Tlantin à Ferdinand Mena
(Il se déclare prêt à imprimer le livre du D"" Ferdinand Mena.)
Clarissimo Doctissimoque Viro Dno Ferdinando Mena
Regicc Majestatis medico fidelissimo et Complutensis
Scholœ primario Plantinus. S. D. P.
Qiiod vir ille doctissimus, prudentissimus et piissimus Çayas me tantopere commendavit, est, quod illi gratias quando referre non possum, habeam maximas tibi vero tuisque similibus, hoc est clarissimis excellentissimisque in omni disciplinarum génère viris, perpetuo devinctum et in £ere vestro me semper esse cogitem et cognoscam : utrumque vero libenter fliciam quamdiu vixero adnitarque sedulo ne animi ingrati nota mihi jure unquam inuratur. Idque ut apud te probarem, libro tuo'accepto, spécimen ejus (etsi medica hic haud feUciter distrahantur) ilUco edere et ad te mittere volui, ne dilatio aHquid de gratia diminueret. Exemplar vero ipsum Bruxellas, quod nobis de quibuscumque Hbris novis faciendum est semper, ad privilegium impetrandum misi. Isthinc vero ubi recepero, serio opus tuum aggrediar et, Deo favente, ad fmem usque, quanta potero dihgentia et fideUtate, perducam et favore nostri Çaya; erga magistrum, quod aiunt, postarum innixus ad vos mittam. Tuum vero erit, vir, clarissime, nostrum officium boni a^^qui consulere et tuum Plantinum , quamdiu non indignum judicabis, amare. Vale. .
(Lettre sans date, écrite sur un feuillet détaché.)
1 . Ferdinand Mena, médecin de Philippe II et professeur à l'Université d'Alcala.
2. Ferdinandi Mena, Methodus fehiuiii omnium. Plantin, 1568, in-40.
<)6. — Plant m à Çayas.
Monsigneur, Par mes dernières, j'ay adverti V. R. S. que je luy avois, par deux fois, respondu aux siennes touchant le papier, dont aussi j'ay envoyé les monstres et les cousts de la Bible en 4 langues et donné advis de la réception du livre du Sig'' Ferdinando Mena, lequel ayant commencé d'imprimer, j'envoye ici la monstre, avec espoir de le continuer, parachever et envoyer de bref tout imprimé, avec autres choses nouvelles. J'escrivois aussi à V. R. S. que j'avois faict et ordonné quelque livret d'exemples, propre pour estre donné aux pauvres enfants qui ont bien le désir d'apprendre à escrire, mais n'ont ou le temps ou la puissance de fréquenter les bonnes escholes, devant lequel livre imprimerois volontiers quelques petits vers addressés à la grandeur de nostre Prince, fils aisné de la Majesté de nostre Roy très catholique et très chrestien. Maintenant, j'envoye ici les vers susdicts, ainsi que je l'avois proposé.
Quant à la matière ou argument du livret, je sçay que ce n'est pas chose qui soit digne ni correspondante à ce qui apartient à tel Prince ; mais aussi, n'est pas le métal ou plomb de vil prix, auquel toutesfois on imprime bien la médaille des Roix pour le faire valoir entre les hommes et s'en servir, puis après, à l'achapt de leurs nécessités ? Et ainsi est la monnoie estimée, non pour sa valeur, mais pour l'auctorité de celuy, au nom duquel elle est battue, par son commandement, sans lequel tout est réputé pour faux et sont ceux dignes de punition qui autrement s'en meslent. Et quant à moy, j'ay tousjours estimé que l'institution de la jeunesse d'un paiis et tout ce qui en despend, comme sont
l'escriture, l'imprimerie et les livres, est bien d'autant grande importance, pour le prince, que la monnoye mesme ou autre chose qui soit. Et de ma part j'ay tousjours tasché de faire chose qui peust servir à cet efFect. Mais, d'autant que je cognois l'envie et babil de plusieurs qui se pourroyent moquer de moy d'avoir osé préposer et quasi, comme ils vont dire, profaner le nom d'un tel prince, en choses si puériles, et aussi je ne me sens capable de faire chose qui soit digne d'estre mise en lumière ne garantie sous telle authorité, je me suis résolu de supprimer ceste mienne entreprinse et de donner simplement ledict livret aux enfants. Après toutesfois avoir envoyé à V. R. S. ces 6 exemplaires desdicts vers, dont )e n'en ay pas imprimé davantage et ne les divulgueray aucunement, sans vostre exprès commandement, de peur qu'en pensant auctoriser mon livret de l'auctorité de tel nom, je n'encourusse la maie grâce de plusieurs et peut estre de Sa Grandeur.
15 décembre 1567. A. Cayas.