Plantin à de Goncville
A Mons"" de Gonevillè auditeur du très illustre Cardinal Granvelle.
Monsigneur.
Je ne sçay par qnel moyen explicquer ni déclarer combien je me sens obligé, premièrement au très Illustre et R™^ Cardinal, mon bon Signeur et maistre (car je me tiens heureux de me pouvoir advouer son très humble serviteur), et puis à ses domestiques, et principalement à V. S., de laquelle j'ay receu les lectres du 22 du passé avec le Bréviaire,, et le traicté pour tenir l'office jusques à dix ans, dont je la remercie grandement et la supplie de vouloir continuer à me faire ainsi du bien, de quoy je ne sera}^ jamais ingrat et voudrois que le moyen me fust offert de le monstrer par efFect, car je m'y employerois autant volontiers, et d'aussi bonne affection, que je reçoy les bénéfices d'icelle.
Je suivray en tout les advertissements qu'il a pieu à Vostre Signeurie me donner pour l'impression du Bréviaire, que j'imprime au long, en la plus grande diligence que je puis. La partie d'esté sera. Dieu aidant, achevée environ Noël.
Par mes précédentes, j'ay adverti V. S. avoir receu le Diurnal dont je la remercie. Paravant, j'en avois desjà commencé ûng autre qui sera beaucoup plus petit, tant pour le format plus ample, que pour ce que je n'y mets nuls nocturnes au Psautier ni commun. De chaicun je ne faudray d'en envoyer estants faicts. Cependant je m'appreste pour les Bréviaires de Choeur, en grand volume, mais je voudrois bien avoir premièrement achevé lesdicts
Bréviaire et Diurnal, et sur iceux avoir entendu la volonté et jugement du son 111"'' et R™' Sig"^. Pourquoy, je me hàsteray de les achever et envoyer à V. S., pour les luy présenter et me rescrire ce qu'il luy en plaira me faire advertir et ordonner.
Au reste, j'entends, par Monsg"" le Chantre de Malines, que le Signeur Manutius se plainct que je ne luy rescrive pas le nombre que j'imprime des Bréviaires, à quoy je ne pense pas faire de faute, veu que je luy ay rescrit, passé quelques mois, et m'avoit mandé qu'il m'ordonneroit ici quelqu'un qui recevroit la disme que je luy ay promise; nonobstant quoy, il ne m'a, despuis, rien escrit, ni addressé nulluy qui, de sa part, m'ayt rien dict ni demandé.
Que s'il luy plaist m'ordonner que je luy envoyé, à la fin de chaicunne impression, ladicte disme des Bréviaires, je le feray volontiers et fidèlement, ou bien autrement, comme il l'ordonnera. Car luy et tous autres me trouveront tousjours prests à toutes bonnes raisons et surtout prest et prompt d'accompHr ma promesse, ce que (puisque il plaist à V. S. me procurer ce bien) pourrés aussi asseurer à celuy, avec qui sera besoing de traicter pour le Privilège du Messel. Suppliant à V. S. m'employer à ce que je pourray pour son service, en quoy je m'employray tousjours, comme je doibs, d'aussi bon cueur que j'en reçoy plaisir, et que je me recommande à sa bonne grâce, et prie Dieu la maintenir et faire prospérer en la sienne.
D'Anvers (Entre le 25 novembre et le 16 décembre 1569).