‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 3)Chapitre 23 sur 178 · Plantin au Cardinal de Granvelle · texte numérisé non relu

Plantin au Cardinal de Granvelle

18 juin 1569.

Très illustre et R™^ S^

J'ay receu le livret imprimé du Sig'' Bernardini Grippas ' et son billet, contenant le tiltre du livre qu'il désiroit que j'imprimasse ; mais, outre ce que les livres de philosophie ne se distribuent pas ici facilement, j'ay entreprins autres œuvres qu'il me convient achever avant que de plus rien entreprendre, asçavoir les grandes Bibles, Commentaria C^esaris, Lactantius, et de Re Gymnastica, avec la continuation des nouveaux Usages de Rome, que je ne doibs aucunncment retarder, car, sans la distribution que je fay des Bréviaires

I. Bernard Grippa On connaît de lui : Ecphrasi s in Ai istotelis librum de aniinaliiiui molli a se laline reddiliDii Venise, 1566, in-40.

de Rome, je ne pourrois, à la vérité, fournir aux fraiz qu'il me convient faire pour lesdictes œuvres commencées, d'autant qu'il ne se faict pas ici maintenant quelque distribution de tous nos autres livres, encores que, grâces à Dieu, nous soyons assés bien assortis de bonnes sortes.

Parquoy, je seray à tout jamais (comme volontairement je le suis), et la république aussi, tenus et obligés à V. 111™^ et R""* Signeurie de m'avoir procuré et donné le moyen de soustenir et d'espérer pouvoir (bien que c'est ung grand et continuel travail) achever oeuvre si laborieuse, au proffict de la Chrestienté et Thonneur de Sa Majesté, sous le commandement, faveur et auctorité de qui je l'ay entreprinse, sans espoir d'aucun profict particulier.

Au reste, je suis journellement importuné de vouloir imprimer le Diurnal correspondant audict Usage de Rome, et aussi le Messel, et pareillement d'imprimer ledict Bréviaire de Rome en plus petite et en plus grande forme. Quant à la plus petite, j'ay délibéré d'y commencer ceste semaine prochaine ; mais, quant au Diurnale et Messel, je suis délibéré d'attendre les copies de la libéralité de V. Ill"« et R™^ S'% ainsi que l'advertissement aussi de ce qu'il luy plaira me déclarer estre désiré en Tim^pression grande, pour le service des anciens et de ceux qui lisent leurs Heures en chambre, et alors je ne faudray de m'y employer d'aussi bon cueur que je prie Nostre Signeur nous conserver V. 111™^ et R""^ S'% en santé et bonne prospérité.

D'Anvers etc.

179' — Gaspar de Torionariis à Plantin '

Frère Cristofle. A vostre bonne grâce me recommande. Je vous ay escript, ces jours passés, et, à présent, je n'ay voulu laysser à vous escripre, vous advisant de mon bon portemant, priant Dieu que ainsi soyt de vous et de toutte vostre mayson.

Quant à nos affaires des impressions, j'ay escript al S"" Diego de la Pena qu'il vous bagle l'argent, suivant nostre accord, et, quant au debte que je vous doibtz, par ma céduUe, tant de l'escheu comme du terme d'aust prochain, je luy ay aussi esciipt qu'il vous le bagle, et qu'il le prenne à change sur moy, et je croys qu'il ne fera faulte à ce fayre, car je luy ay recommandé fort affectueusemant qu'il vous contante, car je sçay bien que vous avés affaire du vostre.

Mays je fusse esté bien nyse que n'eussiés procédé en la sorte avec ledict de la Pena. Laquelle chose me déplaict que luy ayés donné fâcherie, et me semble que n'y avoit occasion suffisante de procéder par justice, car il fault que entendiés et vous assuriés que, quant je vous debvray, je donneray ordre que soyés contant de moy, et, si je suys esté tardif à vous fayre payer l'argent de la cédule, a esté que mes lettres sont demeuré en chemin; car, quant à l'argent des impressions, ledict de la Pena dict que, ayant baglé 200 escus, que ne luy avés voulu bagler les Bibles de lettre nonpareille ny les Somma Silvestrina, et que, si ne luy eussiés refusé les livres, qu'il ne vous heust refusé l'argent. Parquoy, je vous prie, Sire Cristofle, que soyons amys et que trafiquions

Page 1