CCLXXIII
 M. SELLÈQUE.
Ce 20 octobre i864.
Mon cher Sel loque,
Je te remercie de ton bon souvenir : le mien est resté très-fidèle au passé. Je suis, malgré les apparences, moins en crédit que tu ne le ci*ois. Entre nous (je ne le dis pas pour me plaindre, car j'ai plutôt à me féliciter après tout de mon partage), entre nous donc, je suis un écrivain fort assujetti et qui, sans fortune personnelle, continue de gratter du papier, plus qu'il ne faudrait. Je n'ai, à cet égard, ni paix ni trêve. Mes relations universitaires sont assez bornées, et la mort les a fort diminuées. Je n'ai fait que traverser TUnivorsité pendant quatre années de professorat à rÉcole normale. Aussi je ne connais aucun proviseur des lycées de Paris; mais, par un de mes amis, M. Pinspecteur
1. Littérateur distingué, professeur de littérature ancienne à la Faculté des loi très de Montpellier, mort on 1870, dans sa cinquanlicmo année.
général Giraud, de Tlnstitut, nous arriverons peut-être. Prie ton petit-fils de me venir voir à midi, dimanche prochain, et nous essayerons de lui trouver ce proviseur bienveillant. Si j'échoue, ce ne sera pns ma faute.
Sais-tu qu'il y a diantrement d'anriées que nous nous connaissons et que nous disputions ensemble ? Nous étions dans tout le feu des hardiesses et des convictions. Nous nous sommes formé Tesprit et le raisonnement à cette escrime. Je regrette souvent que cet assujettissement de ma vie (dont je ne vois pas le terme) m'empêche de m'asseoir un peu pour regarder en arrière, et pour aller aussi renouer l'entretien avec ces amis du bon temps, comme toi, envers qui mes sentiments sont demeurés pleins de constance et de confiance.
Je te serre la main avec bien de l'amitié.
P.'S, — Puisses-tu me lire ! J'aurais pu dicter, mais je ne l'ai pas voulu.
A M. PAUL GHÉRON.
Ce 21 octobre 1864.
Mon cher ami.
Je suis prochainement sujet à écrire sur un poète chinois
traduit par le marquis Hervé de Saint-Denys. — A cette
occasion, je voudrais bien les Mélanges asiatiques complets
d'Abel Rémusat. Si vous savez quelque autre chose sur la