‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 3)Chapitre 26 sur 178 · I. Petrus Zangrius, imprimeur à Louvain · texte numérisé non relu

I. Petrus Zangrius, imprimeur à Louvain

songné audict livre, lesquels depuis ont tousjours esié courroucés contre moy de tel acte, pensant que je l'aye faict exprès, là où vous sçavés que je ne vous eusse jamais délivré lesdicts livres ni autres, ni faict aucun marché avec vous, si vous ne m'eussiés promis en parole d'homme de bien que vous ne distribueriés point de mesdictes sortes par deçà, aussi longtemps que j'en aurois, mais que les envoyeriés toutes à vostre commodité en Espagne, à Lyon ou là où verriés bien, pourveu que ce ne fust en ces païs ici, ni à Paris.

Et pourtant je ne puis assés m'esmerveiller, à le dire encore de rechef, que voulussiés souffrir que ledict de la Peiia voulust distribuer ici les sortes qu'il eust reçeu de moy, si vous eussiés continué le contract, ainsi que mes voysins m'ont confessé et adverti qu'il eust faict. Davantage encores que n'eussiés contrevenu (ainsi comme dict est cy-devant) audict contract. De quel courage, cueur ou conscience eussiés vous voulu procéder, en la fin de l'année, pour la conclusion de nos comptes, que vous escrivés maintenant que je vous mande, et que, par après, ordonnerés de me payer du reste, en quoy j'aperçoy que ne fériés conscience que je vous donnasse mon labeur et l'advancement de mon argent pour le payer, quand bon vous sembleroit, veu qu'il me faudroit attendre vostre response et ordonnance de payement, qui viendroit, selon que les messagers se trouveroyent prêts et qu'il vous pouroyent trouver, ou vous-mesmes le trouveriés bon et à vostre propos, en quoy je ne voy de raison, et pourtant ne suis je pas délibéré de rien faire davantage, si ce n'est à l'argent comptant. Moyennant lequel, je suis et seray pre.st de vous faire tout le service qu'il me sera possible, mais

non pas de me ruiner pour vous faire plaisir, ainsi qu'il adviendroit, si je continuois de vous servir et- vous garder les livres, sans recevoir argent, ainsi qu'il est advenu, ceste année passée, à mon grand dommage et perte. Et pourtant, ne vous y attendes aucunement. Mais, si voulés avoir service de moy, ordonnés icy à qui vous voudrés plain pouvoir et auctorité de me payer et compter avec moy de toutes choses, à chaicune fois, et que mes sortes que vous voudrés avoir ne soient distribués par deçà ni à Paris, suivant nostre premier acort et promesse, autrement je ne veux plus rien avoir affaire ni commencer avec vous.

Quant au reste, le Sig"" Diego de la Pena m'a payé le 2 de ce mois, à bon compte de vostre obligation liquide de 723 fl. 17 7-2 patars la somme de quarante livres de gros, qui sont deux cents quarante florins, et m'a promis de payer le reste ceste semaine. Quant aux autres livres que voudriés que je délivrasse audict Diego, je luy ay dict que je suis prest de les luy livrer, en me payant et s'obligeant qu'il ne sera point distribué ni changé par deçà,ainsi que la rayson le veut, et ce encores sans préjudice de rentrer au contract que vous avés rompu, sinon qu'cntreteniés vous et vos commis les points cy-dessiis déclarés.

Que si Diego de la Peiia ne s'entend pas, ainsi qu'il dist, de faire ni arrester tels comptes de librairie, je suis content que luy ordonniés qui vous voudrés par deçà qui s'y entende, devant qui nous pourrons passer lesdicts comptes, ainsi passés mon argent me paye, ainsi que la raison le veut. Car d'attendre de vous quelque response, ce ne seroit raison, veu que je vous accorde la marchandise, au prix de papier et faceon que je paie pour vous.

parquoy ce ne seroit la raison que je gardasse la marchandise, attendant vostre advis, ainsi que l'entendes, et puis après que j'attendisse encores le payement.

Au reste, j'ay achevé le cours Canon in-8° ' et commencé celuy in-f°. - J'ai imprimé les Bréviaires in-8° et je les acheveray de bref in-i6°, et commenceray, Dieu aydant,in-4''. J'ay aussi commencé ConcordantiiÇ Bibli^e in-f° ', bien augmentées et ordonnées en milleur ordre que n'avoit faict Rob. Estienne ny ceulx de Bâle. Je continue les grandes Bibles, desquelles j'ay achevé les Hvres des Juges, des Rois, de Paralipomenon, outre les 5 livres de Moïse, de sorte qu'il ne reste du viel Testament que Psalmes,Proverbes,Ecclésiaste avec les Profètes, que j'espère d'avoir achevé devant la S"' Jehan prochaine.

De tout je ne garderay rien pour vous, puisque je ne reçoy pas argent, et que les points passés entre nous n'ont esté observés de vostre costé. Mais pour vous monstrer que je suis prest de vous faire encores amitié, je ne vous refuseray rien que je pouray avoir, lorsque

1. Decretorum Canonicorum colleclanea Gratiani. Plantin, 1570, 3 vol. in-80.

2. 'Decretales Gregorii IX. Anlv. Apud Christophorum Plantinum, viduam Joannis Steelsii, et Philippum Nutium, iS73, in-folio. D^creium Grattant Antv. Apud Christophorum Plantinum , Hasredes J. Steelsii, et Philippum Nutium, 1573, in-fol. Sextus TDecretalium liber ^gidii Terini opéra. Ibid., 1573, in-folio. Le premier fut imprimé par Jean Verwithagen ; du second, une partie des exemplaires porte l'adresse de Guillaume Desboys, de Paris ; une autre, celles de Théodore van der Lindcn et de Jean Verwithagen d'Anvers ; le troisième a été imprimé par Philippe Nutius.

3. Oeconomia rnethodica Concordantiaruni Scriptura Sacra : authore Georgio Bulloco. Plantin, 1572, in-fol. Ouvrage imprimé aux frais de l'auteur. Après la mort de Bullocus, en janvier 1573, Plantin racheta de ses héritiers 550 exemplaires, au prix de 1818 florins.

m'ordonnerés payer comptant,ou bien à terme,selon que serons d'acort des pris et du temps en claires paroles et raysons, comme dict est. Quant aux grandes Bibles en diverses langues, je vous en envoyeroys volontiers quelques feilles pour monstrer, mais les postes me semblent assés chargés. Si faictes quelque chose à mon profict, je n'en seray ingrat.

Quant à l'impression d'Augustini opéra f°, mes serviteurs sont à Francfort et je ne sçay que c'est qu'il vous fault, car je n'en ay pas le mémoire. Quand à vostre packhuys, je ne m'en suis pas servi en rien, et en ay loué ailleurs, à cause des questions en différent.

Je ne sçay autre chose pour vous mander, sinon que, si m'envoyés quelques basles de livres d'Espagne, quant la mer sera franche, je vous en tiendray bon et léal compte et rond, ainsi que je désire qu'il me soit tousjours faict, sans quelques arrière-pensées, ni subtilités, lesquelles en fin n'engendreroyent que discords et reproches, outre le remors de la conscience. Et ainsi je prie Dieu qu'il soit vostre garde par sa saincte grâce. D'Anvers, ce 7 de septembre 1569. '

I. D'après une copie peu correcte, écrite par Martine Plantin.

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