Planlin à Paul Manuce
Molto mag^° S^ Manutio, Soyés adverti qu'après avoir receu l'exemplaire vostre, et, suivant vostre advis, commencé à besongner à l'impression du Bréviaire, jusques environ quelques 12 feilles, estant adverti des corrections qui depuis s'y estoyent faictes, il m'a convenu, à la perte desdictes feilles, attendre autre exemplaire corrigé, pendant lequel temps, autres me voulants prévenir, es païs de par deçà^ m'ont tellement exercé et faict empeschements que, nonobstant le Bref de Sa Saincteté, mon bon droict, toutes faveurs et despenses desjà faictes par moy, ils m'eussent faict défendre l'impression dudict Bréviaire, sans l'interposition de l'authorité et des am.is du très illustre et R™^ Cardinal de Granvelle, vray fauteur de la religion catholique, des bonnes lectres et de tous ceux qui les aiment ou s'employent à y faire quelque service. Pendant lequel temps, j'ay souffert de grandes despenses, tant par la perte desdic-
— Sûtes premières feilles ainsi imprimées, comme en faire divers voyages en Cour, à la poursuite de mon droict, en longues attentes et diverses rencontres. A quoy je supplie que, V. S. prenant garde, il luy plaise me remectre la disme de quelques milles.
Cependant je ne laisseray d'advertir V. S. qu'en attendant journellement l'advis des corrections que i'attendois estre journellement faictes à Rome, j'ay premièrement commencé à la my-janvier de besongner à une seule presse, et ainsi continué jusques à la my-quaresme, que j'ay ad jouxté la deuxiesme et ainsi continué jusques au premier jour après Pasques de Résurrection, que j'ay adjouxté la troisiesme et ainsy fini la première impression dudict Bréviaire in-S" forma, le 26 d'avril, qui a seulement esté de la journée ordinaire par deçà de nos compagnons d'imprimerie, en telles ouvrages de rouge et noir, à sçavoir deux rames, qui sont mille exemplaires.
Ce petit nombre ay je ainsi faict du commencement, attendant tousjours si ne serois adverti de quelques fautes entrevenues, et pour achever plus tost Lidicte impression que je commence à vendre, et, incontinent après, ay recommencé autre mesme nombre et semblable impression dudict Bréviaire que je continue à 3 presses, de sorte que j'espère l'avoir achevé à la S' Jehan prochaine.
Et quant je congnoistray que ledict Bréviaire soit entièrement correct et ordonné du tout comme il devra demourer, je l'imprimeray incontinent in-f°, in-4° et in- 16°, avec tant de presses que je pourray et verray nécessaire, dont à chaicunne fois je vous advertiray. Au reste, je vous suppHe de m'advertir de toutes les cor-
tections que sçaurés estre dignes d'advertissement. Et si vous ou autre par delà imprimés aussi le Diurnal propre audict Bréviaire et le Missale aussi reformé ou corrigé, je vous prie de m'en envoyer incontinent de chaicunne sorte un exemplaire, avec le congé, et les imprimcray tellement que ce sera vostre proffict autant que le mien.
Cependant je prie Dieu estre vostre garde.
D'Anvers, ce vu may 1569.