Guy Lefèvre de la Boderie
nairement de moy, plus que de nul autre, et pourroyent estre bons tesmoins de ma conversation ordinaire et principalement du temps des troubles, calamités et prédications exécrables de ceste ville, durant quoy je me suis tousjours maintenu constamment en l'obéissance de nostre mère saincte esglise catholique et rommaine et ce plus ardamment que devant, de sorte qu'onques je ne perdy une prédication catholique et n'en allé onques ouir une des autres entières, ni pour y entendre quelques choses de leurs erreurs ou séductions. Il me desplaist, Monsigneur, d'estre si prolixe à vous rendre compte de moy-mesmes, mais je vous prie de m'excuser et vous persuader de moy la vérité, c'est que je n'ay oncques adhéré ni favorisé aux sectaires et que, pour vivre ne pour mourir, je ne veux me séparer de l'obéissance de nostre Roy très cathoUque, nostre mère saincte esglise, en la foy de laquelle je prétends vivre et mourir. De quoy, je prie à Dieu m'en faire la grâce, et à vous de m'y recommander en vos oraisons et de me tenir à jamais vostre humble serviteur et amy, autant affectionné qu'il s'en pourroit trouver d'autre.
II 8. — Tlantin à ^Arias Montanus.
Monsigneur le docteur Arias Montano.
Quant, le 15 febvrier, j'ay receu les lettres de Vostre Signeurie, escrittes à Madrid le 9 novembre (qui est quasi 3 mois après), j'avois desjà respondu aux secondes d'icelles receues par le moyen de Monsigneur Çayas ; parquoy ceste servira seulement pour répéter que je m'employeray très volontiers à servir Vostre Signeurie en toutes choses qu'il luy plaira me commander et que je m'y tiens obligé de ce faire, tant pour le devoir à quoy je me sens obligé vers tous personnages qui ont, comme Vostre Signeurie, conjoinct la vertu avec la cognoissance des langues et toutes autres sciences et disciplines, comme pour la faveur laquelle j'aperçoy qu'il vous plaist de me porter. Et pourtant j'affirme de rechef à Vostre Signeurie que je m'employeray en amitié et toute loyauté à luy faire tout service.
Reste seulement qu'il luy plaise me signifier et envoyer les mémoires de ce qu'il luy plaist. Car il ne se trouvera rien par deçà, ni en France, que je ne luy puisse fournir et envoyer. Parquoy il me sembleroit chose superflu et ce nonobstant de grand travail et temps d'envoyer le cathalogue des livres, cartes et instruments que je pourrois fournir. Et pourtant je n'en déporteray pour le présent comme d'escrire plus amj)lement.
Qui sera l'endroict où, me recommandant très humblement à la bonne grâce de Vostre Signeurie, je prieray Dieu la vouloir conserver et faire prospérer. D'Anvers, ce 18 mars 1568.