CLXXVIII
A M. LE VICOMTE JULES DE GÈRES
Ce iS février 1859.
Oui, monsieur et cher poëte, je me souviens de ces relations déjà si anciennes. Un charmant vohime de vous, Bose des Alpes^ les avait rafraîchies en ma mémoire, et je m'étais reproché de ne vous en avoir pas écrit. Vous éties, mie disais-je, de ceux: qui avaient reçu l'initiation à ce bel art des vers dans le bon temps, et qui étaient faits pour y porter une distinction et une sensibilité toutes particulières.
Je parlais au passé, et non sans quelque sentiment de regret. Maintenant, je n'ai plus de regret; je retrouve, en vous lisant, non le vieil homme, mais le jeune honmie dans sa fraîcheur et sa délicatesse, et je vous remercie en vous félicitant.
A M. SIBIRË, PRÉSIDENT DE l' ASSOCIATION DES AN« CIENS ÉLÈVES DU COLLÈGE BONAPARTE.
97 février 1899.
Monsieur,
J'ai à vous offrir avant tous mes remercîments bien sincères pour une prévenance qui m'honore infioiment au-
dessus de mes mérites et qui me prouve, de votre part et de celle de vos amis, un si grand fonds de bienveillance. Se crois, en effet, que, dans une société où il y a si peu de liens, des réunions du genre de celle que vous venez de former peuvent être utiles, qu'elles sont surtout agréables, et j'envie ceux qui savent en partager la joie et les douceurs.
Maintenant, en ce qui me concerne personnellement, daignez entrer, monsieur, dans les raisons et les motifs d'excuse que j'ai à vous présenter.
Des cinq années d'éludés que j'ai faites à Paris, de i8i8 à 1823, j'en ai passé trois à Charlemagne et deux au collège Bourbon. Depuis, je n'ai jamais cultivé des liens de camaraderie et de collège. Ayant dû, dans ma carrière littéraire déjà bien ancienne, me livrer de bonne heure à la critique, j'ai senti que l'indépendance ne s'obtenait qu'au prix de relations restreintes, et, avec les années, ces relations de plus en plus bornées et presque exclusives sont devenues une espèce de retraite et de solitude dont il m'est toujours difficile de m'arracher.
S'il faut vous l'avouer, je crains les nouveaux visages, je ne cherche même pas tous ceux que j'ai connus. Je n'ai pas toujours rencontré dans le monde et dans le public l*indulgence pour mes opinions et pour ma personne; — cette indulgence qui vous paraît si naturelle et qui devrait subsister, malgré tout, entre honnêtes gens, entre tous ceux qui ont lu et goûté Horace.
Enfin (car il faut abréger), j*ai éprouvé par mon expérience que le plus sûr moyen pour moi de conserver l'équilibre intérieur et les sentiments bienveillants qu'il est doux
de porter aux autres, c'était de ne pas trop me mêler à eux.
Voilà le vrai, monsieur; ce sont ces motifs qui depuis longtemps m'ont engagé à restreindre ma vie, à fuir les assemblées nombreuses, à craindre d*y figurer surtout. Je ne me permets de toucher ici à ces détails que pour vous montrer que je puis, en étant vivement touché de Thonoeur qui m'est fait, me sentir en même temps incapable de prendre sur moi de m*y soumettre. Veuillez donc, monsieur et cher camarade, m*excuser, et soyez de plus assez boo pour garder pour vous seul, ou pour un petit nombre, le secret de ces excuses, que comprendraient d'ailleurs tous ceux qui me connaissent un peu.
Agréez, je vous prie, tous mes sentiments de gratitude et de respectueuse considération.
A M. PAUL CHÉRON
Ce l** avril i859.
Mon cher ami,
11 me semble que nos communications sont bien interrompues : je ne m'en accommode qu'à regret. — Vous aurez peut-être su que M. Levallois m'a quitté. La personne qui vous remettra ce billet est M. Pons, qui l'a remplacé auprès de moi. M. Pons est un jeune professeur d'histoire, fort instruit, ami de votre ami M. Zeller. Si j'ai quelque chose à vous demander» ce sera par lui dorénavant. Veuillez lui
transmettre votre bienveillance. — Je suis absorbé par mon cours et par Fimpression de Port-Royal : je ne suis plus guère bon à autre chose.
Tout à vous.
P.-S. — Ceci n'est pourtant pas un poisson d'avril. (La lettre est datée du 4^^ de ce mois.)
A M. REINHOLD DEZEIMERIS, A PARIS
Ce 10 avril I8î>9.
J*ai à vous rendre, monsieur, ce curieux manuscrit et ce texte si doctement et ingénieusement annoté ^. Voulezvous que je vous l'envoie, que je vous le reporte moi-même (mais alors je ne le pourrai avant mercredi prochain vers cinq heures)? il doit vous faire faute. J'ai bien des remercîments et des compliments à vous faire. Je vous envie de pouvoir vous livrer à ce dilettantisme de l'érudition, et de le faire, en ce siècle, comme La Monnoie et ces friands d'un autre âge. Les dieux vous ont donné le loisir, artemque fruendi.
Croyez-moi, monsieur, bien à vous.
P.'S, — J'offre mes respectueux hommages à madame votre mère.
i. Il s'agissait des œuvres inédites de Pierre de Brach.
24i CORRESPONDANCE
k M. PAUL GHÉRON.
Ce ao juin issv.
Mon cher ami,
Vous m'avez fourni sur Turenne de quoi féconder et rafraîchir le Fléchier: j'ai pu, grâce à vous, fidre merveille sur cela ; mais nous ne faisons plus merveille qu'à huis clos. C'est prudent... passé cinquante-dnq ans.
Aujourd'hui, pourriez-vous me déterrer un volunie d'un neveu de Fontenelle : Essai sur les Principes du Droit et de la Morale^ Paris, 4743, in-4®, par M. Richer d'Aube?
Je vous serais bien obligé.
Mille amitiés.
CLXXXIU.