‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 99 sur 139 · A M. PAULIN PARIS · texte numérisé non relu

A M. PAULIN PARIS

Ce 3 novembre 1862.

* 11 n'y a pas de coup de griffe, quoi que vous en disiez :

il y a une contradiction bien nette et bien franche sur un

terrain où vous-même l'avez instituée, il vous a plu, dans

vos leçons imprimées, de me prendre à partie sur mes

opinions de 18^8 ; pour être juste, vous auriez pu tenir compte

d'une note relative au livre même de votre frère (page 458

de mon Tableau de la poésie auxvi^ sièclCy édition de 1843).

Bref, vous avez institué une discussion en règle. J'ai mis du

temps à y répondre ; ce que j'avais dit dans des leçons à

l'École normale avait chance de ne jamais sortir : il a fallu

une occasion naturelle et nécessaire ^. Je n'ai jamais le pre-

1. Voir, dans les Nouveaux Lundis^ t. Ill, le deuxième article, intitulé le Mystère du siège d'Orléans ou Jeanne dArc^ ci, à ce propos^ de l'ancien Théâtre Français, Sainte-Beuve y parle, dans les premières pages, d'une discussion survenue entre les deux frères, M Paulin Paris et M. Louis Paris, à propos d'un point trèaobscur d'érudition.

mier rompu une trêve, et je ne commence jamais le premier.

Vous avez rendu de grands services aux études littéraires du moyen âge ; je Tai dit incidemment en bien des endroits. Mais nous-même nous avons marché depuis 1828, vous semblez l'ignorer : vous ignorez vos conquêtes.

Je ne fais pas la guerre au moyen âge, je Tétudie. Ce que j*ai imprimé depuis quinze ans est plein de ces témoignages d'attention. J'ai parlé du Roman de Renarty de Villehardouin, de Joinville, de la Mort de Bégon; et, si vous jetiez les yeux sur V Introduction que j'ai mise aux Poètes français de Crépet, vous verriez que je tâche de me mettre au pas et de me tenir au courant.

Je laisse de côté mainte épigramme dont vous croyez aiguiser votre lettre. Votre premier mouvement n'est pas toujours le meilleur; vous vous y êtes livré trop souvent.

A M, LE GÉNÉRAL GOFFIMIÈRES.

Novembre 1861.

Général,

Ce n'est que parce qu'on m'a assuré que vous ne trouveriez pas trop extraordinaire de recevoir une lettre d'une personne qui n'a pas l'honneur d'être personnellement connue de vous, que je me permets une démarche en faveur d'un des candidats à la place en ce moment vacante à l'École polytechnique.

Je dois dire en mon âme et conscience que, si quelqu*ua me paraît propre à enseigner à des élèves des hautes sciences, la littérature française, à leur en inspirer le respect, à leur en montrer non pas seulement les parties agréables et ornées, qui pourraient bien ne les toucher que médiocrement; mais les parties sérieuses, historiques, faisant loi elles-mêmes, et se rattachant à d'autres lois déjà connues ; si quelqu*UQ est propre à celte tâche difficile, sévère et toute neuve par le genre de considérations et de connaissances variées qu^elle exige, c'est M. Taine.

Il est savant au vrai sens du mot; il sait de ces choses que les élèves des sciences apprécient le plus, et en même temps il est littérateur profond, original, sachant les langues étrangères, en même temps que les sources antiques, ayant à sa portée tous les termes de comparaisons, ne se contentant jamais d'aperçus légers, soi-disant élégants et superficiels. Il me semble, en un mot, tout fait pour exercer une influence utile dans une école savante et pour avoir prise sur des esprits qu'un enseignement plus léger ne parviendrait pas à captiver et à intéresser.

C'est un simple témoignage que je me plais à rendre à l'un des esprits éminents de notre temps *.

Veuillez agréer, monsieur le général, l'expression de ma considération très-respectueuse.

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