A MADAME DESBORDES-VALMORE
Ce dimanche soir (1843).
Merci, merci du fond du cœur!
Vous avez bien fait de mettre Bouquets *, car il y a encore bien des fleurs. Mais quelle adorable et charmante, non pas préface, mais hymne vous avez misti là en commençant *! Je vais goûtera ravir cette poésie et je vous en parlerai. Je voudrais avoir les mêmes lieux qu'autrefois pour en écrire à tous.
A vous et aux vôtres. Non, je n'oublie pas mademoiselle Ondine.
A M. ÉD UARD TURQUETY.
Ce 22 mars 18U.
Mon cher Turquety,
Je prends bien vivement part à votre douleur : ce sont les vraies pertes, celles que ne peuvent désormais com|)enser
1. C'est le titre d'un recuoil de Poésies de madame Desbord es- Valmore : Bouquets et Prières (Paris, 18i3).
3* Une Plume de femnie^ morceau en prose.
nulles joie?. Quand on disait à ma mère : « Il sera de TAcadémie, cette fois ou Fautre ! » elle répondait : « Mais, moi, je ne puis attendre. » — Ainsi, cher ami, nos joies sont si courtes, que celle de l'un ne peut même arriver avant que celle de l'autre ait cessé, et la félicitalion se mêle aux plaintes *. «
Croyez à la vivacité des miennes, mon cher* Turquety, et gardez-moi un fidèle souvenir.
P.-S, — Labitte, souffrant, a dû aller passer un mois à Abbeville : il se tue de travail.
À M. ALEXANDRE YINET.
20 avril 1844.
Vous avez été bien bon, monsieur, comme vous Fêtes toujours! j'ai reçu le Bonstetten avec un mot de vous; j'ai reçu du Châtelard votre obligeant éclaircissement sur la lettre de Benjamin Constant à douze ans 2. Ce qui m'est plus précieux que tous ces détails, c'est l'assurance de votre
1. Cette lettre fait allusion à deux événements tout récents : Sainte-Beuve venait d'être élu à TAcadémie française le 14 mars
' 184^ et Turquety avait perdu sa mère, le 22 février de la même année. (Note de M, Saulnier,)
2. Lettre publiée sous le nom de Benjamin Constant, et qui n'était qu'un très-habile pastiche de M. N. Cl^âtelaio. (Note de fi^ Charles Berlhoutl^ de Gingins,)
amical souvenir. Quand me sera-t-il donné de le rafraîchir, sans qu'il en soit besoin, de le renouveler de près, de vous revoir enfin ?
J'aurais bien besoin d'une nouvelle saison à Lausanne, je vous assure, pour m'y retremper moi-même, pour y achever ce que je n'ai pu commencer que là. La vie d'ici est toute dissipante; on y fait mille choses, et jamais l'imporlante et Tunique.
Vous ne la perdez point de vue, quoi que vous fassiez, monsieur; je viens de lire, dans la Revue suisse^ votre discours sur l'histoire littéraire de la Restauration : j'oublie que vous m'y traitez trop bien, que vous m'y accordez trop d'attention; mais le but élevé, final, ne manque jamais, et l'on achève la dernière page en regardant là-haut. Nous avons eu une grande douleur commune, la mort de ce pauvre et excellent Lèbre* : votre nom, votre pensée étaient pésents à tous à cette cérémonie funèbre, et vous y étiez dans toutes nos douleurs.
Adieu, monsieur et cher ami; croyez à mes sentiments les plus profonds et les plus reconnaissants.
P. -S. — J'offre à madame Vinet mes humbles et affectueux hommages
1. Adolphe Lèbre, un des collaborateurs de Vinet au Semeur^ et collaborateur de la Revue des Deux Mondes. Il est question de lui dans les Chroniques parisiennes que Sainte-Beuve adressait à la Revue suisse et qui ont été publiées depuis en volume (chez Caimann Lévy, 1876). Sainte-Beuve lui fait parvenir les conseils )es plus amicaux par Ji|ste Olivier (page 83).
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