‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 2)Chapitre 136 sur 204 · Plantîn à Paul Manuce · texte numérisé non relu

Plantîn à Paul Manuce

Signeur Paul Manutius, Estant solHcité de plusieurs de vouloir imprimer le livre du Concile de Trente \ le Catéchisme ad Parochos ^ et autres livres par vous imprimés, avec le privilège de Sa Saincteté, je n'y ay oncques voulu entendre, en partie pour l'amitié que je porte naturellement à vos semblables, gens doctes et qui s'employent à l'advancement du bien public, tant aux lectres qu'à l'impression correcte, belle et commode pour ceux qui s'en doibvent servir, que pour la révérence que je doibs aux privilèges de Sa Saincteté. Mais, ayant par cy-devant maintefois imprimé le Bréviaire de Saincte-Croix ^ et autres livres de dévotion, et me sentant comme en possession de telles sortes de livres, et me voyant incité de plusieurs personnages d'auctorité à

1. Canones et décréta Concllii Tridentini. Rome, Paul Manuce, 1564 et années suivantes,

2. Catechismiis ex décréta Concilii Tridentini, ad Tarochos editus. Rome, Paul Manuce, 1566 et années suivantes.

3 . Breviarium %pnianum per Franc. Ouignonium Card. Plantin^ 1563 et autres années. Le cardinal François de Qjtiignonez était titulaire de Sainte-Croix; de là le nom donné au Bréviaire composé par lui.

observer les moyens comment je pourrois, sans avoir la censure de Sa Sainctêté, trouver le moyen d'imprimer le Bréviaire ' nouveau, que j'entendois estre soubs vos presses, par l'ordonnance du Concile et de Sa Sainctêté, et ayant prins l'occasion de rescrire à Monsigneur le très Illustre et Révérendissime Cardinal de Granvelle, personnage digne d'estre admiré et vénéré de tous ceux qui, avec la piété, font profession des lectres ou les aiment aucunement, je luy priay très instamment qu'il luy pleust de sa grâce m'impétrer de Sa Sainctêté que je pousse imprimer Jedict Bréviaire, non tant pour ce que je pensasse de pouvoir jouir seul dudict privilège comme pour éviter lesdictes censures, èsquelles, pour nul respect, je ne désire tomber.

Ledict Signeur s'estant de sa grâce et bénignité faict informer des moyens de me satisfaire, m'a finalement rescrit l'affaire despendre de vous seul, et qu'ayant faict traicter avec vous de ceste affaire, estiés "résolu de me faire avoir le privilège de Sa Sainctêté, moyennant que je vous payasse trois cents escus. Laquelle condition j'accepterois volontiers, si j'estois certain que chaicun fust tenu d'user dores n avant dudict Bréviaire, et que seul je peusse jouir es Allemagnes dudict privilège, sans qu'autres imprimeurs, principalement es pais de nostre Roy peussent imprimer ledict Bréviaire, ainsi que je voy qu'ils ont faict et font journellement du livre du Concile, du Catéchisme ad Parochos etc., que je voy imprimés en autant de lieux qu'il se trouve d'imprimeries, voire mesmes par divers imprin'^^urs en

I. Breviarium Romamim ex decrelo sacrosancti Concilii Triâentini resiitutuin. Rome, Paul Manuce, 1568.

une mesme ville. Mais, cifEn que je puisse demeurer en la possession d'imprimer les Bréviaires, et par ainsi satisfaire à plusieurs gens de bien qui en veulent avoir de mon impression, et me sollicitent journellement de me préparer à imprimer le nouveau, et aussi que je ne vous puisse incommoder, je suis prest de vous donner la disme de tous les Bréviaires que j'imprimeray suyvant ledict. Bréviaire nouveau, à sçavoir que de chaicun mille de Bréviaires que j'imprimeray, j'en délivreray cent exemplaires cemplets de toutes les sortes que j'nnprimeray, et les délivreray incontinent, que chaicunne impression sera achevée, à qui il vous plaira l'ordonner en ceste ville, ou bien les envoyeray là où il vous plaira l'ordonner, sans qu'en payiés autre chose que les frais des emballages et port au lieu où les voudrés faire transporter, et mesmes, si bon vous semble, je mettray aussi en la première page : Imprimebat sibi et PauIIo Manutio Christophoms Plantinus, ou ainsi que mieux autrement vous semblera pour vostre honneur ou advantage.

Que si ledict Bréviaire doibt avoir cours ténéral et que je puisse jouir seul dudict privilège d'iceluy, j'espère voire et m'asseure que telle disme vous vaudra bien, la première année, cinc cents escus. Car j'aurois délibéré de l'imprimer incontinent à quatre presses, en divers formats et charactères, et, tant plus de sortes et de fois que je l'imprimerois, tant plus seroit ce vostre proffict, et serois d'autant plus diligent aussi de faire observer les privilèges, tant de Sa Saincteté que de nostre Roy, vers lequel j'espérerois trouver adresse par la faveur de mes bons signeurs et amis, desquels je tiens monsigneur le très Illustre Cardinal de Granvelle le

principal et mieux affectionné envers tous ceux qui traictent ou manient la piété et les estudes vertueuses.

Voylà, Signeur Manutius, ce qui m'a semblé bon de vous proposer. Que si ceste condition ne vous plaist, je suis encores bien délibéré de vous accorder le payement des trois cents escus que demandés, à payer vingt et cincq escus à chaicunne fois que j'auray achevé d'imprimer mille exemplaires desdicts Bréviaires et jouy du privilège, et de continuer ainsi jusques à la fin du payement desdicts 300 escus, ou bien, si vous vous advisés d'autre condition raisonnable et équitable, suivant laquelle je puisse m'asseurer de retirer, par l'impression desdicts Bréviaires, les payements qu'il me conviendroit vous faire, je suis prest et appareillé d'y entendre, car je vous certifie que je ne désire vous désavantager aucunnement, mais bien vous faire tout service et advancement en toutes manières qu'il me sera jamais possible, pourveu que ce soit sans mon dommage évident. Parquoy vous pouvés bien asseurement me faire envoyer le privilège et la copie dudict Bréviaire, vous promectant par cestes, en foy d'homme de bien, que je vous seray autant loyal et fidèle que je désire qu'on le soit envers moy. Le tout sans fraude ou mal engin quelquoncques.

Qui sera l'endroict, Signeur Manutius, où ayant présenté mes humbles recommandations à vostre bonne grâce, je prie Nostrè Signeur Dieu vous maintenir et avancer en la sienne. D'Anvers, ce 18 octobre 1567.

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