Plantih au roi Philippe IL
Au Roy.
Remonstre en toute humilité Christofle Plantin, serviteur ordinaire ou domestique de Vostre Majesté, comment vous ayant pieu, depuis naguères en ça, le créer, commectre et instituer en l'Estat et Office de Prototypographe ou chef-imprimeur et superintendant de tous les imprimeurs et imprimeries de par deçà, de quoy bien et léaument s'acquitter il avoit faict le serment dû, et par ainsi seroit tenu et obligé (comme il se sent estre) de laisser ses propres affaires et négoces domesticques et nécessaires pour l'entretènement de soy et de sa flmiille, pour employer (comme il a desjà faict et luy conviendra doresenavant faire de plus en plus) la plus grande et milleure partie de son temps à desservir ledict Estât et Office : Et pourtant, il supplie très humblement qu'il vous plaise luy faire déclarer, ordonner, et assigner tels gages et traictement que trouvères y convenir : Et au surplus ordonner à Messieurs, tant de ceste ville d'Anvers qu'à tous autres à qui apartiendra, qu'ils ayent à exempter et affranchir ledict suppliant de toutes axises, impositions, de vin et de bierre, ou, pour le moins de tel nombre de tonneaux qu'il vous semblera convenir pour l'usage de sa maison et domestiques, sans toutesfois y comprendre le grand nombre de compagnons et ouvriers besongnants à journées en sadicte maison, et de toutes autres charges ou contributions de logements de soudarts ou autres gens quelconques et lui en faire délivrer acte suffisant.
Et vous ferés bien, et ledict suppliant priera pour vostre bonne santé et heureuse prospérité.
239' — T^lantin à de Goneville.
Le 3 aoust 1570.
A Monsg"" de Gonneville, Auditeur de Monsg"" le Révérendiss. de Granvelle.
Monsigneur, Je recongnois et confesse librement que je ne pourrois assés rendre grâces à l'Illustrissime et R™^ Signeurie de Monsg"" le Cardinal et à la Vostre des biens qu'il luy plaist et à vous me favoriser et procurer, tant s'en faut que j'y peusse incontinent satisfaire; mais, ce que je ne peux en effect, demeurera en bonne volonté, que j'auray tousjours preste et prompte à faire tout humble service.
J'ay receu les feilles du Missel (pour lequel j'avois commencé et maintenant fais continuer les préparations) et la copie du contract que V. S. a passé en mon nom avec les exécuteurs du testament de deffunct Faletti, la ratification duquel j 'envoyé icy, passée par le mesme notaire qui avoit passé la procuration.
Je vous remercie aussi de l'advertissement qu'il vous a pieu me faire de la faute advenue en la partie estivale du Bréviaire de mon impression, de laquelle faute desjà nous avoit aussi adverti Mons"" le Chantre Malpas.
Au reste, ayant esté prié d'imprimer le Cathéchisme du S' Concile de Trente \ réduict à certaine méthode de Questions, pour plus facilement entendre ledict Cathéchisme, par ung très docte personnage, conseiller du
I. CatecJnsmus romanus ex décrète Coticilii Tridentini, et PU V pontificis niaximi jussu primum éditas : studio et industria Andreae Fabricii Leodii. Plantin, 1570, in-80.
Duc de Bavière, j'en ay faict visiter la copie à la main par nostre maistre Thomas Goz^us, qui a approuvé les citations des tesmoignages, mises en marge, et les interrogations adjouxtées au texte dudict Cathéchisme, toutes lesquelles choses adjouxtées, encore que je serois délibéré de les imprimer d'autres charactères moindres ou différons, pour facilement congnoistre le vray texte dudict Cathéchisme de Trente, si est ce que je n'ay trouvé bon d'attenter telle impression, sans premièrement en avoir l'advis de par delà. Et pourtant ay je faict copier la préface de l'aucteur et quelques pages dudict œuvre, que j'envoye icy à V. S., afin que, par occasion, il vous plaise la monstrer à son 111. et K""" S. (pourveu que pensiés que cela ne luy despleust) afin d'en avoir son jugement, s'il luy plaist, car je ne voudrois pour rien attenter de faire chose, principalement sur ce qui est décrété au S' Concile, que je sceusse desplaire à Sa Saincteté ou à ceux qui, après luy, tiennent les premiers rangs.
Au reste, Monsigneur, je supplie V. S. qu'il luy plaise m'employer en ce que je pourray luy faire quelque service. Et, cependant, je prieray nostre Signeur Dieu pour sa prospérité et santé.
D'Anvers, etc.