A MARIE-LAURE
4«»' avril 1842.
Mademoiselle,
Je suis fort touché de tout ce que vous voulez bien me dire d'infiniment obligeant et flatteur; je voudrais pouvoir
1 . La Bibliothèque Mazarine, où Sainte-Beuve était alors conservateur. C'est à cette période de sa vie que se rattache le billet suivant, adressé à l'un de ses meilleurs collègues, M. Baudement, l'excellent latiniste, ami de M. Désiré Nisard, et regretté de tous ceux qui l'ont connu (il était depuis longues années, quand il est mort, conservateur à la Bibliothèque nationale). — Sainte-Beuve lui écrivait un jour, du temps qu'ils étaient tous deux conservateurs à la Bibliothèque Mazarine : a (Ce 3 août, lundi.) Cher monsieur, je viens recourir à vous pour vous prier de vouloir bien nous concerter ensemble au sujet de nos séances. Je ne puis ni ne dois plus avoir affaire à M. T... pour cette peUte obligation. Je voudrais bien en causer avec vous. Nous trouverions peut-être moyen d'arranger cela sans trop nous gêner. Ce qui m'est souvent impossible, c'est de faire la séance entière. Les demi-séances me sont possibles et faciles. — Quand voulez-vous que nous en parlions? je suis de service mercredi. — Tout à vous. »
2. Cette lettre et deux autres, adressées à la même personne, ont été écrites à l'auteur d'un recueil de Poésies intitulé Essais de Marie-Laure (un vol. in-12, 1844).
répondre à votre honorable confiance. Les difficultés d'un début littéraire à Paris sont plus grandes que vous ne pouvez croire; et, nous qui de loin semblons peut-être quelque chose, de près nous y pouvons très-peu.
Dans tous les cas, mademoiselle, veuillez croire à la sincérité de mes vœux et à Texpression de ma considération la plus distinguée.
P.-S. — J'ai lu avec intérêt les vers que vous avez bien voulu joindreà votre lettre, et je vous en remercie beaucoup.
A M. LE PASTEUR NAPOLÉON PEYRAT
Ce 3 décembre 1842.
Monsieur,
C'est avec bien du plaisir que j'ai reçu de vous un souvenir de cette espèce S qui me montre toute la vie et l'application sérieuse d'un talent et d'une imagination dont j'avais apprécié les prémices. Vous nous rendez des luîtes et des figures pleines d'animation et de grandeur, et vous le faites avec un feu qui semble allumé au leur. Je m'instruis beaucoup aux Pasteurs du désert. Les jansénistes, qui étaient leurs cousins germains sans s'en douter, ont été bien sévères pour eux; je ne le leur mâcherai pas à l'occa-
1. Le livre de M. Napoléon Peyrat sur les prophètes des Cévennes.
sion. U m'eût été bien agréable, en d'autres temps, de pouvoir étudier de plus près avec vous votre sujet en rendant compte quelque part de votre ouvrage. Mais je suis venu à n'avoir plus d'organe habituel de publicité. Le monde de Paris se renouvelle vite, et Ton est éliminé avant le temps par les nouvelles mœurs de la nouvelle presse qu'on n'accepte pas. Croyez du moins, monsieur, à mes sympathies pour votre œuvre et à mes sentiments de reconnaissance et de souvenir pour vous.