‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 2)Chapitre 155 sur 204 · Plantin à Arias Montanus. ' 1568, 14 febvrier · texte numérisé non relu

Plantin à Arias Montanus. ' 1568, 14 febvrier

A Monsigneur.

Le 13 du présent, j'ay, avec les lectres de Monsigneur Çayas, receu aussi celles de Vostre Signeurie

I. Benoît Arias Montanus naquit en 1527 à Fregenal de la Sierra, près de Séville. Son nom de famille était Arias ; il prit le surnom de Montanus en mémoire de son lieu de naissance (Sierra = Montagne). Il étudia à Séville et à Alcala. Le 5 mai 1560, il prit l'babit de l'ordre militaire de S' Jacques, et en 1562, il accompagna au Concile de Trente l'évêque de Ségovie. Le 21 février 1566, Philippe II le nomma son chapelain. Le 31 mars 1568, le roi l'envoya à Anvers pour y diriger la correction de la Bible royale ou polyglotte. Il y arriva le

escrites en Madrid, le 22 décembre, et n'en ay pas receu d'autres par cy-devant. Parquoy j'estime et crains bien que les autres envoyées par le moyen de Monsigneur Juan de Muflin, mon bon signeur et amy, desquelles V. S. faict mention, auront esté perdues, ainsi que je m'aperçoy aussi estre advenu d'une de Monsigneur et singulier fauteur Mons' Çayas, auquel je me tiens de plus en plus obligé pour les plaisirs, biens et faveurs qu'il luy plaist de jour en jour me procurer, et d'entre lesquels je recongnois cestuy-ci estre des

18 mai suivant. En avril 1572, ce travail étant achevé, Arias se rendit à Rome pour solliciter l'approbation du pape, qu'il obtint le premier septembre suivant. Il retourna à Anvers, où il resta encore jusqu'au mois de mai de l'année 1575. A cette époque, il se rendit à Rome et de là à Madrid. Il habita successivement l'Escurial, où il mit en ordre la bibliothèque dont il avait acheté, dans les Pays-Bas, la majeure partie des livres et des manuscrits. En 1578, il se retira dans une maison de campagne qu'il s'était fait construire à Pena de Aracena. Il y demeura le reste de sa vie, à l'exception des années 1585 à 1590 qu'il passa à l'Escurial. Il mourut le 6 juillet 1598. Après son départ d'Anvers, Arias entretint avec Plantin, qui était devenu son ami, une correspondance très active. Les lettres échangées entre ces deux hommes illustres sont les plus intéressantes de celles que nous avons à publier. Plantin lui racontait tous les événements de sa vie, grands et petits.

L'officine plantinienne a publié d'Arias Montanus : %hetoricûrvm libri IIII (1^6^ et 1572J, Commentaria in duodecim prophelas (i)jî, 1583), Hianana salutis Monumenta (157J, 1572, 1583), Psahni in latinum Carmen conversi (i^j^, i574)^ Ttictatum Christianum, Eluctdationes in quatuor Evangelia et Itinerarium Benjamini Tiiddensis (1575), de Opiinio imperio sive in lihrtnn Josue Commen tarins (1583), Elucidationes in omnia S. Apostohrum scripta (1588), Poemata (1589), Hymni et Secula tt Liber generationis Adam (1593), Commentaria in Isaia prophétie sermones (1599), I^Latiira historia (1601), Commentaria in XXXI Davidis Psalmos priores (1605). Une traduction française du Dictaium Christianum vit le jour chez Plantin, en 1579, sous le nom de Leçon Chrestiennç,

principaux de m'avoir mis en la cognoissance de V. S., à laquelle je désire servir fidèlement et loyalement en tout ce qu'il luy plaira me commander et me sera jamais possible. Et si ay bon espoir que je pourray autant bien vous servir que nul autre tant de Sphasr^e, Astrolabe, Anneau, des milleurs Globes de Mercator, avec leurs cercles de cuivre^ et de toutes autres sortes d'instruments de mathématique, comme de toutes bonnes sortes de livres, de quelque science que ce soit. Et promects de faire toute diligence possible et loyauté incontinent qu'il vous aura pieu de m'envoyer les mémoires et ordonnance de ce faire.

Quant à la remise des cinq cents escus que V. S. m'escrit que le Signeur Monsigneur Diego Diaz me fera incontinent en crédit, huile, vin ou comme autrement je voudray, je ne sçay milleur ne plus propre moyen pour moy que en crédit, que j'entends estre par lectre de change sur quelque marchant qui me paye ici ledict argent. Car d'autant que je m'occupe à l'imprimerie et marchandise de livres, cartes et autres instruments servants aux gens de lectres, je ne pourrois pas bien vacquer à la vente d'autres marchandises.

Nonobstant quoy, si je puis faire quelque service audict Signeur Diego Diaz ou autre, en la vente des marchandises qu'il luy plairoit envoyer par deçà, je suis prcst et bien délibéré de les faire vendre par courtier et de luy en tenir bon et léal compte à son profEct et risique, ainsi que j'escris présentement audict Signeur.

Bref en toutes choses qu'il plaira à V. S. m'employer, j'espère de m'acquitter si fidèlement et diligentement que nul ne s'en devra plaindre. Et ce d'autant plus que telle congnoissance procédera de la faveur de Monsi-

gneur et bon fauteur Çayas, personnage rare en toutes vertus et qui sçait les moyens de discerner les personnes semblables à luy pour en faire telle recommandation comme par ses lectres il m'a faict de V. S. Laquelle je supplie à Dieu vouloir conserver et me donner la grâce que je puisse faire chose qui luy soit aggréable.

io6. — Plantin à Diego T)ia^ Bexerril.

(Il se met au service du docteur Arias Montanus pour fournir ce que le savant espagnol désirerait acheter dans les Pays-Bas en fait de livres ou d'instruments scientifiques. II demande que les paiements se fassent en lettres de crédit ou de change.)

14 februarij 1568.

Diego Diaz Bezerril, Consul en Sevilla.

S. P. Ne mirum tibi videatur, vir clarissime, quod ignotus ego D. V. interpellare audeam, paucis rem exponam.

Clarissimus D. Gabriel Çayas, Regias Majestatis secretarius, patronus et fautor meus summus, nuper ad me cum suis commendatitiis litteras doctissimi doctoris Aria^ Montani, 22 decembris scriptas, misit, quibus idem doctissimus dominus doctor se altéras opéra D. Johannis Mufflin antea misisse déclarât. Eas vero me non accepisse minus doleo, quod hisce postremis scribat hanc esse utrarumque sententiam. Nempe se ob commendationem nostri nominis supra nominato domino Çay^ et aliis in aula Majestatis Regias gravissimis et doctissimis viris adductum esse ut cupiat mecum notitiam et familiaritatem contrahere,qua liceat illi mea posthac saepissime

uti opéra in sibi comparandis Sph^ra, Astrolobio, Globis et quibusdam aliis, tum instrumentis mathematicis, tum libris ad sua studia pertinentibus , seque jam habere quingentos ducatos, quos per D. T. vellet ad me mittendos curare, modo id ei ofEcium non denegarem, et an in litteris, quod aiunt cambii vel crediti, vel in oleo, vel in vino, vel in alio quovis mercium génère id factura vellcm latine vel hispanice D. T. significarem.

Ego vero cura nihil magis in votis habeam quam vel quovis ofEcii génère horainibus claris, doctis et probis inservire, tum eo maxime percupio cui ex professo me destinavi. Quod et illico prasfato D. Doctori cum significavcrim, superest ut D.T. de modo quem ad pecunias nobis mittendas commodiorem judico certiorem faciam. Is vero est ut per litteras, quod aiunt cambii vel crediti, fiât. Nam ego, cum arti impressoria^, librarice et lis qua; eo tendunt me totum addixerim, vererer ne ali^ merces mihi parum ex usu forent. Quod si tamen aliquas hue mittere voluerit D.T., ego in nomine suo proxenetarum opéra haud gravate curabo vendi, rationesque accepti et venditi justas et ^equas reddere non gravabor, neque, unico ut verbo dicam, in gratiam vestram laborem ullura detrectabo. Vestrura itaque nunc crit mihi quod vobis placuerit imperare; meum vero adniti ut neque fides neque diligentia et animi gratitudo in me desideretur : quod, quamdiu vivam, bona fide et ex animo totis viribus efficere conabor. Vale, vir clarissime, et Christophorum Plantinum vestrum esse certi estote.

Antverpi£e,raptim ab occupatissimo. 15 febru^ii 1568.

loy. — Plantin à Çayas.

Le 15 febvrier 1568. A Çayas.

Monsigneur,

Pourtant que je crains que le pacquet que j'ai faict hier et adressé à Monsigneur Leonardo de Tassis, maistre des postes, pour envoyer incontinent à V. S., ne soit, à cause de sa pesanteur, si tost envoyé à V. S. que je le désirerois, et que mesmes j'ay entendu, par celuy qui l'a délivré au comptoir, que les commis dudict Sig*" faisoyent grandes difficultés de le recevoir, j'ay voulu de rechef escrire la présente pour advertir vostredicte Signeurie du contenu audict pacquet et sommaire de mes lectres y contenues.

Audict pacquet sont deux livres entiers et achevés de Mons"" le Docteur Mena, dont l'un est en blanc et l'autre rehé en bon parchemin, et doré sur les feillets, et sur la couverture des fiUets, avec ung milieu dorés. Et dudict livre aussi sont toutes les feilles restantes pour l'accomplissement de celles que, par cy-devant, j'avois envoyé à V. S. Item, un livret intitulé : Themis dea seu de lege divina, Stephano Pighio auctore, reHé et doré en parchemin aussi, et Officia Ciceronis 8° en blanc '. Et avec cela mes lectres, èsquelles j'advertis Vostre Signeurie de ce que dessus, en vous remerciant de la faveur qu'il vous plaist me faire de jour en jour, et mesmes de m'avoir procuré l'amitié de Mons"" le Docteur Arrias Mon-

I . Marci Tuîlil Ciceronis Officiorum libri très ; cum animadversionibtis Joannis Cauchii, Cornelii Valerii et Guil. Cateri. Plantin, 1568, in-80. La même année, il publia: Ciceronis de Officiis libri III cum annotationibus Tauli Manutii, ia-24''.

tano, aux lectres duquel, mises audict pacquet, je responds que je suis prest et délibéré de le servir loyalement et diligemment en tout ce qu'il luy plaira commander. Parquoy il s'en peut bien asseurer et le mander à Monsg*" Diego Diaz, auquel j'escris qu'il me seroit plus commode qu'il m'adressast les deniers qu'il désire m'envoyer par lectres de change qu'en marchandises, d'autant que, m'estant du tout arresté au faict de l'imprimerie et librairie et de ce qui en dépend, je ne pourrois pas si bien vacquer à la vente d'autres marchandises. Et finablement j'advertis aussi V. S. que Monsigneur le Cardinal de Granvelle m'a rescrit plusieurs fois de Rome que chaicun homme docte et personnage d'auctorité ecclésiastique attend très désireusement la Bible en 4 langues, pour l'enrichissement de laquelle ledict Signeur faict conférer la Bible grecque à l'exemplaire très ancien qui reste à Rome, en la bibliothèque de Sa Saincteté in Vaticano, et que Mons'' Postel m'a rescrit aussi que, quand je voudray, en recongnoissant le labeur, il m'envoyera tout le Nouveau Testament transcript de charactères syriaques, inusités vulgairement, en charactères hébraïques et usités de ce temps, le tout avec la version latine.

Et sur ce, je fay fin, priant Nostre Signeur maintenir V. S. en sa grâce, me recommandant très humblement à celle de Vostre R. Signeurie,

de laquelle je désire demeurer le très humble et très affectionné serviteur i

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