre; de petits journaux clan-
destinement imprimés, dont il m'arrivait des exemplaires, me signalaient à Tanîmadversion des écoles. Au moment où j'arrivai pour faire ma seconde leçon, je vis que les mesures de l'autorité avaient été mal prises; je fis cette seconde leçon ; mais, interrompu dès mes premières paroles improvisées, et sentant que j'étais en présence de groupes malveillants disséminés dans Tauditoire, je me rabattis à la lecture d'une leçon sur Virgile que j'avais compté bien plutôt improviser, et dont cependant j'avais préparé à tout basard la rédaction écrite.
La leçon avait été faite. jusqu'au bout; mais la situation n'était pas tenable. Un rapport doit exister dans les cartons du ministère sur cette seconde leçon et les circonstances qui l'ont accompagnée. Ce rapport très-exact est de M. Danton, alors inspecteur d'Académie; et, une heure après la leçon, le ministre, M. Fort^ul, l'avait entre les mains.
Le cours fut alors suspendu. Gomme on était assez près des vacances de Pâques, on eut quelque répit pour aviser. Je supprime les détails intermédiaires. 11 fut arrêté enfin et décidé que, pour maintenir les droits de l'autorité et l'honneur du professorat, je ferais le second semestre, une douzaine de leçons, soit improvisées, soit lues, s'il y avait trop d'interruptions, et que force resterait au droit. J'avais demandé que avant de m'engager dans cette épreuve qui était un véritable combat, je pusse avoir une audience de l'empereur, puisque c'était îi cause du dévouement qu'on me savait pour son gouvernement que j'étais personnellement insulté et mis en cause. Cette audience me fut promise, mais l'empereur partait alors pour Londres (1855); le préfet de police l'accompagnait. Au retour, une difficulté, puis une
autre fit remettre Touverture du cours de semaine en semaine. On ouvrait alors l'Exposition universelle, et ce n'était pas le moment de risquer la moindre petite émotion, même dans un quartier éloigné. Bref, je ne reçus pas ordre de recommencer mon cours. Un jour, comme je pressais à ce sujet Tautorité, M. Collet-Meygret, directeur alors de la sûreté publique, me dit ces paroles : « Mon avis est que vous ne recommenciez pas en ce moment, on vous ferait payer pour tout le monde. »
Le semestre d'été s'étant écoulé dans cette attente, je donnai, avant la réouverture de l'année scolaire, ma démission de la chaire, démission qui ne fut pas acceptée; mais je renonçai dès ce moment à tous émoluments, et il fut convenu que cette démission pourrait être ultérieurement agréée sans me désobliger en rien et à la simple convenance du ministre de l'instruction publique.
Lorsque M. Rouland eut succédé à M. Fortoul, je réitérai l'acte de cette démission, et c'est alors que M. Rouland vou lut bien me proposer comme dédommagement la création d'une conférence particulière à l'École normale. Je restai à l'École quatre ans, y faisant une conférence ou plutôt un cours. C'est de là que les instances de M. de Persigny me tirèrent pour me faire rentrer au Constitutionnel et dans la presse active. Je n'eus donc plus de lien qui me rattachât à l'instruction publique que ce titre nominal de professeur au Collège de France, auquel j'ai dès longtemps perdu tout droit et toute prétention. M. Martha, chargé du cours, est des plus capables et réunit en lui tous les titres voulus. Il est dès longtemps convenu et entendu, de lui à moi, que sa nomination définitive ne saurait m'étre qu'agréable.
Tel est le véritable état des choses que j'ai cru devoir vous exposer, monsieur le ministre, avec quelque détail; car ce n*est qu'un point minime entre tant d'affaires importantes et courantes qui sollicitent votre attention.
Toute idée de rentrer sous une forme ou sous une autre dans rinstruction publique, qui n*est pas ma première profession, et pour laquelle je ne me sens ni une vocation ni une aptitude toutes parliculières, est dorénavant bien loin de mon esprit, et, j'ai Thonneur de vous le répéter, je n'y liens plus que par un fil qui n'est pas entre mes mains, qui me fait fonctionnaire sans que je le sois, qui me donne un air d'attache sans raison et sans motif; sincèrement, j'aimerais mieux voir couper le plus tôt possible ce fil léger, irrégulier, et, à l'égard de M. Martha, ce ne serait que justice.
Je confie tout ceci à votre bienveillance, je remets le tout entre vos mains, sans plus m'en occuper, et me contentant de vous avoir informé.
Cette question, ajuuterai-je, est pour moi pénible; elle a été dès longtemps épuisée dans des conversations avec les ministres prédécesseurs de Votre Excellence; tout a été dit pour, sur et contre; et rien ne me sera plus agréable que de n'avoir plus jamais occasion d'y revenir ni en paroles ni par écrit. 11 ne s'agit que de faire cesser une fiction.
Veuillez agréer, monsieur le ministre, l'expression de mon respect, et au^si de mes sentiments particuliers pour Votre personne.
Excusez-moi si un mal au bras m'a forcé de dicter cette longue lettre.
A ^. CAMILLE DOUGET.
Ce 11 août 1863.
Bon gré, mal gré, vous serez remercié tout de même. Eh bien, j'ai vu, grâce à vous, celte pièce que je remettais toujours d'aller voir *. Il n'y a que des scènes. 11 y en a une charmante, celle où la femme du joueur se jette aux pieds de son père en lui disant : Battem-moi I J'étais tout plein de Térence et je comparais cette scène à celles du comique latin si sympathique. D'autres scènes sont bien, mais il n'y a pas de lien. Il n'y a aucune raison pour que le joueur se guérisse. Il paraît que le nœud d'une action est refusé à Barrière, qui a des parties si excellentes. Et puis ils veulent faire cinq actes là où trois suffiraient.
Je vous devais des comptes, les voilà.
Remerci, et agréez mille et deux amitiés.
A M. AETNHOLD DEZElMËRlS.
Ce 3 octobre 1863.
Cher monsieur et ami.
Vous me confondez par une lettre si aimable, moi le négligent et le grossier^ qui ne vous ai pas même remercié de