‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 2)Chapitre 135 sur 204 · Plantin au Cardinal Granvelle · texte numérisé non relu

Plantin au Cardinal Granvelle

Monsigneur Révérendissime,

Incontinent que j'ay, le 5 du présent mois de juing de ceste année 1567, receu les lectres qu'il a pieu à Vostre Révérendissime Signeurie de m'envoyer de Rome,

le 7 de may, j'ay rescrit à Monsigneur le Provost ' qu'il m'cnvoye le livre du Signeur Fulvio [Ursino] pour le commencer,, afin de le mectre en œuvre et d'envoyer bien tost la première feille à V. R. S. et de continuer le reste en la plus grande diligence qu'il me sera possible. Car il ne me soroit estre commandé chose que je fisse plus volontiers et de quoy je me tinsse mieux flivorisé que de valoir d'estre employé à faire quelque service à V. R. S., qui tant vertueusement s'est tousjours estudiée à l'advancement de la tranquilité, prospérité et ornement du bien public, qu'à bon.droict elle est révérée de tous ceux qui souhaittent la paix en la chrestienté et principallement en ces nobles paiis de par deçà, jadis tant florissants sous le gouvernement de son prudent et admirable conseil, par lequel j'espère les revoir de bref redressés et confirmés en sa bonne et heureuse pollice, que les maladvisés et outrecuidés cognoistront tellement leurs fautes, que de mémoire d'homme n'entreprendront chose qui tant soit peu puisse troubler le repos public ne diminuer l'auctorité de Sa Majesté, ainsi qu'en eff'ect nous commençons d'en voir les apparences.

J'envoye ici à V. R. S. l'espreuve de la Bible en quatre langues, et le double des lectres de Monsigneur le Secrétaire Çayas, quant à ce qui concerne l'impression desdictes Bibles, avec l'espreuve du commentaire sur l'épistre ad Galathas du R. Cardinal Seripandii, que j'espère d'avoir achevé devant un mois.

J'envoye aussi le double de mon privilège de l'empereur que j'ay faict escrire en forme autentiqfie, à l'imitation duquel toutesfois je ne désire aucunnement de-

I, Max Morillon, prévôt d'Aire.

mander chose qui ne soit raisonnable, facile à obtenir et profitable à la républicque autant qu'à mon particulier, et mesmes me tiendray grandement honoré, ftivorisé et pourveu d'un grand bénéfice par V. R. S.,. s'il lui plaist impétrer de Sa Saincteté que je 'puisse seul imprimer par deçà, les Bréviaires, Journaux, Missels, Cathéchismes et autres tels livres duisables et nécessaires aux ecclésiastiques, qui sont ou seront ordonnés par Sa Saincteté d'estre imprimés, publiés, leus et tenus de toute la chrestienté. Et si, par le moyen de V. R. S., j'obtiens ceste mienne requeste, je promects de m'employer tellement à les bien imprimer et en fournir ces paiis de par deçà, que V.R. S. ne se repentira de m'avoir pourveu de tel bien, que j'espérerois ne m'estre puis après refusé de Sa Majesté en ses paiis de par deçà.

Que si d'adventure (ce que je ne pense pas), il ne plaisait à Sa Saincteté de me favoriser un tel bien que je peusse estre son très humble serviteur, particulièrement en cela, je supplie au moins à V. R. S. qu'il luy plaise me faire tant de bien que de me faire envoyer le Bréviaire nouveau, que j'ay entendu, par ung mien ami qui se tient à Rome, que Paullus Manutius ' imprime

I . Paul Mauuce, le célèbre imprimeur italien, fils d'Aide Manuce, de Venise. Il naquit en 15 12, dirigea pendant sept années l'imprimerie des Aides, en son nom et celui de ses cohéritiers, mais en devint l'unique chef en 1540. En 1561, il s'établit à Rome pour y devenir l'imprimeur des papes. Il obtint le privilège exclusif d'éditer les Bréviaires et Missels revus par le Concile de Trente. C'est de la cession de ce privilège, à Plantin, pour les Pays -Bas, qu'il s'agit dans la présente lettre et dans les suivantes. Il quitta Rome en 1570, résida dans différents lieux et revint mourir dans la ville papale, le 6 avril 1574. (Voir pour l'accord conclu entre Plantin, Paul Manuce et ses successeurs, concernant le privilège des Bréviaires et des Missels: Max Rooses, Christophe Tlantin, chap. VIL)

maintenant par l'ordonnance de Sadicte Saincteté,de sorte que (quoy que le port me deust couster à l'apporter par la poste) je peusse avoir le premier qui seroit envoyé par deçà, pour incontinent tascher d'en obtenir le privilège, et de l'imprimer pour l'utilité des gens d'église qui en auront besoing. Et, pour mieux venir à mon desseing, il me sembleroit expédient qu'il pleust à V. R. S. faire prendre de chés l'imprimeur telles feilles qui pour lors de la réception de cestes seroyent imprimées et me les envoyer incontinent, pour avoir le moyen de pourvoir à ce que je désire touchant ladicte impression, cepenpendant que le reste s'acheveroit par ledict Signeur Manutius et s'envoyeroit par après, choses que je m'asseure estre faciles d'obtenir et commander estre faictes par V. R. S., et que j'estime devoir estre grandement proffitables et honorables pour ces paiis, et d'honneste moyen pour pouvoir entretenir ma famille et estât (qui est grande et de grands cousts) et en quoy j'espérerois tellement m'acquiter que jamais V. R. S. ne se repentiroit de m'avoir faict ce bien, et de rechef obligé si estroictement à prier Dieu, sans cesse, pour la prospérité et santé d'icelle, et à perpétuellement demeurer (ce que aussi je feray toute ma vie). '

De V. R. S. le

très humble, très obéissant

et très affectionné serviteur

I. La minute de cette lettre ne porte pas de date. Daijs le registre de Plantin elle vient immédiatement après celle qu'il adressa, le 18 octobre 1567, à Paul Manuce. Il est clair toutefois qu'elle est antérieure à cette dernière et la première ligne prouve qu'elle fut écrite au mois de juin 1567.

88 — Plantin au Cardinal de Granvelle.

Monsigneur très Illustre et Révérendissime.

Les deux lectres de Vostre Signeurie très Illustre et Révérendissime dont la première est du pénultième d'aoust et l'autre de l'unziesme septembre m'ayant esté délivrées le 13 du présent, je n'ay sceu y respondre plustost.

duant au Bréviaire, je serois bien délibéré de contenter le Signeur Paulus Manutius, par certaine somme d'argent, pour avoir le privilège de Sa Saincteté, si je me pouvois asseurer d'en jouir seul es païs de la basse et haute Allemagne. Mais je crains que cela ne me seroit permis. Pour éviter donques toutes doubtes et proposer audict Manutius chose qui luy pourra estre autant ou plus avantageuse que les 300 escus qu'il demande, je me suis advisé de luy offrir, pour ledict privilège, la disme de tous les Bréviaires que je feray durant ma vie et la sienne, suivant ledict privilège de Sa Saincteté qu'il m'aura faict avoir. Ce que je promectray observer en foy d'homme de bien, et chaicunne impression par moy achevée, soit en grand soit en petit volume, je délivreray incontinent, ici, à qui il luy plaira, ou envoyeray, là où il ordonnera, la dixiesme partie de tout ce que j'auray imprimé, et mesmes mectray, s'il plaist audict Manutius, ces paroles en la première page : Exciidehat sibi et Taullo û^anutio Ch. Tlantinus, ou tout ainsi autrement qu'il luy plaira, sans que ledict Manutius paye rien dans mes frais de papier ne d'impression de la disme desdicts Bréviaires, sinon les frais de les faire transporter, en cas qu'il voulust m'ordonner de les envoyer ailleurs.

Le Signeur Çayas, secrétaire de Sa Majesté, m'a de

rechef escrit du 7 septembre que Sadicte Majesté avoit résolu de me faire assister^ en bref, à l'impression de la Bible en quatre langues, ce que venant à estre effectué, j'ay délibéré d'y employer tout mon pouvoir.

Si par la faveur de Vostre lUustriss. et Révérendiss. Signeurie, il plaist au Signeur Michael Thomasius * nous envoyer les œuvres de Lactance, je les recevray et imprimeray très volontiers et adjouxteray ce bénéfice au nombre des bienfaits de V. 111. et R. S. envers moy, ainsi comme je feray de la copie du S' Padre Onoffrio^ contre les Centuries, et luy envoyeray, incontinent l'avoir imprimé, un suffisant nombre d'exemplaires à Venise, pour recognoissance de ses labeurs.

J'ay communiqué à mon compère Hiérosme Cocq * l'intention dudict Padre Onoffrio, touchant les figures, et remonstré que ce seroit chose de bonne vente ; mais il m'a respondu absolutement^ qu'outre ce qu'il estoit trop

1. Michel Thomasius, né dans l'île de Majorque, enseigna le droit à Lérida et à Bologne, étudia la philosophie et l'histoire et prit le grade de docteur en droit canon. En 1556, il devint conseiller et secrétaire du roi d'Espagne ; il assista au Concile de Trente et fut employé par Grégoire XIII à la correction du Decretum Graiiani ; enfin il fut nommé évêque de Lerida. Parmi ses ouvrages, nous remarquons les œuvres de Lactance, annotées par lui, que Plantin publia en 1570. Granvelle doit l'avoir connu à Rome, au moment où Thomasius travaillait à la révision du "Decretum Gi-atiani.

2. Panvinius (Onuphrius), de l'ordre de S* Augustin, né en 1529 à Vérone, enseigna la théologie à Florenife pendant un court espace de temps, et vint se fixer à Rome,où il habitait chez le cardinal Farnèse. Il écrivit de nombreux ouvrages, fort estimés de Jon temps, et mourut à Rome, à l'âge de 39 ans. Plantin n'imprima point le livre dont il s'agit dans cette lettre.

3. Jérôme Cock, graveur et marchand d'estampes et d'objets d'art, mort à Anvers, en 1570.

occupé à autres ouvrages commencés, qu'il ne fut onques d'advis de se mectre en compagnie d'aucun, principalement si esloigné d'ici, comme est Romme.

Je poursuis le Virgile du Signor Fulvio Ursino que j'espère d'achever ceste semaine et l'envoyer à V. 111. et R. S. par le prochain poste qui partira.

[i8 octobre 1567]

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