‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 63 sur 139 · A M. L*ABBÉ CONSTANTIN ROUSSEL · texte numérisé non relu

A M. L*ABBÉ CONSTANTIN ROUSSEL

Ce 18 décembre isu.

Monsieur,

Je reçois déjà du même lieu 3 une lettre bien aimable et dans le même sens que la vôtre : je suis touché de tout ce

1. Cette lettre ne fut pas le dernier mot de Sainte-Beuve à M. Juste Olivier. Les deux anciens amis se revirent, dînèrent de nouveau ensemble, soit chez Sainte-Beuve, soiX au fameux dîner Magny, où M. Olivier fut introduit par le docteur Veyne sur le désir même de Sainte-Beuve. Enfln le passage des Nouveaux Lundis qu'on a reproduit dans l'introduction des Chroniques parisiennes, et qui est de 1864, prouve bien qu'il y avait, de la part de Sainte-Beuve, oubli complet de quelques nuages passagers dans une longue amitié, à laquelle il devait en partie d'avoir autrefois professé son cours sur Port-Royal à Lausanne. Bans l'appendice du tome P' de la dernière édition de cet ouvrage, publiée en 1866, Sainte-Beuve est revenu encore une fois sur ses relations avec cet autre lui-même^ comme il l'avait appelé en J864, et lui a rendu pleine justice et un parfait hommage. On peut même s'étonner que M. Olivier ait cru devoir rappeler de légères brouilles qui ne tinrent pas à la première rencontre, en donnant lui-même la leltre ci-dessus dans un écrit posthume sur Sainte-Beuve, publié par la Revue suisse (mai, juin, juillet, août 1876).

2. Auteur d'un volume de Poésies, intitulé Fleurs des Vosges (choz Didier, 1876).

3. M. l'abbé Roussel était alors élève au collège de RambGrvillers.

que vous me dites d'honorablement flatteur et je n'en accepte que ce que je dois. Rien n'est plus doux que de penser qu'on se fait des amis par ses écrits. Je crains en effet de ne pouvoir concilier deux choses aussi éloignées et aussi remplies d'occupations qu'une chaire latine et un cours libre de littérature française * tel que j'ai essayé de le faire au Moniteur, Veuillez du moins, monsieur, me garder un bon souvenir et croire à l'expression sincère de ma reconnaissance et de mes sentiments distingués.

A M. GABRIEL DE GHÉNIEB.

Ce u février 1855.

C'est à nous, monsieur, à vous remercier de rétablir et de maintenir devant le public ce point si essentiel et si contesté déjà de notre histoire littéraire. Les hommes les plus distingués ont leur faible. Béranger qui a dit :

J'ai sur l'Hymette éveillé les abeilles,

était un peu piqué de voir que André Chénier les avait éveillées auparavant.

Agréez, monsieur, l'expression de mes sentiments de respect et de considération, et de dévouement.

1 . Sainte-Beuve venait d'être nommé professeur au Collège de France. On verra tout à l'heure les raisons, déduites par luimême, qui l'empêchèrent de faire son cours.

A M. BE BIÉMONT.

Ce 25 février I85b.

Je suis bien sensible, monsieur, à votre bon souvenir et à votre envoi poétique. Vous faites bien d'écouter au dedans de vous, et de noter ce que vous dicte dans les Intervalles de vos travaux, voire talent pur comme vos sentiments; c'est une manière de charmer et d'orner l'ennui de la route. Pour moi qui ne chante plus, j'en suis souvent bien accablé, et je me dis que je suis arrivé (comme Tirésias le dit à Ulysse chez Homère) dans la contrée qui ne œnnaît pas la joie. Mais vous avez raison, monsieur, de penser que j'aime toujours la poésie chez les autres, et que le souvenir bienveillant des âmes vraies en appelle toujours un en . moi, bien sincère et très-reconnaissant.

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