‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 36 sur 139 · À M. VILLEMAIN · texte numérisé non relu

À M. VILLEMAIN

Ce 29 avril 1844.

Mon cher monsieur Villemain,

Vous connaissez le ministre; s'il est homme à vouloir user de son droit jusqu'au bout et à se croire obligé de mettre une personne délicate dans la nécessité de se contredire publiquement ^, veuillez lui faire tenir à temps la démission ci-jointe, par laquelle il apprendra que le fonctionnaire en question n*en est plus un.

Mille respectueuses amitiés.

AU MÊME

Ce 80.

J*ai donné à ma réflexion tout Tespace voulu par le sage. Il m'est impossible de voir Tafiaire sous une autre forme

1. Dans celte lettre, Sainte-Beuve répondait à celle-ci de M. Villemain :

a Mon cher confrère, vous savez la réponse que vous me fîtes il y a trois ans, au sujet d'une distinction qui vous était ofterte. Aujourd'hui, je ne concevrais pas votre hésitation. Il n'y aurait que vous à l'Académie de non décoré; et les personnes qui assisteront à votre Discours de réception s'en étonneraient. Veuillez, mon cher confrère, me donner vos pouvoirs le plus tôt possible.

» Tout à vous,

» A'^TLLBJIATN.

» Ce 29 avril. »

que celle-ci : Se donner à soi-même un démenti public^ et se le donner parce qu'on y est contraint. J*ai beau me tâter, il m'est impossible, mon cher monsieur, d'accepter, quoi qu'il arrive, une telle situation. J'ai vécu avec des hommes^ qui ont tout sacrifié pour ne pas signer je ne sais quel formulaire : cela paraissait une puérilité, mais ils y mettaient une idée. Je comprends très-bien ces hommes. — Il eut été plus du fait d'une personne bienveillante comme vous l'êtes à mon égard, de moins prévoir ce que bien peu auraient remarqué, et de ne pas élever une question qui semble n'être à vos yeux qu'une question d'étiquette quand elle en est une pour moi d'une nature bien plus délicate. Mais à la garde de Dieu!

A M. LE MINISTRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE. .

Monsieur le ministre,

J'ai l'honneur de vous adresser ma démission de la place de conservateur de la Bibliothèque Mazarine.

Je suis, monsieur le ministre, votre très-humble et respectueux serviteur^.

Paris, ce 30 avril 1844.

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