‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 77 sur 139 · A THÉOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

A THÉOPHILE GAUTIER

Ce ao juiUet i850.

Je découpe un paragraphe de mon Moniteur ; je le mets en tête de mon Joseph Delorme ; il s'y adapte juste. Voîlà

1. Kn rcmerciment du passage suivant, dans le feuilleton du 20 juillet 1859 [Moniteur], à propos de lExposilion de peinture:

(c Sous certains aspects, M. Amand Gautier se rattache aux réalistes, mais il s en éloigne par un sentiment tout particulier : sentiment mélancolique, austère, presque janséniste, si un pareil

le portrait du pauvre défunt tout fait, et la description de sa manière, tracée d'une plume définitive.

Bien des fois j'avais cherché parmi nos peintres de ce temps-là un pendant, un parent de ce pauvre Joseph ; je ne parvenais point à trouver un nom qui s'appareillât au sien. J'essayais de me nommer Polterley mort jeune; mais il avait un éclair de la flamme de Bonington. Cela n'allait pas au pauvre paysagiste qui aimait le léger nuage et fuyait le rayon, qui longeait de préférence le sentier le plus voilé :

Limes erat tenuis, longa sub nubibus umbra.

Enfin voilà le nom trouvé, c'est un Gautier : et ce nomlà m'est indiqué par le Gautier ami du soleil, à la palette

mot peut s'appliquer à la peinture. Sa Promenade des Frères ignorantins, ses Folles de la Salpêtrière^ exposées aux Salons précédents, et à celui-ci, les Sœurs de Charité^ témoignent d'un goût instinctif pour les sujets tristes, pauvres, grisâtres, où la pensée domine. Les Sœurs de Charité, qui forment sans doute pendant à la Promenade des Frères ignorantinSy sortent de leur couvent, maussade bâtisse signée d'une croix noire au-dessus de la porte; de longs murs gris, un pavé entre les joints duquel pousse l'herbe, quelques arbres, aux rameaux grêles, un ciel plombé, tel est le site; le pieux troupeau, les mains dans les manches, la tête penchée sous la coiffe rabattue, s'est mis en marche de ce pas monastique qui semble toujours glisser sur une dalle funèbre. Les sœurs s'en vont deux à deux par la ruelle étroite, et la supérieure se retourne pour quelque recommandation vers la sœur tourière restée sur le seuil. Malgré l'uniformité que donnent le costume, la discipline et le renoncement au monde, dRns ces figures toutes pareilles en apparence, M. Âmand Gautier a su exprimer d'une façon visible le caractère particulier de chaque sœur ; on devine la résignée et la fervente, l'ascétique et la pratique; on pourrait presque dire les motifs qui ont déterminé leur vocation. Mais ce que l'artiste rend surtout d'une manière admirable, c'est l'ennui froid du cloître, tel qu'il est aujourd'hui, au fond de quelque impasse déserte, dans un quar-

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